Un manifestant jette un pneu sur un barrage routier en feu pour protester contre les pénuries de carburant le 13 juillet 2022, REUTERS/Ralph Tedy Erol.
Un manifestant jette un pneu sur un barrage routier en feu pour protester contre les pénuries de carburant le 13 juillet 2022, REUTERS/Ralph Tedy Erol.

Le 16 juillet 2022, le bureau des droits de l'homme des Nations unies a mis en garde contre l'aggravation de la violence à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, et dans ses environs, ainsi que contre l'augmentation des abus commis par des gangs lourdement armés à l'encontre des communautés locales vulnérables. Par exemple, en juin, un gang a pris d'assaut le Palais de Justice, en a expulsé les fonctionnaires judiciaires, a saccagé les lieux et a brûlé des documents et des preuves. Le tribunal est resté sous le contrôle du gang pendant plusieurs semaines.

Selon les données communiquées par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en Haïti, entre le 8 et le 17 juillet 2022, la recrudescence des combats entre bandes rivales dans le quartier de Cité Soleil a fait plus de 471 morts, blessés ou disparus. Des centaines d'enfants ont été évacués du quartier avec l'aide de groupes religieux.

Human Rights Watch (HRW) affirme que la récente vague de violence des gangs a encore aggravé la crise humanitaire, politique et des droits de l'homme dont souffre le pays. L'organisation a déclaré que les gouvernements préoccupés par cette situation devraient cesser de refouler et de rapatrier les migrants d'origine haïtienne. HRW a appelé la communauté internationale à soutenir d’urgence les efforts des organisations locales de la société civile et des agences des Nations Unies pour s’assurer que les Haïtiens bénéficient d’une protection et puissent accéder à la justice.

Expression

Le 17 juillet 2022, un groupe lourdement armé a enlevé le journaliste Edner Fils Décime d'AlterPresse alors qu'il se trouvait dans le quartier de Delmas à Port-au-Prince. Selon la Fédération internationale des journalistes, des agresseurs armés à bord de trois voitures ont intercepté le véhicule dans lequel se déplaçait Décime et ont capturé le journaliste et au moins quatre autres personnes. AlterPress a dénoncé l'inaction et le silence des autorités concernant ces enlèvements, et plusieurs associations de presse les ont exhortées à agir pour obtenir sa libération. La famille du journaliste a exprimé son inquiétude quant à sa santé et a prévenu que Décime souffre d'hypertension et doit prendre des médicaments quotidiennement. Finalement, il a été libéré le 5 août 2022, après avoir passé vingt jours en captivité. Dans un communiqué, Décime a remercié les personnes qui se sont mobilisées pour leur solidarité. À propos de son enlèvement, il raconte :

« Pendant vingt jours, des quartiers où j’ai trainé mon micro sont devenus mon lieu de séquestration. Ma douleur est profonde. Cependant, je ne regrette pas d’y avoir fait mon travail et d’avoir toujours été attentif aux problèmes et aspirations des habitants de ces quartiers. [...] Haïti, j’y crois encore, j’y crois toujours ! »

Dans le même ordre d'idées, dans un rapport présenté le 19 avril 2022 lors de la réunion semestrielle de l'Association interaméricaine de la presse (IAPA, par ses sigles en anglais), Haïti a été qualifié du « pays le moins sûr, le plus dangereux et le plus fragile pour l'exercice de la liberté de la presse » des Amériques. Ce document rappelle la mort de trois journalistes, ainsi que les attaques, les enlèvements et les cas d'intimidation qui ont eu lieu en 2022 et pendant une partie de 2021. Selon l'IAPA, en Haïti, la presse est menacée constamment et les enquêtes officielles sur les récents assassinats de journalistes sont au point mort et ne permettent pas de demander des comptes à qui que ce soit.

Association

Le 29 juillet 2022, les experts en droits de l'homme des Nations Unies ont publié une lettre dans laquelle ils ont exprimé leurs inquiétudes quant à la sécurité du défenseur des droits de l'homme Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits de l'Homme (RNDDH). En mars 2022, ce groupe de la société civile a reçu des informations fiables concernant des projets présumés d'assassinat d'Espérance. Ils auraient été planifiés par des membres d'un parti politique en coordination avec des bandes criminelles. Malgré une demande d'enquête sur ces menaces, la police n'a toujours pas répondu.

Les experts de l'ONU ont exhorté le gouvernement à préciser si une enquête est en cours et à prendre des mesures pour protéger Espérance. Le défenseur et le RNDDH ont déjà été confrontés à des attaques pour avoir dénoncé des violations des droits de l'homme dans le pays. Les bureaux de l'organisation ont notamment subi deux attaques aux armes à feu, en 2018 et 2020.

Réunion pacifique

Le 7 juillet 2022, des manifestants ont participé à une marche à Port-au-Prince pour commémorer le premier anniversaire de l'assassinat du président Jovenel Moïse. La manifestation avait été organisée par des partisans et des sympathisants de Moïse qui demandent justice pour son meurtre. Ils ont dénoncé l'aggravation de la crise politique et économique dans le pays depuis l’assassinat et l'absence de progrès dans l'enquête.

Le 13 juillet 2022, des manifestants ont bloqué les routes de Port-au-Prince pour protester contre les pénuries récurrentes de carburant. Dans tout le pays, des stations-service ont été contraintes de cesser leurs activités en raison de la violence des gangs. Lors de la manifestation, des chauffeurs de motos ont bloqué des carrefours et certains manifestants ont brûlé des pneus. Selon Reuters, des coups de feu ont retenti durant la manifestation, mais il n'a pas été possible de déterminer immédiatement qui avait tiré ni pourquoi.