Liberté d'association

La persécution des personnes LGBTI s'intensifie

Le 11 mai 2021, deux femmes transgenres ont été condamnées à une peine de prison de cinq ans et à une amende de 200 000 francs CFA (371 USD) pour « tentative de conduite homosexuelle, outrage public aux mœurs et non-possession de leur carte d’identité nationale ». Il s'agit de la personnalité des réseaux sociaux Shakiro Njeukam et de Patricia Mouthe. Elles ont été arrêtées en février 2021 à Douala et ont été prises pour cible pour avoir porté des vêtements féminins. Les deux femmes auraient été interrogées sans la présence d'un avocat, battues, menacées et confrontées à des épithètes insultantes envers les personnes LGBTI.

Il s'agit du dernier cas en date d'une vague d'arrestations, de persécutions et d'abus à l'encontre des personnes LGBTI dans le pays : selon Human Rights Watch (HRW), les forces de sécurité ont arrêté, battu et menacé au moins 24 personnes pour de prétendus comportements homosexuels ou pour leur non-conformité de genre depuis février 2021. Le Code pénal camerounais criminalise les relations entre personnes de même sexe et elles sont passibles d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à cinq ans. Neela Ghoshal de HRW commente :

« Ces arrestations et abus récents suscitent de graves inquiétudes quant à la recrudescence des persécutions anti-LGBT au Cameroun. La loi qui criminalise les comportements homosexuels fait courir aux personnes LGBT un risque accru d’être maltraitées, torturées et agressées sans aucune conséquence pour les auteurs de ces actes. »

Le 24 février 2021, les forces de sécurité ont arrêté treize personnes accusées d'homosexualité à la suite d'une descente dans les bureaux de Colibri à Bafoussam, une organisation qui fournit des services pour la prévention et le traitement du VIH. Parmi les personnes arrêtées, sept étaient des membres du personnel de l'association. Elles ont été libérées quelques jours plus tard, les 26 et 27 février 2021.

Arrestation d'un avocat spécialisé dans les droits de l'homme

Le 31 mai 2021, des gendarmes ont arrêté l'avocat des droits de l'homme Amungwa Tanyi Nicodemus, accusé d'incitation au terrorisme, alors qu'il assistait un client au Groupement Territorial de la Gendarmerie à Yaoundé, selon HRW. Dans des déclarations à HRW, les avocats de Nicodemus ont relaté que ce dernier s'est vu confisquer son téléphone sans mandat après qu'il s'est plaint d'une violation de la procédure pénale dans le cas de son client. Quant aux gendarmes, ils affirment que Nicodemus avait pris des photos de la gendarmerie. Les agents l'auraient arrêté après avoir trouvé des photos de violations des droits de l'homme perpétrées par les militaires dans les régions anglophones. Il s’est vu refuser sa remise en liberté sous caution.

Amungwa Tanyi Nicodemus est l'un des avocats de Sisiku Julius Ayuk Tabe, le leader du groupe séparatiste Ambazonia Interim Government, et représente d'autres personnes arrêtées dans le cadre de la crise anglophone.

Liberté d'expression

Vingt-trois mois de prison pour un journaliste

Le 18 mai 2021, le Tribunal de première instance de Yaoundé a condamné le journaliste Paul Chouta à une peine d'emprisonnement de 23 mois, à une amende de 160 000 francs CFA (297 USD) et à deux millions de francs CFA (3 715 USD) de dommages et intérêts. Son affaire a été reportée 27 fois et Chouta a été maintenu en détention provisoire pendant 24 mois. Comme nous l'avons indiqué sur le Monitor CIVICUS, des policiers l'ont arrêté le 28 mai 2019 à Yaoundé à la suite d'une plainte pour diffamation déposée par Calixthe Beyala, un écrivain franco-camerounais. Chouta, qui travaille pour le média numérique CameroonWeb, a été accusé de diffamation, de diffusion de fausses nouvelles et d'avoir tenu des discours haineux le 10 juin 2019. Bien que l'accusation de discours haineux ait été abandonnée dès le lendemain, on lui a refusé la libération sous caution. Reporters sans frontières (RSF) commente :

« Non seulement Paul Chouta a enduré une procédure judiciaire et une période de détention interminables, mais il est à présent contraint de verser une somme exorbitante pour enfin pouvoir sortir de prison. Cette condamnation vient conclure une affaire rocambolesque. Rien ne peut justifier une détention aussi longue et une telle décision finale, si ce n’est une volonté de faire taire une voix qui dérange. »