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La manifestation contre la « gestion unilatérale de la transition » par la junte militaire s'est soldée par plusieurs arrestations, blessés et morts

Liberté de réunion pacifique

Une manifestation contre la junte militaire fait plusieurs morts

Le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), une coalition de partis politiques, de groupes de la société civile et de syndicats, a appelé à des manifestations les 28 et 29 juillet 2022 à Conakry pour exiger plus de transparence dans le processus de transition piloté par la junte militaire. Les manifestants ont également appelé à la mise en place d'un cadre inclusif pour le dialogue. Selon la presse, la junte militaire avait déployé les forces armées pour maintenir l'ordre public pendant les manifestations et les forces de sécurité auraient utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Ces derniers ont répondu en jetant des pierres et en brûlant des pneus. Certaines des manifestations ont tourné en affrontements violents entre les manifestants et les forces de sécurité, notamment dans les quartiers de Bambèto, Sonfonia et sur la route du Prince, qui se sont soldés par des victimes, des blessés, et des dizaines d'arrestations.

Même si les autorités n'ont confirmé qu'un seul décès, l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme et du citoyen (OGDH) a affirmé que ses observateurs ont enregistré au moins trois morts, et plusieurs arrestations et blessés — certains par balles réelles. Le FNDC, organisateur de la manifestation, a dénoncé qu'au moins cinq personnes ont été tuées.

À la suite de ces mobilisations, deux dirigeants du FNDC et du groupe pro-démocratie Tournons la page Guinée ont été arrêtés le 30 juillet 2022. Il s'agit d'Oumar Sylla, également connu sous le nom de Foniké Menguè, et d'Ibrahima Diallo (voir Liberté d'association).

Le 13 mai 2022, les autorités militaires guinéennes ont annoncé l'interdiction générale des manifestations publiques « jusqu’aux périodes des campagnes électorales ». Auparavant, le 30 avril 2022, Mamady Doumbouya, chef du Comité national du rassemblement et du développement (CNRD) — l'autorité militaire — a informé que la période de transition vers un régime civil pourrait durer 39 mois. Finalement, la période transitoire a été fixée à 36 mois le 11 mai 2022.

Le 31 juillet 2022, le G5 Guinée, qui regroupe l'ONU, la CEDEAO, l'UE, les États-Unis et la France, a publié un communiqué où il a dénoncé la violence des manifestations et l'usage excessif de la force par les forces de sécurité. Le groupe a condamné « l’utilisation alléguée des armes létales pour le maintien d’ordre ». En outre, il a appelé à l'instauration d'un dialogue inclusif qui contribue à une transition participative.

Le 31 juillet 2022, le FNDC a convoqué de nouvelles manifestations à partir du 15 août 2022, au cas où un dialogue inclusif ne serait pas établi immédiatement. Une manifestation initialement prévue pour le 4 août 2022 a été suspendue temporairement après que le FNDC a rencontré le président de la CEDEAO et président de Guinée-Bissau M. Umaro Sissoco Embalo.

Une personne tuée lors d'une manifestation contre la vie chère

Le 1ᵉʳ juin 2022, lors d'une manifestation spontanée contre la vie chère et la hausse des prix du carburant à Conakry, un passant, le jeune Thierno Diallo, a été tué par balles réelles. Des affrontements entre les forces de sécurité et les manifestants ont été signalés. Cinq personnes — quatre agents de la brigade anticriminalité et un gendarme — ont été arrêtées pour ce meurtre.

Liberté d'association

Arrestation et harcèlement judiciaire de militants

Le 5 juillet 2022, des agents de la Brigade de répression du banditisme (BRB) ont arrêté violemment des militants du FNDC qui sont aussi membres de TLP. Le coordinateur adjoint de TLP Guinée et coordinateur du FNDC, Oumar Sylla, également connu sous le nom de Foniké Menguè ; le responsable de la jeunesse de TLP Guinée, Mamadou Billo Bah ; et le responsable de la promotion de la citoyenneté active du FNDC, Djanii Alpha, ont été arrêtés, sans mandat ni convocation préalable, alors qu'ils tenaient une conférence de presse sur la situation sociopolitique actuelle en Guinée au siège du FNDC à Conakry. Les agents les ont arrêtés violemment, les ont battus et ont déchiré leurs vêtements. Selon la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Sylla et Bah ont été accusés d'outrage à magistrat et de non-respect de la justice, tandis qu'Alpha a été entendu pour injures. Le procureur Charles Wright aurait déjà engagé des poursuites contre Sylla et Bah pour des propos jugés injurieux à l'égard des membres du Conseil national de transition.

Les trois militants ont été acquittés le 8 juillet 2022.

À la suite des manifestations organisées par le FNDC les 28 et 29 juillet 2022 contre « la gestion unilatérale de la transition » qui ont fait plusieurs morts (voir Liberté de réunion pacifique), Oumar Sylla a été arrêté à nouveau à son domicile la nuit du 30 juillet 2022. Plus tard dans la journée, des gendarmes cagoulés et lourdement armés ont également arrêté Ibrahima Diallo, coordinateur du TLP Guinée et militant du FNDC responsable des opérations. Le 2 août 2022, les deux militants du FNDC et le secrétaire exécutif du parti Union des Forces Républicaines (UFR) — arrêté aussi le 30 juillet 2022 — ont été accusés de « participation à un attroupement interdit, pillages, destruction de biens publics et privés, incendies et coups et blessures volontaires ».

Comme nous l'avons signalé sur le Monitor CIVICUS, plusieurs militants du FNDC et du TLP ont été arrêtés à plusieurs reprises durant le gouvernement de l'ancien président Alpha Condé.

Liberté d'expression

Agressions de journalistes lors de manifestations

Selon le Syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG), des manifestants ont attaqué quatre journalistes et ont volé le téléphone de certains le 28 juillet 2022. Parmi les concernés se trouvent Abdallah Camara et Mohamed Sangaré du groupe de presse Évasion Guinée, Laafa Sow du site d'information Guineematin.com et Algassimou Baldé de Djoma Médias. Début juillet 2022, le SPPG a également fait savoir que deux autres journalistes avaient été attaqués ou blessés lors de manifestations. Il s'agit d'Aly Badara Camara, journaliste d'Espace TV, attaqué le 5 juillet 2022, et d'Alseny Aye Soumah de Djoma Médias, blessé par un projectile le 7 juillet 2022.

Le journaliste d'une radio communautaire interrogé et détenu brièvement

Selon les organisations de défense de la liberté de la presse Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Presse Solidaire, Mamadou Sagnane, journaliste de la radio communautaire Dinguiraye Rural Radio, a été détenu et interrogé pendant environ six heures au Tribunal de première instance de Dinguiraye le 15 juin 2022, après avoir été convoqué par la police. L'incident est lié à une émission diffusée le 8 juin 2022 dans laquelle Sagnane a lu une déclaration d'une organisation locale appelant à protester pour le meurtre d'un jeune homme à un barrage routier de la gendarmerie. Bien que la manifestation, prévue le 9 juin 2022, n'ait pas eu lieu, des individus en colère ont attaqué le bureau local de la gendarmerie.

Un politicien agresse l'animateur d'une émission de radio en direct

Selon la Media Foundation for West Africa (MFWA), Aboubacar Soumah, un homme politique et président du parti Guinée pour la démocratie et l'équité (GDE), a crié et s'est jeté sur l'animateur de Radio Espace Ahmed Camara lors de la diffusion en direct de l'émission « Les Grandes Gueules » le 15 juin 2022. Au cours du programme, le journaliste a affirmé que Soumah avait soutenu l'ancien président Alpha Condé dans sa tentative de briguer un troisième mandat, à l'encontre de ce qu'établit la Constitution. Alors que Soumah niait ces affirmations, le producteur a diffusé un clip audio où on l'entendait soutenir la candidature de Condé à un troisième mandat, après quoi l'homme politique a attaqué le journaliste.