Des partisans du leader de l'opposition Ousmane Sonko, arrêté à la suite d'accusations d'agression sexuelle, manifestent devant le tribunal chargé de son jugement à Dakar le 8 mars 2021. REUTERS/Zohra

Liberté de réunion pacifique

Interdiction de plusieurs manifestations contre la vie chère et arrestation de manifestants

Les autorités de Dakar ont interdit plusieurs manifestations de la société civile contre la vie chère et la hausse des prix des produits de base. Le mouvement Noo Lank (nous refusons en wolof) avait convoqué une manifestation le 10 septembre 2021, mais le préfet de Dakar l'a interdite en raison de « risques de troubles à l'ordre public, de propagation de la COVID-19 et d'entrave à la libre circulation ».

Le 12 septembre 2021, plusieurs manifestants ont été arrêtés lors d'une manifestation contre la vie chère à Guédiawaye, dont Guy Marius Sagna, leader du Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (FRAPP-France dégage). Ils ont été remis en liberté plus tard dans la journée. Plusieurs acteurs de la société civile avaient appelé à cette manifestation, notamment les mouvements Noo Lank, Y'en a Marre et And Taxawu Askan Wi (ATAW). Les autorités locales avaient interdit cette manifestation. Malgré une nouvelle interdiction du préfet de Dakar, plusieurs personnes ont tenté de se rassembler le 17 septembre 2021 alors que les forces de sécurité avaient été déployées dans la capitale ; ces dernières auraient arrêté une dizaine de manifestants.

Le 30 septembre 2021, la Confédération des syndicats autonomes (CSA) a manifesté contre les répercussions négatives de la pandémie de COVID-19 sur les conditions de travail et le pouvoir d'achat des travailleurs. Contrairement aux tentatives précédentes de la société civile pour protester contre le coût élevé de la vie, les autorités ont autorisé cette manifestation.

Des femmes manifestent contre le changement climatique à l'approche de la COP 26

Le 23 octobre 2021, en amont de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 26) qui se tiendra à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre 2021, des dizaines de femmes, dont des femmes rurales des régions de Thiès, Saint-Louis, Diourbel, Ziguinchor et Kédougou, ont participé à une marche à Dakar pour protester contre l'injustice climatique. La manifestation, organisée par l'OSC écologiste Vacances Vertes, visait également à sensibiliser aux effets néfastes du changement climatique sur le continent africain, et à la position des femmes rurales, qui seront particulièrement exposées aux conséquences négatives du changement climatique.

La société civile manifeste pour exiger le respect des droits des militants

Le 15 octobre 2021, un collectif de groupes de la société civile et de partis politiques a organisé une manifestation pour exiger une justice plus équitable et le respect des droits des militants. Cette mobilisation a rassemblé une centaine de manifestants à Dakar selon Radio France internationale (RFI). Les manifestants se sont également rassemblés contre la détention arbitraire de Guy Marius Sagna, libéré la veille après avoir été condamné à une peine de trois mois de prison avec sursis (cf. Liberté d'association). Les autorités n'auraient autorisé la manifestation que quelques heures avant son début.

Liberté d'expression

Trois mois de prison contre un journaliste pour diffamation

Le 17 juin 2021, le tribunal correctionnel de Dakar a jugé coupable de diffamation Madiambel Diagne, directeur d'Avenir communication et éditeur du journal Le Quotidien. Il a été condamné à une peine de six mois de prison, dont trois avec sursis, à 500 000 francs CFA (890 USD) d'amende et à cinq millions de francs CFA (8 900 USD) à titre de dommages et intérêts. Le magistrat Souleymane Teliko avait lancé des poursuites contre Diagne pour ses allégations dans l'émission « Grand jury » de Radio futurs médias le 29 mars 2021. Diagne avait affirmé que Teliko avait réclamé de manière injustifiée le payement de frais de voyage pour une mission au Tchad, alors que ceux-ci auraient déjà été réglés par le gouvernement tchadien. Diagne a fait appel.

En réponse à ce jugement, les organisations de défense de la liberté d'expression Article 19 et la Fondation des médias pour l'Afrique de l'Ouest (MFWA) ont renouvelé leurs appels à la dépénalisation des délits de presse au Sénégal. Comme nous l'avons indiqué sur le Monitor CIVICUS, le président Macky Sall a promulgué le nouveau Code de la presse en janvier 2021, soit trois ans après son adoption. Ce code avait été critiqué en raison de certaines dispositions restrictives. Le Code de la presse prévoit des peines pouvant aller jusqu'à deux ans de prison pour diffamation et jusqu'à trois ans pour la publication de « fausses nouvelles » susceptibles de « porter atteinte au moral de la population ou de jeter le discrédit sur les institutions publiques ». Alfred Nkuru Bulakali, directeur régional adjoint d'ARTICLE 19 Sénégal et Afrique de l’Ouest, explique :

« Les peines de prison prononcées contre le journaliste Diagne dans cette affaire sont disproportionnées. Non seulement elles visent à priver le journaliste de sa liberté, mais elles sont aussi de nature à priver le public de l’accès à l’information. Les peines privatives de liberté ont un effet dissuasif et intimidateur sur d'autres journalistes, qui pourraient opter pour l’autocensure par crainte des représailles judiciaires ou de la prison. »

Liberté d'association

Le 14 octobre 2021, un tribunal de Dakar a condamné Guy Marius Sagna de FRAPP-France dégage à une peine de trois mois de prison avec sursis pour « diffusion de fausses nouvelles » et pour « jeter le discrédit sur une institution » à la suite d'une publication sur Facebook où Sagna avait critiqué la Gendarmerie. Il avait été arrêté le 2 octobre 2021.

Sagna avait déjà été arrêté à plusieurs reprises pour son militantisme. Comme nous l'avons renseigné sur le Monitor CIVICUS, le militant avait été arrêté lors d'une manifestation contre la hausse des prix de l'électricité en novembre 2019 et mis en examen pour « participation à un rassemblement non autorisé, provocation à un attroupement et rébellion ». Il a été libéré sous caution après avoir passé trois mois en détention.