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Trois morts lors d'une manifestation, harcèlement des DDH, agression contre des journalistes

Trois morts lors d'une manifestation, harcèlement des DDH, agression contre des journalistes
REUTERS/Goran Tomasevic via Gallo Images.

Liberté d'expression

Sept chansons critiquant le gouvernement censurées

Le 9 novembre 2021, la Commission nationale de censure des chansons et des spectacles de la RDC a interdit la diffusion de sept chansons. Parmi les chansons interdites figurent« Nini to salite » (Qu’avons-nous pas fait) de MPR (Musique populaire de la révolution) et La lettre à ya tshitshi de Bob Elvis, toutes deux critiquant l'injustice sociale dans le pays et le gouvernement du président Tshisekedi. Le 10 novembre 2021, à la suite du tollé suscité par l'interdiction de « Nini to salite », le ministre de la Justice Rose Mutombo a ordonné à la Commission d'abroger sa décision. Cependant, les six autres chansons sont restées interdites.

Un décret de 1996 donne à la Commission nationale de censure le pouvoir de réglementer le contenu d'une chanson avant sa diffusion auprès du public ou avant la représentation d'un spectacle. Selon Amnesty International, ce décret ne comporte pas de cadre ni de critères bien définis, et ne prévoit pas de procédures de recours.

Des journalistes agressés, blessés et détenus alors qu'ils couvraient des manifestations

Selon l'OSC pour la liberté de la presse Journaliste en danger (JED), au moins quatre journalistes ont été agressés et blessés tandis qu'ils couvraient des manifestations en décembre 2021. Un policier a battu très violemment Matthieu Ntita, journaliste de Radio-télévision la voix populaire (RTVP) alors qu'il couvrait une manifestation de chauffeurs de taxi contre la Compagnie nationale d'assurance le 17 décembre 2021, dans le district de Ngamdajika, province de Lomami. Au moins trois journalistes ont été blessés par des balles réelles et certains de leurs collègues ont été battus alors qu'ils tentaient de couvrir une manifestation devant l'Assemblée provinciale du Sud-Kivu. Jérémie Baraka et Ishara Masirika, du média numérique kivuavenir.com, et Crispin Murhula, de Radiotélévision Eka, ont été atteints par des balles, tandis que d'autres journalistes ont été battus et pourchassé à l'aide de gaz lacrymogènes.

Au moins deux journalistes ont été brutalisés par des policiers, et les locaux d'un média ont été attaqués lors d'une manifestation contre la « politisation » de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le 15 septembre 2021 (cf. Réunion pacifique). Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on voit Patient Ligodi, correspondant de Radio France internationale (RFI) et directeur d'Actualités CD, « être interpellé, frappé, traîné au sol et jeté à l'arrière d'une voiture de police, qui démarre alors que le journaliste est plaqué sur les sièges arrière du véhicule avec ses jambes qui dépassent de la portière encore ouverte ». Patrick Muyaya, ministre de la Communication, a déploré cette « bavure policière » et a annoncé l'ouverture d'une enquête sur les faits. Selon Reporters sans frontières (RSF), il y a eu d'autres victimes de brutalités policières, notamment Louange Vangu d'Actu 24 CD. La police a également tiré des gaz lacrymogènes sur le siège du média RTVS1, propriété d'Adophe Muzito, un opposant politique. Les journalistes qui se trouvaient dans les locaux n'auraient pas pu travailler ni quitter les lieux jusqu'au soir.

Libération du journaliste Sosthène Kambidi après trois semaines de détention

Le 20 septembre 2021, des militaires en civil ont arrêté dans un hôtel de Kinshasa le journaliste Sosthène Kambidi, qui travaille pour Actualité.cd et comme correspondant pour plusieurs agences de presse internationales à Kananga. Au départ, il a été interrogé au sujet du meurtre, en 2017, des observateurs des sanctions de l'ONU Michael Sharp et Zaida Catalan ; il a ensuite été accusé de crimes terroristes, d'association de malfaiteurs et d'insurrection. Kambidi avait participé aux enquêtes de RFI et de Reuters sur ces meurtres.

Il a été libéré provisoirement trois semaines plus tard, le 12 octobre 2021. Bien que l'enquête sur les accusations susmentionnées ait été abandonnée, le journaliste fait toujours l'objet d'une enquête pour « abstention coupable ».

La maison d'un journaliste incendiée dans la province d'Ituri

Selon Reporters sans frontières (RSF), la maison du journaliste Prince Syaghendera à Komanda, dans la province de l'Ituri, a été incendiée et réduite en cendres le 26 septembre 2021, alors qu'il était en reportage. Selon des témoins, les auteurs appartiennent à la milice Chini ya Kilima. Dans une déclaration à RSF, le journaliste de la radio communautaire Tuendelee et du média numérique Bunia-Info24 affirme avoir reçu des messages menaçants de la part de la milice plus tôt dans l'année en raison de reportages où il l'accusait d'abus, et déclare qu'il a dû se cacher après l'incendie de sa maison.

Publication du rapport annuel sur la liberté de la presse « Mauvais temps pour la presse en RDC »

Dans son rapport annuel sur la liberté de la presse, l'OSC Journaliste en danger (JED) affirme avoir enregistré au moins cent-une violations contre la liberté de la presse. Plus de la moitié de ces violations concernent la sécurité physique des journalistes, notamment les meurtres de journalistes et les menaces à leur encontre. Le 2 novembre 2021, lors d'une conférence de presse, JED a exprimé ses inquiétudes quant à la sécurité des journalistes établis au Nord-Kivu et en Ituri, deux provinces sous état de siège depuis mai 2021 et qui ont enregistré un nombre plus élevé de violations, y compris de meurtres de journalistes. En outre, l'organisation de défense des droits estime que l'approche de la période préélectorale — les prochaines élections présidentielles auront lieu en 2023 — pourrait entraîner une augmentation des violations à l'encontre des journalistes et des médias.

Liberté d'association

Libération provisoire de plusieurs DDH

Le 6 novembre 2021, la Cour militaire de Goma a remis en liberté provisoire Parfait Muhani et Ghislain Muhiwa, deux défenseurs des droits de l'homme et membres du mouvement Lutte pour le changement (LUCHA). Parfait Muhani avait été arrêté de manière arbitraire le 6 juillet 2021, sans mandat, puis il avait été accusé de diffamation, d'outrage à la magistrature et d'association criminelle. Selon Human Rights Watch, Muhani risque la peine de mort pour ces accusations. Bien que la peine de mort n'ait pas été appliquée en RDC au cours des deux dernières décennies, l'activiste pourrait néanmoins être condamné à la prison à vie. De son côté, Ghislain Muhiwa avait été arrêté le 22 août 2021 et avait été accusé de diffamation. Ces arrestations font suite aux allégations de LUCHA, selon lesquelles les autorités locales du territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, et des membres du personnel de la Fondation Denise Nyakeru Tshisekedi auraient détourné des biens destinés aux victimes déplacées par l'éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021. La Fondation Denise Nyakeru Tshisekedi, fondée par la première dame de la RDC, l'épouse du président Tshisekedi, n'a pas répondu à ces allégations, mais a porté plainte contre les membres de LUCHA. Un mandat d'arrêt a également été émis contre Espoir Ngalukiye, un autre membre de LUCHA. Les charges contre les deux défenseurs des droits de l'homme restent en place.

Plusieurs DDH accusés de diffamation après neuf mois de détention

Le 19 novembre 2021, trois militants du mouvement Jicho la Raiya (Œil du peuple) ont été présentés devant un magistrat et accusés de diffamation. Ils avaient été arrêtés le 18 février 2021, neuf mois auparavant, à Kirotshe, dans le Nord-Kivu, alors qu'ils s’apprêtaient à manifester contre une « taxe routière illégale » et contre la mauvaise gestion présumée de la zone de santé de Kirotshe. Selon Amnesty International, les militants Claude Lwaboshi Buhazi, Faustin Ombeni Tulinabo et Serge Mikindo Waso ont été transférés à la prison centrale de Goma le 2 mars 2021. Leur comparution initiale devant un magistrat était prévue en mai 2021, mais elle avait été annulée en raison de la déclaration de l'état de siège dans les provinces orientales d'Ituri et du Nord-Kivu au même moment. Dans le cadre de l'état de siège, les compétences pénales ont été transférées aux juridictions militaires. Le 26 novembre 2021, une demande de libération sous caution pour les trois militants a été rejetée.

Un DDH accusé de diffamation

Timothée Mbuya, défenseur des droits de l'homme et leader de l'organisation de défense des droits de l'homme Justicia Asbl, a comparu devant le tribunal de paix de Lubumbashi, Haut-Katanga, le 10 janvier 2022. Il est poursuivi pour imputation dommageable et diffamation par Ferme espoir, une exploitation agricole appartenant à l'ancien président Kabila. Cette plainte concerne un rapport de Justicia Asbl du 30 septembre 2021, où l'organisation avait accusé la Ferme espoir d'avoir érigé des clôtures au-delà des limites de sa propriété et à l'intérieur du parc national de Kundelungu, ce qui a causé des effets négatifs sur la biodiversité du parc. Des dizaines de militants se sont rassemblés devant le tribunal avant l'audience. Finalement, le tribunal a jugé que la Ferme espoir n'avait pas suivi les procédures adéquates, les convocations ayant été envoyées à Justicia Asbl et non à l'accusé. Rams Wasolela de La Voix du Peuple déclare à propos du procès :

« Non à l’instrumentalisation de la justice, non à la spoliation des parcs de Kundelungu et Upemba. Notre présence ici est aussi une façon d’interpeller les autorités judiciaires à être impartiales dans ce genre de dossier. »

Liberté de réunion pacifique

Manifestation contre l'insécurité à Goma : au moins trois morts

Le 20 décembre 2021, trois personnes — dont un bébé de six mois — ont été tuées lorsque la police a ouvert le feu pendant une manifestation à Goma, au Nord-Kivu. Une coalition de mouvements citoyens avait appelé à une journée de « ville morte » — une action de protestation pour dénoncer l'insécurité croissante dans l'est de la RDC et les projets de déploiement de la police rwandaise afin de lutter contre le terrorisme. Ce dernier point a été démenti par les autorités. Selon les médias, les manifestants ont barricadé des routes et brûlé des pneus, tandis que la police a utilisé des gaz lacrymogènes et des balles réelles pour les disperser. Des affrontements et des violences auraient eu lieu. Au moins douze personnes ont été blessées et dix-sept ont été arrêtées. La police a affirmé que deux agents ont été tués et deux autres ont été blessés.

Manifestation contre la « politisation » de la Commission électorale nationale indépendante (CENI)

Plusieurs manifestations contre la « politisation » de la CENI se sont produites en RDC suite à la nomination controversée de Denis Kadima à la tête de l'organisme ; un candidat qui est perçu comme étant proche du président Tshisekedi et des membres de la CENI.

Le 22 novembre 2021, la police a empêché une manifestation organisée par des laïcs catholiques, des protestants et des partis d'opposition à Kinshasa. Selon les médias, la police a barricadé l'accès aux locaux du siège de la CENI. Une centaine de manifestants se sont rassemblés malgré le déploiement massif de la police. Le gouverneur de Kinshasa avait interdit la manifestation en invoquant des risques de propagation de la COVID-19 et de troubles à l'ordre pour justifier sa décision.

À l'appel des laïcs catholiques et protestants, des milliers de personnes, dont des membres de la société civile et de l'opposition, avaient déjà manifesté le 13 novembre 2021, à Kinshasa, contre la « politisation » de la CENI et contre le climat social dans lequel vit le pays. Des centaines de personnes ont également manifesté à Kikwit, dans l'est de la RDC. Cette manifestation a été autorisée et aucun incident n'a été signalé.

Le 15 septembre 2021, une manifestation de la coalition d'opposition politique Lamuka contre la « politisation » de la CENI a été réprimée par la police, qui a fait usage de violence et de gaz lacrymogènes contre les manifestants. Plusieurs journalistes, dont le correspondant de RFI Patient Ligodi, ont été agressés physiquement par des policiers (cf. Liberté d'expression). Au moins huit personnes ont été arrêtées. Les autorités locales avaient interdit la manifestation et un nombre important d'agents de sécurité était présent afin d'empêcher son déroulement.