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Manifestations de masse contre l'insécurité croissante; les autorités coupent l'Internet mobile

Un manifestant tient une pancarte lors d'une manifestation exigeant la démission du président du Burkina Faso à Ouagadougou, le 27 novembre 2021. REUTERS/Vincent Bado.

Liberté de réunion pacifique

Manifestation contre l'« incapacité du gouvernement » à contrer la multiplication des attaques terroristes

Le 27 novembre 2021, la police anti-émeute a tenté de disperser une manifestation à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, contre l'insécurité croissante provoquée par les attentats terroristes et l'« incapacité » du gouvernement du président Roch Marc Christian Kaboré à faire face à la violence meurtrière. Pour ce faire, les agents ont employé des gaz lacrymogènes, entre autres. La police a été déployée en grand nombre dans la capitale afin d'empêcher les manifestants de se rassembler Place de la Nation. Suite à l'intervention de la police, des manifestants ont érigé des barricades et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de la ville, une action qui a donné lieu à des affrontements avec les forces de sécurité. Certains manifestants ont vandalisé des bâtiments et ont tenté d'incendier l'hôtel de ville. Auparavant, le maire de Ouagadougou avait interdit la manifestation. Selon une source contactée par Le Monde, au moins vingt personnes ont été blessées, dont deux journalistes de radio Omega et du média numérique Filinfos, tous deux auraient été blessés lors de tirs de gaz lacrymogènes. Des manifestations ont également eu lieu à Bobo Dioulasso, Kaya et Dori.

La coalition du 27 novembre, qui regroupe le Mouvement patriotique burkinabé, le Mouvement G33 et le Mouvement populaire sauvons le Burkina Faso, avait appelé à une mobilisation pacifique le 27 novembre 2021 pour protester contre la multiplication des attentats terroristes meurtriers et exiger le départ du président Kaboré. Les manifestations se sont produites après des semaines de violences terroristes, dont l'attentat à Inata, dans le nord du pays, qui a fait 57 morts, dont 53 gendarmes.

Passage d'un convoi militaire français par le Burkina Faso : plusieurs blessés pendant les manifestations

Des manifestants ont arrêté un convoi militaire français parti de la Côte d'Ivoire en route vers le Niger à son passage par Bobo Dioulasso, Ouagadougou et Kaya. À Kaya, le 20 novembre 2021, quatre manifestants auraient été blessés par balles, alors qu'ils tentaient de s'approcher du terrain vague où était stationnée l'armée française. Selon des informations parues dans la presse, bien que les circonstances exactes de l'incident et l'origine des balles qui ont blessé les manifestants ne soient toujours pas élucidées, des sources ont indiqué que l'armée burkinabè a utilisé des gaz lacrymogènes, tandis que l'armée française a tiré des coups de sommation pour disperser les manifestants. À Bobo Dioulasso et Ouagadougou, où ont eu lieu des manifestations quelques jours avant l'incident de Kaya, les forces de sécurité auraient utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Les autorités coupent l'Internet mobile pendant plus d'une semaine

L'accès à Internet mobile a été gravement perturbé à partir du 20 novembre 2021, une situation qui a suscité une indignation généralisée, puisque la plupart de la population dépend du réseau mobile 3G. Les connections à Internet fixes et les réseaux wifi n'ont pas été affectés. Ce n'est que le 22 novembre 2021 que le gouvernement a publié une déclaration expliquant que l'Internet mobile serait suspendu pendant 96 heures, à compter du 20 novembre 2021, pour des raisons de sécurité nationale et de défense. Le 20 novembre, des manifestants ont bloqué le transit d'un convoi militaire français à son passage par Kaya, alors qu'il se dirigeait vers le Niger ; au moins quatre personnes auraient été blessées par balles réelles (voir Liberté de réunion pacifique). Le 24 novembre 2021, le gouvernement a prolongé la suspension de l'Internet durant 96 heures supplémentaires et le service n'a été rétabli que le 28 novembre 2021, un jour après les manifestations antigouvernementales contre l'insécurité croissante et les attaques terroristes (voir Liberté de réunion pacifique).

Des groupes de la société civile ont vivement critiqué la suspension de l'Internet mobile, notamment le mouvement social Balai citoyen, qui a qualifié le gouvernement de « prédateur des libertés individuelles et collectives », tandis que Bassolma Baziè, porte-parole du Collectif des syndicats du Burkina Faso a déclaré que « la restriction des libertés individuelles et collectives a atteint son paroxysme les derniers jours ». La Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) a dénoncé la suspension de l'internet mobile, affirmant qu'elle constitue une violation des libertés d'expression et d'information, essentielles dans toute société démocratique, et appelant le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir le service.