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La junte militaire dissout la coalition FNDC à la suite des manifestations

Des membres des forces spéciales prennent position dans le quartier de Kaloum, à Conakry, pendant l’insurrection qui a conduit au renversement du président Alpha Condé. Guinée, 5 septembre 2021. REUTE

Liberté d'association

Les autorités militaires dissolvent le FNDC à la suite des manifestations

Le 8 août 2022, le ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation du gouvernement militaire de la transition, Mory Condé, a pris un arrêté consignant la dissolution du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition de syndicats, de partis politiques et de groupes de la société civile formée en avril 2019 pour s'opposer à toute modification de la Constitution qui aurait permis à l'ancien président Alpha Condé de briguer un troisième mandat, à l'encontre de ce qu'établit la Constitution. Dans ce document, le gouvernement militaire de transition accuse le FNDC de perpétrer des violences et de prendre pour cible les forces de sécurité lors des manifestations. L'arrêté motive aussi la dissolution du groupe en affirmant que le FNDC « met en péril l'unité nationale, la paix publique et le vivre ensemble ; ne figure pas sur la liste des ONG en Guinée, ni sur la liste des collectifs d'association [...] et encore moins dans le répertoire des ONG agréées en République de Guinée ».

Dans une lettre adressée aux autorités militaires de la transition le 15 août 2022, Michelle Bachelet, alors haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a fait part de ses préoccupations concernant la dissolution du FNDC, l'usage excessif de la force par les forces de sécurité et l'arrestation de manifestants lors des manifestations organisées par le FNDC les 28 et 29 juillet 2022.

Liberté de réunion pacifique

Affrontements pendant les manifestations contre la junte militaire : au moins deux morts

Au moins deux personnes ont été tuées par balles réelles lors des manifestations organisées par le FNDC le 17 août 2022 contre la gestion de la transition par la junte militaire. Selon les médias, un important contingent de militaires, de gendarmes et de policiers a été déployé sur les routes et les lieux fréquemment utilisés par les manifestants à Conakry. Des affrontements sporadiques entre manifestants et forces de sécurité ont eu lieu lors des manifestations du 5 septembre 2022 à Conakry. Selon le ministère de la Sécurité, dix agents de sécurité ont été blessés et plusieurs manifestants ont été arrêtés pour « trouble à l'ordre public ». Le FNDC a accusé les autorités d'avoir utilisé des « armes de guerre » pour le maintien de l'ordre.

Comme nous l'avons mentionné sur le Monitor CIVICUS, les forces de sécurité ont fait usage de la force lors des manifestations contre la « gestion unilatérale de la transition » les 28 et 29 juillet 2022, et de violents affrontements entre les manifestants et les forces de sécurité ont été signalés. Selon Amnesty International, cinq personnes ont été tuées et trois autres ont été blessées par balles dans le cadre des manifestations du 28 juillet 2022. Les organisations de défense des droits de l'homme ont reçu des informations de témoins selon lesquelles des balles réelles ont été utilisées pendant les manifestations. Les médias ont signalé l'arrestation d'une centaine de manifestants, dont 34 mineurs.

Liberté d'expression

Des militaires convoquent un journaliste

Le 5 août 2022, un groupe de soldats ont ordonné au rédacteur en chef du site d'information Mosaiqueguinee.com, Mohamed Bangoura, de se présenter à la direction générale des renseignements militaires. Le journaliste a été sommé de révéler ses sources pour un article qu'il a publié, incriminant des militaires dans le vol d'un camion contenant du matériel médical, ce qu'il a refusé de faire. Arnaud Froger de Reporters sans frontières (RSF) commente :

« La convocation de ce journaliste dans un camp militaire est injustifiable dans un pays où l’instance de régulation des médias et les tribunaux fonctionnent normalement. Nous saluons la forte mobilisation des acteurs de la presse pour empêcher une telle violation et appelons les autorités, qui s’étaient pourtant engagées à promouvoir la liberté de la presse, à protéger les journalistes, dont au moins sept ont été attaqués en moins de trois semaines par des forces de sécurité et des manifestants. Ces actes ne doivent pas rester impunis. »

Agression contre des journalistes

Selon RSF, depuis le 28 juillet 2022, sept journalistes ont été harcelés ou agressés par des militaires, des policiers ou des manifestants durant les manifestations :

  • Le 17 août, des soldats ont interrogé à deux reprises un reporter du média en ligne Guineematin.com alors qu'il couvrait une manifestation pacifique à Conakry. On lui a également pris son téléphone portable.
  • Mamadou Hady Diallo, journaliste du média Djoma Kakande, a été agressé par des agents de police lors d'une manifestation de mineurs dans le nord-ouest du pays.
  • À Conakry, des soldats ont harcelé le journaliste Espace TV, Mamoudou Boulléré Diallo, le 4 août 2022.
  • Des manifestants ont attaqué Abdallah Camara et Mohamed Sangaré, tous deux journalistes du média Evasion Guinée, ainsi que le reporter de Djoma Médias, Algassimou Baldé, le 28 juillet 2022, alors qu'ils couvraient les manifestations à Conakry.
  • Le 28 juillet 2022 également, un groupe de soldats a battu le reporter du média en ligne Guineematin.com, Mamadou Bhoye Laafa Sow.