Des soldats assis sur un véhicule technique garé devant une affiche électorale du défunt président Idriss Déby à N'Djamena, au Tchad, le 23 avril 2021. Christophe Petit Tesson/Pool via Reuters.

L’armée prend le pouvoir à la suite du décès du président Déby quelques jours après l’élection présidentielle

Le 11 avril 2021 s'est tenue l'élection présidentielle au Tchad. Le président Idriss Déby Itno, qui briguait un sixième mandat, a été annoncé vainqueur du scrutin. Cette élection a été précédée par la répression des manifestations contre un éventuel sixième mandat du président Idriss Déby.

Le 20 avril 2021, quelques jours après la victoire électorale de Déby, les militaires tchadiens ont annoncé que le président Déby avait été blessé mortellement au combat et un conseil militaire de transition a été mis en place sous l'autorité du général Mahamat Idriss Déby, fils du président Déby. L'Assemblée nationale et le gouvernement ont été dissous, la Constitution a été suspendue et les militaires ont déclaré qu'il aurait des élections dans dix-huit mois. Le 2 mai 2021, la junte militaire a nommé un gouvernement de transition. Des manifestations pour réclamer le retour à un régime civil ont éclaté dans tout le pays et elles ont été réprimées par les autorités, causant au moins seize morts.

Pendant ce temps, des dizaines d'organisations de la société civile ont lancé l'Observatoire citoyen de la transition afin de surveiller et de contrôler le Conseil militaire de transition.

Liberté de réunion pacifique

Au moins seize morts et des centaines de détenus lors de manifestations pour exiger le retour à un régime civil

Au moins seize personnes ont été tuées lors des différentes manifestations qui se sont déroulées entre le 27 avril et le 19 mai 2021 à N'Djamena, la capitale du Tchad, et à Moundou. Plus de 700 personnes ont été arrêtées dans le cadre de ces manifestations. Le 27 avril 2021, au moins six personnes — neuf selon la Convention tchadienne pour la défense des droits de l'homme (CTDDH) — ont été tuées lors de manifestations contre le Conseil militaire de transition à N'Djamena et à Moundou. La police a réprimé les manifestations organisées par Wakit Tama, une coalition d'organisations de la société civile et de partis d'opposition, et elle aurait utilisé des balles réelles et des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Selon les médias, l'armée a été déployée pour contenir les manifestations quelques heures après. À N'Djamena, des manifestants auraient brûlé des pneus et se seraient attaqué à des symboles français, comme le drapeau français, en réaction au soutien de Paris au Conseil militaire de transition.

Le 8 mai 2021, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de manifestants à N'Djamena. Les autorités avaient interdit cette manifestation. Selon Wakit Tama, des arrestations se sont produites et plusieurs personnes ont été blessées lors des manifestations. Radio France Internationale (RFI) a déclaré que ses envoyés spéciaux ont été touchés à la jambe par des grenades lacrymogènes, la police a saisi leur matériel et on a battu le chauffeur des journalistes. L'armée a été déployée à N'Djamena le 19 mai 2021 afin d’empêcher la population de manifester. Quelques petits groupes ont tenté de manifester malgré l'interdiction des autorités, certains manifestants ont brûlé des pneus et le drapeau français avant d'être dispersés. Plusieurs personnes ont été arrêtées. Les forces de sécurité ont réprimé les manifestations contre le Conseil militaire de transition et contre la France à Sarh et à Koumra, deux villes du sud du Tchad, le 1er mai 2021. Dans des déclarations à RFI, des témoins ont affirmé que les forces de sécurité ont utilisé des balles réelles et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, faisant plusieurs blessés.

Selon Amnesty International, les autorités ont interdit de manière systématique les manifestations convoquées par des organisations de la société civile ou par des groupes d'opposition, alors qu'elles ont autorisé celles en faveur du Conseil militaire de transition. Une de ces dernières s'est tenue le 12 mai 2021 et a bénéficié de l'autorisation des autorités. Entre 150 et 200 personnes se sont rassemblées ce jour-là à N'Djamena à l'initiative de la plateforme Nouvelle Vision afin de participer à une « marche pour la paix » en soutien au Conseil militaire de transition.

Manifestations préélectorales contre la candidature du président Idriss Déby à un sixième mandat

Les manifestations contre un éventuel sixième mandat du président Idriss Déby Itno se sont poursuivies en mars 2021 malgré les interdictions de manifester. Comme nous l'avons signalé sur le Monitor CIVICUS, ces manifestations ont commencé début février 2021.

Les forces de sécurité ont dispersé les manifestations du 20 mars 2021. Selon les médias, des gaz lacrymogènes ont été utilisés dans plusieurs quartiers pour disperser les manifestants et plusieurs personnes ont été blessées. Des dirigeants de la société civile et de l'opposition ont été arrêtés, dont deux leaders de la société civile (cf. Association) et le musicien N2A. La plupart des personnes arrêtées ont été remises en liberté plus tard dans la journée. Lors d'une autre manifestation à N'Djamena le 27 mars 2021, les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes contre des manifestants et des dizaines de personnes, dont des membres de la société civile et de l'opposition politique, ont été arrêtées avant d'être libérées plus tard dans la journée.

Liberté d'expression

Des perturbations d'Internet avant les élections

Selon l'OSC pour la défense de la liberté sur Internet NetBlocks, la connexion à Internet a été interrompue à partir du 28 février 2021, date qui coïncide avec le raid sur la résidence du leader de l'opposition Yaya Dillo. Au moins deux personnes, dont la mère de Dillo, ont été tuées au cours d’une descente des forces de sécurité au domicile du leader de l'opposition.

Neuf cent onze jours de perturbations d'Internet depuis 2016

Entre la dernière élection présidentielle de 2016 et 2021, les autorités ont entravé l'accès à Internet et aux réseaux sociaux un total de 911 jours, soit deux ans et demi, selon Amnesty International. En 2020, la connexion à Internet a été perturbée pendant un total de 192 jours. Selon un militant qui s'est entretenu avec Amnesty International, les réseaux sociaux tels que WhatsApp et Facebook ont été les principaux objectifs de ces perturbations. Abdoulaye Diarra d'Amnesty International commente :

« Au cours des cinq dernières années, on a pu constater une concomitance entre les ruptures d’accès à Internet et les moments de contestation politique au Tchad. Ces perturbations, qui touchent l’ensemble des usagers, portent atteinte à la liberté d’expression. »

Souvent les autorités ont invoqué la sécurité intérieure et l'ordre public pour justifier les perturbations d'Internet.

Manifestations : arrestation de défenseurs des droits de l'homme

Le 20 mars 2021, des agents du Groupement mobile d'intervention de la police ont arrêté le président de la Ligue tchadienne des droits de l'homme Maxvelt Yogangnan Loalngar, et le secrétaire général de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l'homme (CTDDH) Mahamat Nour Ibedou dans le cadre de la manifestation organisée ce jour-là contre un éventuel sixième mandat du président Déby Itno. Ces deux arrestations ont été marquées par des violences à l'encontre des deux défenseurs des droits de l'homme. Loalngar a été remis en liberté le même jour, tandis que Nour Ibedou ne l'a été que trois jours plus tard, le 23 mars 2021.

Le 26 avril 2021, des hommes armés non identifiés ont enlevé Gilbert Morba, coordinateur de la mobilisation citoyenne au sein de la coalition Wakit Tama. Il a été libéré le 27 avril 2021.