Un électeur dépose son bulletin dans un bureau de vote lors des élections présidentielles et législatives à Niamey, Niger, le 21 février 2016. REUTERS/ Joe Penney via GalloImages.

Le 27 décembre 2020 se sont tenues les élections législatives et présidentielles au Niger. Les observateurs ont indiqué que ces élections présidentielles pourraient donner lieu à la première transition démocratique pacifique entre deux présidents élus dans le pays. Depuis son indépendance en 1960 le Niger a connu quatre coups d'État.

Aucun des candidats à la présidentielle n'ayant recueilli plus de 50 % des voix, un second tour du scrutin a été organisé le 21 février 2021, où se sont affrontés Mohamed Bazoum du parti au pouvoir, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), et Mahamane Ousmane. Des manifestations et des affrontements ont éclaté le 23 février 2021 lorsqu'il a été annoncé que Bazoum avait remporté l'élection avec 55,75 % des voix.

Le rapport du groupe de la société civile OPELE (Observatoire du processus électoral) a mis en évidence des irrégularités au second tour de l'élection présidentielle, notamment « des campagnes illégales, des achats de voix, des cas de corruption électorale, des discours haineux prononcés par les camps des candidats du parti au pouvoir et de l'opposition, un manque de personnel et de matériel dans à certains endroits, une très faible application des mesures pour limiter la propagation de la COVID-19, des cas flagrants de méconnaissance des procédures de vote parmi les agents électoraux, des détournements d'urnes et de cartes d'électeurs, et une sécurité largement insuffisante, en particulier dans les régions de Tillabéry et Diffa ». L'OPELE a déployé des milliers de volontaires pour observer les élections du 21 février 2021.

Liberté de réunion pacifique

Au moins deux personnes ont été tuées et plus de 470 ont été arrêtées lors de manifestations et d'affrontements postélectoraux qui ont éclaté après l'annonce des résultats provisoires du second tour du scrutin présidentiel. Les 23 et 24 février 2021, les partisans du candidat à la présidentielle Mahamane Ousmane sont descendus dans les rues de Niamey. Ils contestaient les résultats et ont dénoncé que le scrutin avait été entaché par des vols, des bourrages d'urnes et des menaces contre les électeurs. Des affrontements entre manifestants et forces de sécurité ont éclaté ; selon certaines informations les uns ont lancé des pierres et les autres ont riposté avec des gaz lacrymogènes. Les manifestants ont tenté de se rassembler devant le siège du PNDS mais ils ont été dispersés par des agents de sécurité. Des affrontements se sont également produits à Dosso, où le siège d'un parti politique allié au parti au pouvoir a été incendié. On a signalé également le déploiement en nombre de forces de sécurité à Zinder.

Liberté d'expression

Dix jours sans Internet

L'accès à Internet a été coupé le 24 février 2021 à la suite des manifestations et affrontements postélectoraux qui avaient éclaté la veille, et il n'a été rétabli que dix jours plus tard, le 5 mars 2021. Plusieurs acteurs de la société civile, dont Tournons la page Niger et l'Association des jeunes avocats, ont engagé une procédure contre plusieurs opérateurs et contre l'État du Niger pour « blocage injustifié » d'Internet.

Agression contre un journaliste et mise à sac du domicile d'un collègue

Le domicile du journaliste Moussa Kaka, correspondant de Radio France Internationale (RFI), a été saccagé et incendié lors des manifestations, des violences et des affrontements postélectoraux qui ont suivi l'annonce des résultats électoraux provisoires. Le 25 février 2021 le caméraman Omar Garba de la chaîne de télévision béninoise Sikka TV a été agressé alors qu'il couvrait une manifestation à Niamey. Son équipement aurait été détruit.

Un journaliste d'investigation fait l'objet d'une plainte pour diffamation

Le journaliste d'investigation et directeur du média L'Evénement Moussa Aksar devra comparaître devant un tribunal le 8 janvier 2021 pour une plainte pour diffamation en raison d'un article qu'il avait écrit en septembre 2020, où il avait avancé l’existence de détournements de fonds au sein du ministère de la Défense à partir d'informations qui auraient fait l'objet d'une fuite. Bouraima Ouedraogo de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d'investigation en Afrique de l'Ouest (CENOZO), dont Aksar est membre, commente à RFI :

« Pendant les investigations, le journaliste avait déjà fait l'objet de plusieurs menaces de mort. Il a été intimidé tout au long de son enquête. Donc, nous pensons que la procédure engagée contre Moussa Aksar n’est qu’une autre étape de l’intimidation. Nous attendons que la justice puisse apprécier les faits et rien que les faits, et qu’elle le fasse en toute indépendance. »

L'audience au tribunal a été renvoyée à une date ultérieure.