Liberté d'expression

Le régulateur national des médias intimide et menace l'hebdomadaire Manager Horizon

Au cours des derniers mois, le Conseil supérieur de la liberté de la communication (CSLC) a menacé l'hebdomadaire Manager Horizon en raison d'une série d'articles publiés, déclare Reporters sans frontières (RSF). Le CSLC a convoqué l'hebdomadaire à deux reprises pour interrogatoire, les 24 juin et 8 août 2019, au sujet d'articles sur la prétendue mauvaise gestion des fonds par l'Agence nationale de l'aviation civile (ANAC). Dans les deux cas, Manager Horizon a été invité à justifier ses affirmations par des preuves ou à empêcher toute publication ultérieure sur le sujet. Lors de la réunion du 8 août 2019, le régulateur des médias a menacé de faire « disparaître le journal », puis a émis un avertissement formel le 9 août pour « refus d’obtempérer aux injonctions du Conseil relatives à la présentation des preuves irréfutables », selon le rédacteur en chef du l'hebdomadaire Habib Ayoka qui s'est entretenu avec RSF. Le bureau africain de RSF déclare :

« En exigeant les preuves d’une enquête journalistique, le CSLC porte atteinte au secret des sources et va à l’encontre de sa mission principale, à savoir, garantir le bon fonctionnement de la liberté de la presse en toute indépendance. »

Selon l’OSC pour la liberté de la presse, il s’agit plus d’un acte d’intimidation que d’une mesure réglementaire.

Le 3 mai 2019, à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, RSF a déclaré ce qui suit à propos de la liberté de la presse en République du Congo, qui se situe au 117ème rang du classement mondial de la liberté de la presse 2019 :

« Les conditions d’exercice du journalisme au Congo-Brazzaville restent difficiles. Le pays a encore perdu trois places au classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019. L’autocensure reste un problème permanent, pour des journalistes qui sont intimidés et ont peur de critiquer le pouvoir. »

Situation critique et sombre pour les médias au Congo

En juin 2019, l' Association des éditeurs de presse du Congo (AEPC) avait déclaré que l'environnement dans lequel les médias opèrent en République du Congo est totalement malsain et que la situation est « critique et sombre ». Selon l'association, la situation est due à l'absence « délibérée » de subventions des autorités. Jean-Clotaire Himbou de l'AEPC déclare aux médias :

« Le paysage audiovisuel et de la presse écrite au Congo est en train de réduire son champ. Beaucoup d’organes sont en train de disparaître. Beaucoup de chaînes de radio et de télévision ferment parce que tout simplement on a un environnement économique qui ne permet pas aux journaux et aux stations tant de radio que de télévision de mieux travailler. Cet environnement est totalement malsain. » 

Liberté d'association

Cambriolage d'une OSC défenseur des droits de l'homme

Le 13 mars 2019, des auteurs non identifiés ont pénétré par effraction et pillé les locaux de l'Association pour les droits de l'homme et l'univers carcéral (ADHUC), dans la banlieue de Moungal à Brazzaville, capitale du Congo. Alain Kombo de l'ADHUC commente :

« Ils ont tout emporté. Leur intention est bien sûr de nous empêcher de travailler ou bien ils sont sûrs qu’en agissant ainsi ils vont freiner l’action que nous sommes en train de mener. C’est quelque chose que nous déplorons parce que notre travail consiste à accompagner, faire avancer et développer notre pays. »

Kombo a déclaré qu'ils n'excluent pas que le cambriolage soit lié aux propos tenus dans les médias par l'ADHUC et d'autres OSC défenseurs des droits de l'homme quelques jours auparavant, dénonçant le verdict prononcé concernant le décès de 13 jeunes alors qu'ils étaient en garde à vue au commissariat de police de Chacona à Brazzaville. Les OSC ont déclaré que les peines infligées aux six agents de police jugés pour homicide involontaire étaient « complaisantes et scandaleuses. »

Rapport sur les droits de l'homme en République du Congo

Le 9 mai 2019, l’ Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) a publié son rapport annuel sur les droits de l’homme en République du Congo intitulé « La terreur et la répression permanentes conjuguées avec la manipulation de l’opinion publique internationale par les gouvernants », affirmant que, même si le gouvernement fait semblant de respecter les droits de l'homme – notamment en élaborant des lois et en formulant des politiques – la réalité était bien plus sombre compte tenu des graves violations des droits de l'homme. Le rapport, établi à partir de cas signalés de violations des droits politiques, civils, sociaux et économiques en 2017 et 2018, indique que l'espace pour l'exercice des droits civiques au Congo rétrécit. Selon l'OCDH, les autorités prétextent la tenue de « manifestations non autorisées » pour justifier l'agression et l'arrestation de syndicalistes, de journalistes, d'opposants politiques et de militants. De plus, les autorités ont souvent invoqué des motifs « d'ordre public » pour interdire « systématiquement » les manifestations, tandis que les agents de sécurité « n'hésitent pas à recourir à la force de manière disproportionnée ». Parmi les autres problèmes liés aux droits de l'homme évoqués dans le rapport figurent la torture, les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, l'absence d'un pouvoir judiciaire indépendant, l'impunité, la surpopulation et les mauvaises conditions de détention dans les prisons, entre autres.

Le gouvernement du Congo a nié les conclusions du rapport. Le porte-parole du gouvernement, le ministre Thierry Moungalla, a accusé la CSO d'être un « bureau » au service d'un « complot politique. »

 

DDH empêché de se rendre à la conférence de l'ONU

Le 11 mai 2019, le président de l'OCDH Trésor Nzila a s'est vu empêché de se rendre à Nairobi, où il devait assister à une conférence des Nations Unies sur la justice et la bonne gouvernance. Dans une déclaration, l'organisation affirme que les autorités aéroportuaires de l'aéroport international Maya-Maya de Brazzaville ont utilisé une circulaire du 27 février 2019 du vice-premier ministre, enjoignant à tout employeur souhaitant « quitter le territoire national, à titre provisoire ou définitif » à obtenir un certificat de la Caisse nationale de sécurité sociale confirmant que tous les contributions à la sécurité sociale ont été payées. L'OCDH déclare dans son communiqué qu'elle verse régulièrement ses cotisations sociales et rajoute :

« Nous condamnons la méthode et dénonçons le déficit de communication sur cette circulaire de même que son application abusive qui finalement devient un prétexte fallacieux pour entraver l’action des ONG des droits de l'homme. »

Cet incident s’est produit quelques jours à peine après la publication du rapport annuel sur les droits de l'homme de l'OCDH (voir ci-dessus)