Watchlist March 2026 French

Mars 2026 LISTE DE SURVEILLANCE

Dernière mise à jour : 25 mars 2026 – La nouvelle Liste de surveillance (Watchlist) du CIVICUS Monitor souligne de graves préoccupations concernant l'exercice des libertés civiques au Bénin, en Équateur, en Géorgie, en Iran et aux Philippines.

La Liste de surveillance attire l'attention sur les pays où l'on observe un déclin sérieux du respect de l'espace civique, sur la base d'une évaluation des conclusions de recherche du CIVICUS Monitor, de nos partenaires de recherche et de consultations avec des militants sur le terrain. Dans les semaines et mois à venir, le CIVICUS Monitor suivra de près l'évolution de la situation dans chacun de ces pays, dans le cadre des efforts visant à garantir qu'une pression accrue soit exercée sur les gouvernements.

CIVICUS appelle ces gouvernements à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin immédiatement aux répressions en cours et pour garantir que les auteurs de ces actes répondent de leurs actes. Des descriptions des violations de l'espace civique se produisant dans chaque pays sont fournies ci-dessous. Si vous avez des informations à partager sur l'espace civique dans l'un de ces pays, veuillez écrire à monitor@civicus.org.

Équateur

El Salvador a intensifié sa répression à l’encontre des défenseurs des droits humains, des journalistes et des organisations de la société civile (OSC). Le pays est maintenu en état d’urgence depuis plus de trois ans, renouvelé 40 fois depuis mars 2022.

C’est la troisième fois qu’El Salvador est inscrit sur la Liste de surveillance sous l’administration du président Nayib Bukele, après mars 2022 et juillet 2024. Cette répétition souligne des préoccupations constantes concernant l’atteinte aux libertés civiles et l’érosion des institutions démocratiques, traduisant la mainmise de plus en plus autoritaire de Bukele sur le pouvoir.

Des cas alarmants de criminalisation visant les défenseurs des droits humains ont été recensés en 2025. Le 18 mai, les autorités ont arbitrairement arrêté Ruth Eleonora López, responsable de l’unité Anti-Corruption et Justice de Cristosal, accusée de détournement de fonds prétendument en lien avec son activité au Tribunal électoral suprême. López est internationalement reconnue pour son travail sur la corruption et la défense des droits humains. Le 6 juin, l’avocat constitutionnaliste Enrique Anaya, connu pour ses critiques envers les abus gouvernementaux, a également été arrêté pour un supposé blanchiment d’argent. Les deux sont toujours en détention.

Le gouvernement a répondu aux manifestations par des répressions et des mesures de représailles ciblant ses critiques. En mai 2025, plus de 300 familles de la communauté d’El Bosque ont organisé une veillée pacifique pour revendiquer leur droit à un logement adéquat face à une expulsion imminente. Le 12 mai, au cours de la veillée devant la résidence présidentielle, la police a arbitrairement interpellé le leader communautaire José Ángel Pérez. Le lendemain, les autorités ont aussi détenu Alejandro Henríquez, défenseur de l’environnement et représentant légal de la coopérative d’El Bosque. Les deux sont accusés de troubles à l’ordre public et d’obstruction à la justice et restent en détention. Des actes d’intimidation, tels que de la surveillance, ont également visé plusieurs participants et membres de la coopérative.

En réaction aux protestations devant la résidence présidentielle, l’Assemblée législative a adopté, le 20 mai, la loi sur les agents étrangers, ciblant les organisations et individus recevant des financements i

L’espace civique s’est détérioré en Équateur depuis que le gouvernement a restreint les libertés fondamentales, étendu les pouvoirs de l’armée et décidé de militariser les tâches de sécurité pour lutter contre la violence des groupes criminels organisés. Depuis janvier 2024, les autorités ont commencé à invoquer l’existence d’un « conflit armé interne » pour justifier le recours à des mesures exceptionnelles en deçà des normes internationales en matière de droit de l’homme. Selon des rapports crédibles, la militarisation croissante de la sécurité publique s’est accompagnée de graves violations des droits de l’homme. Depuis 2020, l’espace civique du pays figure dans la catégorie « entravé » du classement établi par CIVICUS Monitor.

En septembre et octobre 2025, des manifestations pacifiques menées par des peuples autochtones ont été réprimées avec une force excessive et meurtrière après que les autorités ont déclaré l’état d’urgence et déployé des milliers de militaires. Ces manifestations s’inscrivaient dans le cadre d’une grève nationale de 31 jours, appelée « paro national », qui a entrainé une importante vague de manifestations dirigées par des mouvements autochtones, principalement dans les hauts plateaux des Andes. Ce mouvement social a été déclenché par la suppression de la subvention au diesel, décidée par le président Daniel Noboa, qui a entraîné une hausse des prix de plus de 50 % et a eu des répercussions considérables sur les communautés rurales et autochtones.

Les forces de sécurité auraient tué au moins deux dirigeants des communautés indigènes kichwas de la province d’Imbabura : Efraín Fuérez, de Cotacachi, abattu d’une balle dans le dos le 28 septembre ; et José Guamán, d’Otavalo, d’une balle dans la poitrine le 14 octobre. Edison Farinango, une troisième victime, est décédé le 27 décembre, après être resté deux mois dans un état critique. Il a été touché par une grenade lacrymogène lors des manifestations dans la province d’Imbabura. La violence de la répression a également fait près de 500 blessés, dont 12 militaires. Au moins 25 personnes présentaient des blessures graves. La répression a aussi conduit à l’arrestation arbitraire de plus de 200 personnes. L’organisation de défense des droits de l’homme Alianza de Organizaciones por los Derechos Humanos del Ecuador a documenté au moins seize cas de disparitions forcées de courte durée. Les autorités auraient également interrompu l’accès aux services d’Internet et de téléphonie mobile à Cotacachi, Otavalo et La Esperanza.

En parallèle à la répression violente, des responsables politiques et certains médias ont promu des récits liant les organisations des peuples autochtones et les « guardias indígenas » (des groupes d’autoprotection communautaire ancrés dans les systèmes de gouvernance autochtone) au terrorisme et à la criminalité organisée, alimentant ainsi la stigmatisation et la criminalisation. Les autorités ont ouvert des enquêtes contre au moins 61 dirigeants autochtones et défenseurs de l’environnement pour terrorisme, financement du terrorisme et enrichissement illicite, entre autres délits.

Cette tendance à la criminalisation s’est installée depuis 2025. D’après l’organisation Frente Nacional Antiminero (FNA), plus de 200 dirigeants sociaux ont fait l’objet d’enquêtes ou de poursuites à Imbabura, Cotopaxi, Bolívar, Los Ríos et Azuay, cinq provinces à forte population rurale et autochtone. Le 23 février 2026, trois défenseurs ont été condamnés à quatre ans de prison pour violation de la propriété privée, dans le cadre de leur opposition au projet minier Curipamba-El Domo dans la province de Bolívar. Actuellement, 32 défenseurs sont toujours sujets à une enquête dans les régions de Bolívar et de Los Ríos, en raison de leur lutte contre des projets miniers.

La liberté d’association est également la cible de menaces croissantes. Après que le président Daniel Noboa a obtenu un mandat de quatre ans en avril 2025, son gouvernement a proposé des lois de portée générale qui renforcent le contrôle de l’État sur les organisations de la société civile. Ces mesures ont, pour la plupart, été adoptées par l’Assemblée nationale par le biais de procédures d’urgence accélérées. La loi sur la transparence sociale, adoptée en août 2025, et son règlement d’application, publié en octobre de la même année, en sont un bon exemple. Ils imposent aux organisations de la société civile de lourdes obligations en matière d’information, autorisent le gel administratif des comptes bancaires et limitent les activités revendicatives à l’encontre des projets miniers approuvés par l’État. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’extraction pétrolière et l’exploitation minière exacerbent déjà les conflits environnementaux et fonciers dans le pays. Bien que plusieurs recours constitutionnels aient été déposés en 2025, la Cour constitutionnelle n’a pas encore rendu sa décision quant à la conformité de la loi.

Les organisations de la société civile ont signalé que le nouveau cadre juridique était déjà utilisé contre elles. Depuis septembre 2025, les autorités ont gelé les comptes bancaires de plusieurs organisations environnementales et de peuples autochtones, dans le cadre de prétendues enquêtes anti-blanchiment menées par l’Unité d’analyse financière et économique (UAFE), souvent sur la base de rapports de « renseignements » confidentiels. Les organisations concernées ont déclaré qu’elles ne pouvaient pas accéder aux preuves avancées dans ces rapports ni les contester, une situation qui met en lumière le risque d’une utilisation abusive des contrôles financiers à l’encontre de la société civile.

Par exemple, le 27 septembre 2025, pendant la grève nationale, l’organisation Fundación Pachamama a signalé que ses comptes avaient été gelés et qu’une enquête pénale avait été ouverte à l’encontre de son président. Au moins 27 organisations ont fait l’objet de mesures similaires, dont Alianza Ceibo, le FNA, la Confederación de Nacionalidades Indígenas del Ecuador (CONAIE), le mouvement Movimiento Indígena y Campesino de Cotopaxi (MICC) et Yasunidos. En décembre 2025, Human Rights Watch a averti que ces gels injustifiés perturbaient les activités de la société civile et soulevaient de vives inquiétudes quant au respect des garanties procédurales.

Selon l’organisation de défense de la liberté de la presse Fundamedios, les violations de la liberté d’expression et de la liberté de la presse sont toujours alarmantes, comme en témoigne le meurtre de cinq journalistes en 2025. Ainsi, le 20 novembre 2025, des individus non identifiés ont abattu le journaliste Robinson del Pezo dans la ville côtière de La Libertad, dans la province de Santa Elena. Il avait fondé et dirigeait le média numérique La Voz del Pueblo, dans lequel il dénonçait des cas de corruption présumés concernant des contrats municipaux, des transactions foncières et des projets de travaux publics. En outre, les organisations de défense de la liberté de la presse ont recensé 55 attaques contre des journalistes dans au moins cinq provinces lors de la grève nationale de 2025.

La liberté de la presse s’est encore érodée avec la suspension ou la fermeture arbitraire d’au moins sept stations de radio, principalement des stations communautaires, l’arrêt du processus d’attribution des fréquences de radiodiffusion et l’application de mesures réglementaires qui menacent la viabilité financière des médias indépendants. Ce dernier point est illustré par l’intervention administrative et le placement sous la supervision temporaire de l’État, en février 2026, de Gráficos Nacionales S.A. (GRANASA) par le régulateur national des entreprises. Cette société édite deux des journaux privés les plus diffusés du pays : le Diario Expreso et le Diario Extra, tous deux implantés à Guayaquil.

Ces événements se sont produits dans un contexte d’affaiblissement de l’indépendance de la justice. Récemment, l’organisation Observatorio de Derechos y Justicia (ODJ) a fait état d’une crise au sein du système judiciaire, caractérisé par des interférences politiques, des accusations de corruption et l’infiltration de la criminalité organisée. La violence à l’encontre des fonctionnaires de justice est également préoccupante. De 2020 à 2025, des établissements judiciaires ont été la cible d’attaques armées et des procureurs ainsi que des membres du personnel judiciaire ont été victimes d’au moins quarante attaques, dont l’assassinat de douze procureurs et de trois juges.

Cette commission était exclusivement composée de députés proches du Rêve géorgien, puisque quatre partis d’opposition avaient refusé de siéger ou de participer aux activités parlementaires, après avoir contesté l’impartialité des élections d’octobre 2024. Les OSC ont critiqué la composition et le mandat de la commission, qu’elles estiment incompatibles avec la Constitution et la procédure parlementaire. Selon elles, l’enquête serait un prétexte permettant au Rêve géorgien de punir ses opposants politiques et de démanteler le pluralisme politique dans le pays.

En octobre, les conclusions de la commission ont servi de base pour demander à la Cour constitutionnelle d’interdire l’UNM et deux autres partis d’opposition que le gouvernement considère comme ses satellites. Simultanément, le législateur a adopté une loi interdisant aux personnes affiliées à des partis proscrits de se présenter aux élections ou d’exercer une fonction publique. En mars 2026, après la formation d’une alliance composée de neuf partis d’opposition, dont l’UNM, le premier ministre Irakli Kobahidze a annoncé que les poursuites pourraient être étendues à l’ensemble des partis de la coalition.

Géorgie

L’espace civique est en train de s’effondrer à vive allure en Géorgie. En 2024, CIVICUS Monitor avait abaissé le classement de l’espace civique géorgien, le faisant passer de la catégorie « rétréci » à celle d’« entravé », puis l’avait encore rétrogradé à celle de « réprimé » en décembre 2025. Pour tenter d’étouffer les manifestations de masse et de juguler une crise politique qui s’aggravait, les autorités géorgiennes ont adopté une série de lois qui restreignent les libertés fondamentales et la participation politique, et menacent la survie de la société civile et des médias dans le pays.

Les autorités ont réprimé avec une force excessive les manifestations qui ont débuté le 28 novembre 2024, à la suite de la décision du gouvernement du parti Rêve géorgien de suspendre les négociations d’adhésion à l’UE jusqu’en 2028. Elles ont procédé à des arrestations arbitraires, utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau, et des agents de police ainsi que des individus encagoulés, soupçonnés d’être affiliés au gouvernement, ont usé de la violence. Un an après le début des manifestations, des organisations de la société civile (OSC) ont indiqué que, selon leurs estimations, environ 160 personnes avaient fait l’objet d’enquêtes pénales, 300 de tortures et de mauvais traitements, plus de 600 de détentions administratives, et plus de 1 000 d’amendes.

Alors que de petits rassemblements se tiennent chaque jour, les autorités continuent de s’attaquer aux manifestants au moyen de détentions et de lourdes amendes, en vertu de nouvelles lois restrictives. Depuis 2024, une série de modifications législatives successives des lois relatives aux manifestations a rallongé constamment la liste des actes de protestation courants passibles de détention administrative immédiate, parmi lesquels se couvrir le visage, bloquer la circulation ou « entraver la circulation des personnes » dans les zones piétonnes. De plus, en cas de récidive, les contrevenants s’exposent à des poursuites pénales passibles de peines allant jusqu’à deux ans de prison. En février 2026, douze personnes ont dénoncé que leurs comptes bancaires avaient été saisis en raison d’amendes impayées liées à leur participation à des manifestations, alors qu’elles avaient fait appel de ces décisions.

En parallèle, les autorités géorgiennes continuent de renforcer les restrictions au financement des médias et de la société civile, de les harceler administrativement et de menacer leur survie. Malgré un tollé général, les autorités ont adopté une première loi sur les « agents étrangers » en 2024, puis une seconde loi similaire en avril 2025. Cette dernière est une traduction directe de la Foreign Agents Registration Act américaine, qui s’applique aux particuliers et établit une responsabilité pénale en cas de manquement. Parmi les nouvelles restrictions introduites en 2025 figurent l’interdiction pour les radiodiffuseurs de recevoir des fonds de « puissances étrangères » et l’obligation pour les OSC d’obtenir l’autorisation du gouvernement avant d’accepter des subventions provenant de l’étranger.

Dans le contexte de cette répression, de nombreux médias et OSC ont fait l’objet d’inspections menées par les autorités anticorruption et d’enquêtes pénales pour des motifs fallacieux, et ont vu leurs comptes gelés. En février 2026, une chaîne de télévision critique envers le gouvernement a déclaré avoir fait l’objet d’une procédure administrative en raison d’un seul don provenant des États-Unis, apparemment d’un citoyen géorgien résidant à l’étranger.

Le dernier épisode en date de ce torrent de lois répressives a eu lieu en mars 2026, avec l’introduction de modifications législatives qui élargissent radicalement la définition des « subventions étrangères ». Désormais, tout soutien matériel ou financier reçu de l’étranger destiné à influencer les politiques publiques sera considéré comme une « subvention étrangère ». La définition des « donateurs étrangers » a également été étendue aux particuliers, sans fixer de seuil minimum. Ainsi, même de faibles contributions financières provenant de citoyens étrangers pourraient entraîner des responsabilités pénales, passibles d’une peine de six ans d’emprisonnement, au cas où le bénéficiaire n’aurait pas obtenu d’autorisation pour recevoir de subventions étrangères.

Une autre loi adoptée lors de la même session a instauré des responsabilités pénales et des peines de prison pour « extrémisme contre l’ordre constitutionnel » pour toute personne cherchant à « établir l’impression » que les autorités géorgiennes sont illégitimes. Cette disposition est considérée par beaucoup comme une mesure visant à réduire au silence les critiques au sujet des élections parlementaires d’octobre 2024. Le paquet législatif comprend également des dispositions qui interdisent, durant huit ans, d’adhérer à un parti politique à toute personne ayant été employée par une organisation représentant des « intérêts étrangers », ce qui, en substance, revient à exclure de la vie politique toute personne ayant une expérience dans la société civile ou ses médias financés par l’étranger.

Outre les manifestants, la presse et les OSC, le gouvernement a également réprimé sévèrement l’opposition politique. En novembre 2025, le bureau du procureur général a annoncé des poursuites pénales à l’encontre de huit personnalités de l’opposition pour sabotage, collaboration avec des intérêts étrangers et appel au renversement du gouvernement, entre autres charges, et a requis jusqu’à quinze ans de prison contre certaines d’entre elles. Pour la plupart, elles étaient déjà en prison, ayant été condamnées à des peines d’emprisonnement et à des interdictions d’exercer une fonction publique durant deux ans pour avoir refusé de témoigner devant une commission parlementaire enquêtant sur des infractions présumées commises par des responsables gouvernementaux de 2003 à 2012, lorsque le Mouvement national uni (MNU), actuellement dans l’opposition, était au pouvoir.

L’Iran

L’espace civique se détériore rapidement en Iran. Après la répression meurtrière des manifestations de masse par les autorités, l’attaque illégale des États-Unis et d’Israël contre le pays a entraîné des restrictions encore plus importantes. Puisque les pays voisins restreignent également les libertés dans le contexte des représailles de l’Iran, le conflit menace de détériorer davantage les libertés fondamentales dans la région.

Le 28 décembre 2025, des manifestations ont éclaté dans tout le pays pour protester contre l’instabilité économique générale, les réformes politiques de grande ampleur et la détérioration de la situation économique depuis la dépréciation soudaine de la monnaie nationale. Elles ont été décrites comme les mobilisations les plus importantes depuis 2009, lorsque des millions de manifestants avaient protesté contre des élections contestées.

Le 8 janvier 2026, les autorités ont coupé complètement l’accès à Internet, ainsi qu’aux réseaux téléphoniques et mobiles. Du 8 au 11 janvier 2026, les forces de l’État auraient massacré des milliers de manifestants en faisant usage d’une puissance de feu écrasante. Selon des rapports, elles auraient également restreint les activités et les déplacements publics à l’aide de mesures similaires à celles prévues par la loi martiale. Le 19 janvier 2026, Reuters a fait savoir que les autorités avaient confirmé qu’au moins 5 000 personnes avaient été tuées lors des manifestations, dont environ 500 étaient des membres des forces de sécurité. Selon l’agence de presse iranienne des militants des droits de l’homme HRANA, plus de 24 000 arrestations ont été effectuées durant cette période. Certains manifestants encourent désormais la peine de mort, un signal inquiétant qui laisse présager des représailles brutales imminentes contre les mouvements de contestation. Auparavant, le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejei, avait menacé les manifestants, les avertissant qu’ils seraient sanctionnés « de manière définitive, avec la plus grande sévérité et sans aucune indulgence juridique ».

La détérioration de l’espace civique iranien qui a suivi les manifestations s’est encore aggravée après les frappes aériennes coordonnées des forces américaines et israéliennes du 28 février 2026, qui ont tué au moins 1 255 personnes et blessé environ 10 000 autres, selon des informations fournies par les autorités iraniennes le 10 mars 2026.

Pour la seconde fois en l’espace de deux mois, les autorités ont imposé une coupure généralisée de l’accès à Internet sur l’ensemble du territoire. L’accès aux principales plateformes et réseaux VPN a également été bloqué ou interrompu, ce qui a considérablement limité la communication et la diffusion d’informations qui pourraient potentiellement sauver des vies. Les journalistes ont été contraints de recourir à des liaisons par satellite, à des applications cryptées et à la contrebande de vidéos, souvent au moyen d’outils interdits comme Starlink, malgré les risques importants que cela implique.

Entre-temps, de graves inquiétudes subsistent quant à la sécurité des personnes détenues lors de manifestations, des manifestants victimes de disparitions forcées et d’autres militants emprisonnés, dont la défenseure des droits de l’homme Narges Mohammadi, condamnée récemment à une peine supplémentaire de sept ans de prison. Dans ces circonstances, on n’insistera jamais assez sur la nécessité de protéger et d’assurer la sécurité des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des manifestants détenus dans des zones de conflit actifs.

Malgré les risques, des milliers d’Iraniens ont continué à se rassembler pacifiquement dans les rues pour exprimer leurs opinions diverses au sujet de la mort du guide suprême Ali Khamenei lors des frappes aériennes et la nomination postérieure de Mojtaba Khamenei comme son successeur, soulignant ainsi la nécessité urgente pour toutes les parties de respecter le droit du peuple iranien aux libertés d’association, d’expression et de réunion pacifique, et d’agir dans les limites du droit international en matière de droits de l’homme et des dispositions sur la protection de la population civile.

Dans la région, l’espace civique est soumis à une sécuritisation croissante à mesure que le conflit s’étend et que l’Iran prend pour cible Israël ainsi que les pays voisins abritant des forces américaines, comme le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar. Tous les gouvernements des pays susmentionnés ont mis en garde leur population contre l’enregistrement ou la diffusion d’images d’activités militaires, ce qui fait craindre une nouvelle détérioration des libertés civiques dans une région où elles sont déjà fortement restreintes.

Philippines

Près de quatre ans après l’arrivée au pouvoir du président Ferdinand Marcos Jr., des activistes et des groupes de la société civile ont exprimé de vives inquiétudes quant aux efforts déployés par les autorités pour restreindre l’espace civique et réduire au silence les voix dissidentes.

En septembre 2025, des manifestations contre la corruption ont été réprimées avec une force excessive et ont entrainé des arrestations. La police a arrêté et détenu de manière arbitraire plus de 200 personnes, dont 91 enfants, et les a empêchées de communiquer avec leur famille et d’avoir accès à un avocat.

Les forces de l’État ont infligé des violences physiques aux manifestants, y compris des actes pouvant être assimilés à de la torture et à d’autres mauvais traitements. Les victimes ont raconté qu’au moment de leur arrestation, la police les avait frappées, y compris des enfants, à coups de poing, de pied et de matraque, et que les mauvais traitements avaient continué en détention. Personne n’a été tenu pour responsable de ces violations.

Le 3 novembre 2025, le ministère de la Justice (DOJ) a engagé des poursuites pénales contre au moins 97 manifestants, dont 72 ont été accusés de sédition et d’incitation à la sédition en vertu de la Loi sur la prévention de la cybercriminalité de 2012. Les manifestants ont également été victimes de harcèlement. Parmi les personnes auxquelles le ministère de la Justice a envoyé une citation à comparaître figure Renato Reyes Jr., président de Bagong Alyansang Makabayan (BAYAN), une alliance d’organisations de gauche. Au moins quatre dirigeants étudiants ont également reçu une convocation du ministère de la Justice.

Les militants et les défenseurs des droits de l’homme sont toujours pris pour cible. Le 25 février 2026, la police a arrêté et détenu les défenseurs des droits de l’homme Edel Parducho et Three Odeña à Mandaluyong City, alors qu’ils participaient à une marche commémorant le 40ᵉ anniversaire de la Révolution philippine de 1986, près du sanctuaire EDSA, un mémorial de cet événement. Odeña est un jeune militant, et Parducho est responsable de l’éducation aux droits de l’homme au sein de la coalition Philippine Alliance of Human Rights Advocates (PAHRA).

On a également signalé l’arrestation de manifestants opposés à l’activité minière à Dupax del Norte, dans la province de Nueva Vizcaya, en janvier 2026, ainsi que la détention d’agriculteurs et d’habitants pour avoir participé à des manifestations liées à des litiges fonciers de longue date à La Laguna en février 2026.

En novembre 2025, des défenseurs du droit à la terre ont été arrêtés ou attaqués dans le Negros Occidental et dans la Vallée de Cagayan, deux provinces touchées par les typhons Tino et Uwan.

Les autorités philippines portent également des accusations infondées pour financement du terrorisme contre des militants et des groupes de la société civile. En décembre 2025, plusieurs militants ont été arrêtés sur la base d’accusations forgées de financement du terrorisme, dont Carmilo Tabada, ancien employé du centre Central Visayas Farmers’ Development Center (FARDEC), et Michael Cabangon, dirigeant syndical et travailleur culturel de la région de Cordillera.

Des rapports font également état de la persistance d’accusations de communisme à l’encontre des critiques du gouvernement comme prétexte pour les attaquer, et des experts des Nations Unies ont attiré l’attention sur cette pratique inquiétante. En décembre 2025, l’officier de l’armée à la retraite Antonio Parlade Jr. a qualifié l’avocat écologiste Antonio La Viña de communiste, tandis qu’en février 2026, deux dirigeants syndicaux et cinq dirigeants de mouvements populaires de masse ont, eux aussi, été étiquetés comme communistes sur des affiches distribuées à Bicol.

Les journalistes sont également exposés à des risques. En janvier 2026, la journaliste Frenchie Mae Cumpio et la défenseure des droits de l’homme Marielle Domequil ont été reconnues coupables de financement du terrorisme et condamnées à au moins douze ans de prison, après avoir passé près de six ans en détention provisoire. En février 2026, un tribunal régional de première instance a rejeté leur demande de mise en liberté sous caution.

Bénin

À l’approche des élections présidentielles au Bénin, prévues pour le 12 avril 2026, le pays est placé sur la liste de surveillance de CIVICUS Monitor en raison de l’érosion de l’espace civique et démocratique, illustrée par la suspension des médias, la répression transnationale, l’interdiction fréquente des manifestations, ainsi que les arrestations et les poursuites arbitraires à l’encontre des critiques et des journalistes.

Bien que le président Patrice Talon ait décidé de ne pas se présenter, respectant ainsi la limite constitutionnelle de deux mandats pour les présidents, la Cour constitutionnelle n’a autorisé que deux candidats à concourir à l’élection présidentielle : Romuald Wadagni, actuel ministre des Finances et successeur du président Patrice Talon, sous la bannière de la coalition de la majorité présidentielle ; et Paul Hounkpè, sous les couleurs du parti Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), qui s’est positionné en tant qu’opposant « modéré ». Les candidats des autres partis, y compris celui du parti d’opposition Les Démocrates, n’ont pas pu se présenter en raison des exigences strictes du code électoral de 2024.

L’espace démocratique et les conditions pour la participation de l’opposition politique aux élections se sont considérablement réduits durant le mandat de Patrice Talon en raison du Code électoral de 2024, qui augmente les seuils pour que les partis obtiennent une représentation à l’Assemblée nationale, ainsi que les pourcentages de parrainages pour les candidats à la présidence ou à la vice-présidence, entre autres exigences strictes. Certaines de ces conditions ont été inscrites dans le Code électoral de 2019, puis durcies en 2024.

Ces exigences ont empêché l’opposition d’obtenir des sièges à l’Assemblée nationale lors des élections législatives et municipales du 11 janvier 2026. La réforme constitutionnelle de novembre 2025, ainsi que d’autres mesures, ont concentré le pouvoir de manière croissante entre les mains de l’exécutif. De plus, le respect des libertés fondamentales s’est érodé davantage à la suite d’une tentative de coup d’État déjouée en décembre 2025.

Depuis l’adoption de la loi 2017-20 portant Code du numérique, les autorités ont fréquemment utilisé ses dispositions restrictives contre les critiques, notamment l’article 550 qui criminalise la « publication de fausses nouvelles » et le « harcèlement par voie électronique ». Les militants, les journalistes et les critiques sont souvent poursuivis devant un tribunal spécialisé, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Le 12 janvier 2026, la CRIET a prolongé de six mois la détention provisoire du journaliste et lanceur d’alerte Huguès Comlan Sosoukpé, connu pour ses critiques envers Patrice Talon, en violation des garanties procédurales, notamment des lois nationales régissant la durée de la détention provisoire. Journaliste et directeur du média Olofofo, ainsi que secrétaire général de l’Association béninoise des web activistes (ABWA), il a été arrêté le 11 juillet 2025 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il s’était exilé, puis livré aux autorités béninoises. Entre autres charges, il est accusé de « harcèlement par voie électronique » en vertu du code numérique, d’« incitation à la rébellion » et d’« apologie du terrorisme ». Son avocat, Dossou Stanic Adjacotan, a été arrêté en janvier 2026 à son arrivée à l’aéroport de Cotonou, puis traduit devant la CRIET pour « apologie d’un coup d’État ». Il a ensuite été libéré dans l’attente d’une enquête.

D’autres journalistes et critiques ont été arrêtés ou poursuivis, notamment le cyberactiviste Steve Amoussou, enlevé à Lomé, au Togo, puis condamné en juin 2025 à deux ans de prison et à une amende pour « injure à caractère politique » et « diffusion de fausses nouvelles » sur une page Facebook critique à l’égard du gouvernement. De même, le journaliste de la station de radio communautaire Nonsina, Djobo Bio, a été arrêté en juillet 2025 à Sinendé pour « diffusion de fausses nouvelles », à la suite d’un article publié sur la page Facebook du média au sujet d’une attaque contre un éleveur et son épouse. Le 15 juillet de la même année, des agents du Centre national d’investigations numériques (CNIN) ont arrêté Cosme Hounsa, journaliste et rédacteur en chef du journal La Boussole, pour « harcèlement par voie électronique », à la suite d’une plainte déposée par un ministre.

De nouvelles arrestations arbitraires ont eu lieu, visant notamment des utilisateurs de réseaux sociaux et des internautes, à la suite de la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025. La journaliste et influenceuse Angèle Kpeidja aurait été arrêtée pour ses commentaires sur les réseaux sociaux au sujet de la tentative de coup d’État. D’autres personnes, dont un journaliste et un banquier à la retraite, seraient poursuivies pour plusieurs chefs d’accusation.

La Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), le régulateur des médias, suspend régulièrement des médias et retire la carte de presse des journalistes. En mars 2025, elle a suspendu le média numérique Bénin Web TV et a retiré la carte de presse de Paul Arnaud Deguenon, son directeur, l’accusant d’incohérences dans sa couverture journalistique de la présentation du budget de la HAAC devant la commission budgétaire du Parlement. Cette décision faisait suite à la suspension de cinq médias en janvier 2025. En novembre de la même année, la HAAC a retiré les fréquences de cinq stations de radio et supprimé les créneaux de multiplex de trois chaînes de télévision. En décembre 2025, elle a annoncé que la presse écrite, les plateformes numériques, les chaînes de radio et de télévision étaient tenues de diffuser immédiatement, en l’état, sans modification ni retard, toute communication d’intérêt public émise par le gouvernement. Tout manquement à cette obligation exposerait les médias à des sanctions.

La liberté de manifester a également été restreinte. Le Code pénal interdit « tout attroupement non armé qui pourrait troubler la tranquillité publique », ce qui permet d’interdire des réunions sur la base de motifs vagues. Les manifestations et les meetings des partis d’opposition sont souvent interdits. Le 22 mars 2025, la police a perturbé avec violence une séance de formation organisée par le parti d’opposition Les Démocrates dans son siège de Dassa-Zoumè. Les agents ont dispersé les participants, saisi des équipements et détenu brièvement des membres du groupe. La police avait déjà interdit un meeting organisé par le même parti à Abomey-Calavi, le 9 février 2025.

En attendant, personne n’a rendu de comptes pour la répression des manifestations contre l’exclusion de l’opposition des élections législatives de 2019, au cours desquelles quatre personnes ont été tuées.

Dans ce contexte de plus en plus restrictif, de nombreux militants et journalistes ont affirmé qu’ils s’autocensuraient. Les OSC ont également indiqué qu’elles hésitaient à lancer des appels à la mobilisation citoyenne et qu’elles faisaient preuve d’une extrême prudence lorsqu’elles rédigeaient des publications traitant des réformes, de la gouvernance ou des violations des droits de l’homme, afin d’éviter d’être accusées de provocation ou de trouble à l’ordre public.