Liberté d'association

Des menaces à l'encontre des DDH ayant dénoncé des violations des droits humains dans les régions anglophones

Amnesty International a publié un communiqué le 7 juillet 2022 à propos des informations selon lesquelles au moins sept défenseurs des droits humains et un cyberactiviste ont reçu des menaces de mort pour avoir dénoncé des violations des droits humains dans les régions Nord-Ouest et Sud-Ouest, deux régions anglophones du Cameroun, où les affrontements et les violences entre les séparatistes et les forces de sécurité gouvernementales se succèdent depuis 2017. On estime à plus de 6 000 le nombre de personnes tuées et à plus de 765 000 celui des déplacés durant conflit.

Parmi les personnes visées par des menaces figure Akem Kelvin Nkwin, responsable des droits humains au Centre pour les droits de l'homme et la démocratie en Afrique (CHRDA). Il a commencé à recevoir des menaces le 24 mai 2022, peu après avoir tweeté qu'un enfant avait été tué par un engin explosif improvisé qui aurait été placé par des séparatistes à Kumbo, dans la région Nord-Ouest. Selon la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Nkwin a reçu des menaces à nouveau après avoir annoncé sur Twitter, le 14 juin 2022, la publication d'un rapport du CHRDA sur les violations récentes des droits humains commises par les forces armées gouvernementales et les séparatistes dans les deux régions anglophones. Nkwin a reçu des textos, des messages sur WhatsApp et des appels téléphoniques depuis différents numéros de téléphone dans lesquels on le qualifiait de « traître » et de « complice », tout en le menaçant d'une visite des Fako Mountain Lions, un groupe armé non étatique opérant dans les régions anglophones. Il a aussi reçu des photos de balles, de personnes mortes, d’armes, et une photo de lui-même, marquée d'une croix rouge et accompagnée d'une menace de mort.

Parmi les cibles des menaces de mort mentionnées par Amnesty International figure aussi le président et avocat de l'organisation Organic Farming for Gorillas (OFFGO), dont le frère a été enlevé et torturé pour l'intimider. Le cyberactiviste N'Zui Manto a dû fuir le Cameroun après avoir reçu des menaces de mort en 2019 et le 28 mai 2022. Tarnteh Amadu Ngangpanweh de l'OSC Conscience africaine a reçu des menaces de mort en mai 2020, en juillet 2021 et en décembre 2021.

Comme nous l'avons signalé sur le Monitor CIVICUS, le fondateur du CHRDA et avocat spécialisé dans les droits humains, Felix Agbor Nkongho, a reçu des menaces de mort lors de sa participation à une conférence à Toronto, au Canada, fin octobre début novembre 2021.

Des employés de MSF arrêtés et accusés de complicité avec les séparatistes anglophones

Le 22 mai 2022, deux employés de Médecins sans frontières (MSF) ont été libérés de prison provisoirement. Ils avaient été détenus et interrogés le 27 décembre 2021 à Mamfe, dans la région Sud-Ouest, après avoir pris en charge un homme non identifié blessé par balles et l'avoir transféré à l'hôpital de Kumba. Les deux employés ont été arrêtés le lendemain et ont été accusés d'avoir participé à une opération d'exfiltration d’un terroriste (séparatiste), falsifié des documents et donné une fausse identité à un patient. Deux autres employés de MSF ont été arrêtés et accusés de complicité avec les séparatistes en janvier 2022. À cause de ces arrestations, MSF a suspendu ses opérations dans la région Sud-Ouest le 6 avril 2022.

Liberté d'expression

Agression contre un journaliste

Le 18 mai 2022, Eyong Macdella Bessong, une journaliste du site d'informations sportives kick442.com, a été agressée physiquement par Njonje Mbua, le directeur du stade Molyko, et un agent de police, alors qu'elle couvrait un match de football à Buea, dans la région Sud-Ouest. La journaliste a été accostée et éloignée du terrain quelques minutes avant le début du match parce qu'elle n'avait qu'une version numérique de sa carte de presse sur son portable, un format rejeté par Mbua. En déclarations au Comité de protection des journalistes (CPJ), Bessong a affirmé que Mbua l'a malmenée, lui a saisi le torse et lui a touché la poitrine, après quoi elle lui a mordu la main. Par la suite, Mbua a appelé six policiers pour l’expulser du stade. Deux policiers l'auraient attrapée et éloignée, et l'un d'eux lui aurait tiré les cheveux, giflé, donné des coups de tête et jetée au sol, avant de lui asséner des coups de pied et de la traiter de prostituée. À propos de ces abus, Angela Quintal du CPJ commente :

« Le chauvinisme et les insultes sexistes dont sont victimes les femmes journalistes sportives sont déjà assez graves, mais y ajouter une violence gratuite est tout simplement intolérable. Les journalistes doivent être libres de faire leur travail sans être harcelées par qui que ce soit. »

Liberté de réunion pacifique

Des dirigeants syndicaux détenus pendant sept jours pour avoir fait un sit-in

Quatre dirigeants syndicaux du secteur routier ont été arrêtés le 6 juin 2022 pour avoir organisé un sit-in devant les bureaux du premier ministre à Yaoundé. Ils représentaient des chauffeurs de taxis, d'autocars interurbains et de camions qui réclamaient l'amélioration de leurs conditions de travail. Parmi les détenus, trois ont été arrêtés alors qu'ils se trouvaient sur les lieux du sit-in et le quatrième alors qu'il s'y rendait. Ils ont été placés en garde à vue pendant sept jours avant d'être libérés.

Manifestation pour dénoncer les conditions de vie des personnes handicapées

Selon des informations parues dans la presse, la police a arrêté des dizaines de manifestants lors d'une manifestation pour dénoncer les conditions de vie des personnes handicapées. L'acte de protestation s'est déroulé devant les bureaux du premier ministre à Yaoundé le 27 juin 2022. Les manifestants ont été arrêtés pour manifestation illégale et trouble de l'ordre public. Ils ont été remis en liberté plus tard dans la journée.

Les autorités interdissent une conférence

Le 29 juin 2022, le sous-préfet de Yaoundé a interdit une conférence publique intitulée « Succession présidentielle au Cameroun : jeux et enjeux », qui devait se tenir le lendemain dans un hôtel à Yaoundé. Il a invoqué « des risques de perturbation de l'ordre social ». La conférence avait été autorisée le 28 juin 2022 avant que les autorités ne reviennent sur leur décision.