L’ONU et les organisations de défense des droits pointent l’augmentation des violations des droits de l'homme en 2020

Les organisations de défense des droits de l'homme se sont inquiétées de l'augmentation des violations des droits de l'homme dans le pays en 2020. Dans son rapport annuel intitulé « Le retour des prédateurs » et publié le 2 novembre 2020, l'organisation congolaise de la liberté de la presse Journaliste en danger (JED) affirme avoir documenté 116 violations de la liberté de la presse contre 85 l'année précédente. La majorité des violations, notamment le meurtre d'un journaliste et la détention de dizaines d'autres, ont été perpétrées par des acteurs étatiques — autorités et forces de sécurité —, suivis des membres et partisans des partis politiques et des groupes armés.

Dans un rapport Human Rights Watch (HRW) a déclaré que le gouvernement du président Félix Tshisekedi avait augmenté de manière constante la répression contre les médias et les groupes militants. L'organisation a comptabilisé au moins 109 cas de détention arbitraire et de harcèlement au cours de l'année écoulée. Des journalistes ont été menacés, intimidés et parfois battus. Thomas Fessy de HRW s'insurge :

« Les Congolais ne devraient pas avoir à craindre d’être harcelés ou arrêtés pour avoir émis des critiques ou manifesté pacifiquement contre la politique du gouvernement. Deux ans plus tard, les engagements de Félix Tshisekedi à respecter les droits humains commencent à sonner creux. »

Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme en RDC a enregistré une augmentation de 21 % du nombre de violations des droits de l'homme en 2020 — 7 909 au total — par rapport à celui de 2019 en raison d'une dégradation de la sécurité dans les provinces touchées par les conflits armés, notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri. En 2020 cet organisme a documenté 935 violations des droits fondamentaux liées à l’espace démocratique et, sur les 1 002 victimes, 39 % appartenaient à la société civile.

Liberté d'association

Arrestation de militants lors de manifestations pacifiques

Dix militants de LUCHA ont été arrêtés lors de manifestations pacifiques à Beni. Huit militants ont été arrêtés le 19 décembre 2020 lors d'une manifestation mettant en question la capacité de la mission de maintien de la paix de l'ONU (MONUSCO) pour protéger les civils dans l'est du pays. Il s'agit d'Eze Kasereka, Clovis Mutsuva, Consolée Mukirania, Elie Mbusa, Patrick Nzila, Délivrance Mumbere, Aziz Muhindovegheni et Lwanzo Kasereka. Les huit militants ont comparu devant un tribunal militaire pour « violences à sentinelle » et « sabotage », et encourent dix ans de prison. Ils ont tous été acquittés le 20 janvier 2021. Jeanpy Lufungula et Grace Matembela, deux autres militants de LUCHA, ont été arrêtés le 7 janvier 2021 à Beni alors qu'ils manifestaient contre une nouvelle taxe sur les motos-taxis.

Liberté d'expression

Convocations, détentions arbitraires et accusations de diffamation contre des journalistes

Les procureurs ont convoqué le correspondant de Radio France Internationale (RFI) Pascal Mulegwa pour comparaître devant un tribunal de Kinshasa le 22 décembre 2020 pour diffamation. La plainte pour diffamation a été portée par l'ancien ministre des Transports et actuel sénateur José Makila et concerne un article publié par le journaliste le 20 septembre 2020 dans lequel il cite un rapport de l'ONG Observatoire de la dépense publique (ODEP) accusant José Makila d'avoir détourné des fonds pour financer sa campagne électorale. Les procureurs de Gombe, un district de Kinshasa, avaient déjà convoqué et interrogé Mulegwa en octobre à propos du même article. Mulegwa s'est exprimé auprès de Reporters sans frontières à ce sujet :

« L’ancien ministre n’était même pas la cible de l’article. J’étais entré en contact avec lui avant la diffusion. 24 heures après, il portait plainte contre moi. »

Le journaliste indépendant Pius Romain Rolland Ngoie a été arrêté le 22 décembre 2020 à Kinshasa à la suite d'une plainte pour diffamation du député Fabrice Puela de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti du président Félix Tshisekedi. Cette plainte serait liée à des commentaires de Ngoie dans une émission de la Radio Télévision Groupe Avenir (RTGA). À cette occasion il a affirmé que, selon ses sources, Puela s'est servi de chantage pour soustraire de l'argent à l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale Jeanine Mabunda. Il a été transféré à la prison de Makala le 24 décembre 2020.

Le journaliste Odinolas Mobala et le caméraman Roublain Bamba, deux professionnels des médias accrédités auprès du palais présidentiel, ont été arrêtés et conduits au siège de l'Agence nationale de renseignements (ANR) le 3 novembre 2020. Les deux professionnels travaillent pour le magazine d’actualité politique populaire Bosolo na politik, lequel est diffusée sur plusieurs chaînes de télévision. Ils ont été arrêtés après avoir filmé et diffusé une scène montrant deux conseillers présidentiels qui tardent à se lever à l'arrivée du président Félix Tshisekedi. Les journalistes couvraient les consultations nationales initiées par le président. Mobala et Bamba ont été remis en liberté le 4 novembre 2020.

Des groupes armés menacent les journalistes

Selon Journaliste en danger (JED), à Bunia, dans la province d'Ituri, deux journalistes de Radio Canal Révélation ont fait l'objet d'intimidations et de menaces de mort venant d’individus se réclamant du groupe armé Force patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC), également connu sous le nom de Chini ya Kilima. Depuis le 8 janvier 2021 Freddy Upar et Nicolas Synthe Awacang'o reçoivent des messages texto et des appels téléphoniques menaçants de membres de milices armées qui accusent les journalistes de se ranger du côté des forces armées de la RDC.

Le 12 janvier 2021 des membres du groupe armé Maï Maï se sont rendus dans les locaux de la radio communautaire Raka FM à Kazimia, dans la province du Sud-Kivu, à la recherche de Jacques Mulengwa, le directeur de la radio. Lorsqu'ils ont découvert que Mulengwa n'était pas présent ils ont promis de revenir. Selon RSF cette incursion est intervenue quelques heures après que la radio a diffusé un communiqué des forces armées accusant le groupe rebelle Maï Maï d'avoir attaqué une localité voisine deux jours plus tôt. Craignant pour sa vie, Mulengwa a cessé de travailler à la station de radio. RSF a documenté au moins treize exactions contre des journalistes et des médias commises par les Maï Maï depuis 2019.

Des journalistes battus lors d'une manifestation étudiante

Le 12 janvier 2021 des agents de police ont battu et agressé physiquement plusieurs journalistes alors qu'ils couvraient une manifestation étudiante à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. Ils ont également confisqué l'équipement de certains journalistes. Jérémie Matabaro de Radio Canal Futur interrogeait des étudiants lorsque six policiers l'ont approché et ont commencé à le pourchasser. Bien qu’il ait montré sa carte de presse les agents ont jeté le journaliste au sol et l'ont ensuite frappé au ventre et à la poitrine. Parmi les journalistes agressés figurent également le caméraman Prince Cikala de Focus Congo, Bertin Buloza de laprunelle.rdc.info, Emmanuel Dewar Chuma de Radio Ngoma ya mataifa et Claude Musengero de Kivu Avenir.