Le chef militaire du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, lors d'une conférence de presse conjointe avec le président de la Côte d'Ivoire, M. Ouattara, à Abidjan, le 5 septembre 202

Liberté d'association

Détention d'un défenseur des droits humains (DDH)

Dans un communiqué publié le 5 septembre 2022, le mouvement social Balai Citoyen a fait savoir qu'Ollo Matthias Kambou, également connu sous le nom de Kamao, avait été enlevé par des inconnus. Dans une déclaration ultérieure, le mouvement social a confirmé que Kambou, membre de la coordination nationale de la formation, avait été arrêté par des gendarmes. Bien que les motifs de l'arrestation n'aient pas été élucidés à l'heure où nous écrivons ces lignes, ils pourraient être liés aux commentaires qu'il a faits lors d'une émission de Radio Oméga. Le militant avait participé à un programme radio spécial sur le bilan des autorités militaires depuis le putsch du 24 janvier 2022.

Liberté d'expression

Des menaces et des agressions contre des journalistes

L'ancien rédacteur en chef du journal L'Événement et commentateur de l'actualité, Newton Ahmed Barry, a été menacé dans un enregistrement audio daté du 10 juin 2022, qui avait connu une grande diffusion dans les réseaux sociaux. En langue moré, une voix qualifie le journaliste de « terroriste » qui « ne mérite pas de vivre » et le menace : « [...] nous allons rassembler une centaine de personnes pour envahir sa maison. Nous allons y mettre le feu, puis tout détruire et ramasser les débris qui s’accumulent ». En déclarations au Comité pour la protection des journalistes (CPJ), Barry estime que ces menaces pourraient être liées aux propos qu'il a tenus dans de l'émission Surface de vérité, diffusée sur la chaîne de télévision BF1 le 19 mai 2022. Dans ce programme, il a critiqué la collaboration du gouvernement malien avec les mercenaires russes de la société Wagner.

Dans un communiqué publié le 18 juillet 2022, la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité affirme avoir arrêté un commerçant « pour diffamation publique, injures publiques et incitation à la violence et à la destruction de biens privés ».

Au Burkina Faso, d'autres journalistes ont été menacés ou agressés durant les derniers mois. Le 24 mai 2022, un responsable sportif local de Banfora, dans la province de la Comoe, a menacé le journaliste sportif Besséri Ouattara, du journal L'Express du Faso et lui a donné trois jours pour quitter la ville. Il lui reprochait d’avoir relayé une information concernant le refus des joueurs d'une équipe locale de prendre part à la demi-finale de la coupe nationale en raison d’arriérés de salaire et de primes impayées. Le 19 mai 2022, le journaliste de la chaîne de télévision BF1, Luc Pagbelguem, a été agressé par les gardes du corps du premier ministre burkinabé, Albert Ouédraogo, alors qu'il couvrait un acte de célébration du 20e anniversaire de la création du Centre d'analyse des politiques économiques et sociales, un organisme gouvernemental. Les gardes du corps se sont approchés du journaliste au moment où il filmait, lui ont ordonné de cesser de le faire et de quitter l'estrade. Lorsque Pagbelguem a demandé pourquoi il devait partir, ils l'ont saisi et ont tiré vers le bas. Juste après, le service de sécurité l’a enjoint à quitter les lieux. Le directeur de la communication du bureau de la primature l'a appelé plus tard pour s'excuser.

Expulsion d'une journaliste d'une réunion publique

Lors d'une réunion publique organisée par la Coalition des patriotes africains du Burkina Faso (COPA-BF) à Ouagadougou, le 14 mai 2022, le conférencier et militant Kémi Séba, de l'organisation Urgences Panafricanistes, a repéré la journaliste de TV5 Monde, Fanny Naoro-Kabré, et s'est adressé à elle dans ces termes : « Avec tout le respect que je vous dois – vous êtes une femme, je vous dois du respect – je vais demander à la sécurité de faire sortir TV5 Monde. Je ne veux pas de TV5 ici ». La journaliste a quitté la réunion publique de son propre chef. Dans un entretien avec le CPJ, Naoro-Kabré a expliqué que la veille les organisateurs l'avaient autorisé à couvrir la réunion et qu'on lui avait dit qu'elle ne pourrait pas parler avec Séba après le rassemblement « pour ne pas aggraver la situation ». La COPA-BF est une plateforme de la société civile militant contre la présence militaire française dans la région du Sahel.

Liberté de réunion pacifique

Manifestations contre la présence de troupes militaires françaises

Le 30 juillet 2022, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le mémorial de l'ancien président Thomas Sankara, à Ouagadougou, pour exiger la fin de la présence militaire française au Burkina Faso et la rupture des accords de coopération militaire et économique avec la France. La manifestation était organisée par la nouvelle coalition M30 Naaba Wobgo, qui regroupe des partis politiques et des organisations de la société civile. Le 12 août 2022, la police aurait utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une manifestation de M30 Naaba Wobgo à Ouagadougou. Les manifestants réclamaient le départ de l'ambassadeur de France et des troupes militaires françaises stationnées au Burkina Faso. Selon des informations parues dans la presse, des agents de police ont aussi dispersé une manifestation interdite par les autorités à Bobo-Dioulasso. Le 26 août 2022, la coordinatrice de M30 Naaba Wobgo, Monique Yéli Kam, et un autre manifestant, ont comparu devant un tribunal de Ouagadougou pour « participation à une manifestation non autorisée ». L'affaire a été renvoyée au 16 septembre 2022.

Interdiction d'une manifestation pour la libération « totale » de l'ancien président Kaboré

Des autorités locales ont interdit une manifestation prévue le 28 mai 2022 pour exiger la libération « totale » du président déchu Roch Marc Christian Kaboré. Elles ont invoqué des raisons de sécurité pour justifier leur décision. Kaboré avait été détenu pendant le putsch du 24 janvier 2022 et son assignation à résidence avait pris fin en avril 2022. Cependant, selon le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) — le parti de Kaboré —, l'ancien président continuait de subir des mesures restrictives au moment de la manifestation.