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Le gouvernement utilise la Loi sur les mesures d'urgence pour mettre fin au convoi des camionneurs

Des agents de police affrontent des manifestants du convoi des camionneurs opposés à la vaccination obligatoire. Ottawa, 19 févier 2022. Scott Olson/Getty Images.

Réunion pacifique

Les manifestations contre les restrictions liées à la COVID-19 se sont poursuivies en février 2022, où des camionneurs ont paralysé la ville d'Ottawa pendant plusieurs semaines. Les routiers et leurs partisans ont bloqué les principaux passages frontaliers, ainsi que plusieurs routes et infrastructures, notamment le pont Ambassador qui relie Windsor à la ville américaine de Détroit. Pendant cette manifestation, les résidents d'Ottawa se sont plaints des actes de harcèlement et d'intimidation des camionneurs et ont obtenu une injonction judiciaire pour mettre fin à leurs klaxons incessants.

Le maire d'Ottawa a déclaré l'état d'urgence le 6 février 2022, après que des chauffeurs ont occupé les rues de la capitale pendant plusieurs jours. Dans un communiqué publié le 7 février 2022, le syndicat Teamsters Canada, qui représente plus de 15 000 camionneurs, a affirmé que le convoi ne reflète pas l'opinion de la grande majorité de ses adhérents.

Le 13 février 2021, la police est intervenue pour déloger et arrêter les derniers manifestants près du passage frontalier de Windsor, et a remorqué plusieurs véhicules. Le 14 février 2022, le président Justin Trudeau a déclaré une crise nationale d'ordre public, ce qui a permis au gouvernement de prendre diverses mesures, notamment le gel des comptes bancaires des manifestants, le remorquage des camions qui barraient les routes et la suspension des permis de conduire. Cela faisait un demi-siècle que des pouvoirs exceptionnels n'avaient pas été invoqués au niveau national dans le pays.

Le 17 février 2022, la police a commencé à arrêter des manifestants à Ottawa afin de les disperser et a détenu certains des organisateurs de la manifestation. Au moins 170 personnes ayant pris part au convoi ont été arrêtées au cours des deux jours suivants, la plupart pour des accusations de méfait. Plusieurs rapports mentionnent que des agents ont employé la force contre les manifestants et du spray au poivre pour repousser la foule ; certains étaient en tenue anti-émeute et d'autres à cheval. Le 22 février 2022, le gouvernement a commencé à dégeler des comptes bancaires liés aux manifestations à Ottawa et ailleurs. Pas moins de 210 comptes détenant collectivement près de 8 millions de dollars canadiens ont été gelés en vertu de la Loi sur les mesures d'urgences.

Le 23 février 2022, le président Trudeau a annoncé que le gouvernement allait mettre fin à l'application de la Loi sur les mesures d'urgence. Cependant, l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC) a argumenté qu'il n'y avait pas de base juridique suffisante pour le recours à cette législation et que les ordonnances prises en vertu de cette loi étaient inconstitutionnelles. « Même si les décrets émis récemment ne sont plus en vigueur, la population canadienne se retrouve avec le précédent que les actions gouvernementales ont créé », a déclaré le groupe dans un communiqué de presse. Dans le même document, l'ACLC a annoncé qu'elle étudiait les prochaines démarches à suivre en vue d'ouverture d'un procès devant les tribunaux.

Manifestations pour les droits des étudiants et le climat

En février 2022, les étudiants universitaires de Montréal ont manifesté contre la fermeture de trois collèges qui ont fermé sans préavis, laissant des milliers d'étudiants dans l'incertitude. Les étudiants de ces établissements privés ont raconté qu'ils ont été contraints de payer à l'avance les frais de scolarité et d'autres charges, pour constater ensuite que leurs collèges ne rouvraient pas leurs portes en janvier 2022, après les vacances d'hiver. Ces collèges ont déposé une requête pour la restructuration de leurs créances, ce qui met en péril les frais de scolarité et les crédits scolaires des étudiants. Un grand nombre d'étudiants de ces collèges sont originaires d'Inde et risquent de devoir quitter le pays sans recevoir leur diplôme ou une indemnisation. Des manifestations de solidarité ont également eu lieu à Brampton et dans d'autres villes.

Le 2 février 2022, des militants pour le climat se sont rassemblés devant le magasin phare de Lululemon à Vancouver pour demander que les usines de l'entreprise passent aux énergies renouvelables. La société a fourni les uniformes à l'équipe nationale canadienne pour les Jeux olympiques d'hiver de 2022. Lors de ce rassemblement convoqué par l'organisation de défense de l'environnement Stand.earth, les manifestants ont remis une « médaille du charbon » de quatre pieds de large aux employés du magasin, puis se sont rassemblés à l'extérieur pour poser en tenue de l'Équipe canadienne à côté d'une fausse usine à charbon. Au milieu des chants et des banderoles, et entourés de haut-parleurs diffusant la chanson des Jeux olympiques, les militants ont demandé à Lululemon d'éliminer le charbon de sa chaîne d'approvisionnement d'ici à 2030.

Expression

À Ottawa, la police et des manifestants ont attaqué et harcelé des journalistes couvrant les manifestations contre les restrictions pour combattre la COVID-19. Le 19 février 2022, la journaliste de Rebel News Alexa Lavoie a été agressée par la police à plusieurs reprises, notamment par un agent utilisant une matraque. Elle a aussi été victime d'une grenade lacrymogène tirée à bout portant. Les photos publiées par ses collègues sur les réseaux sociaux montrent des contusions à l'endroit où la journaliste a été frappée. La police a aussi empêché les journalistes d'accéder aux zones où se déroulaient les manifestations, malgré le fait qu'ils portaient leurs accréditations et d'autres documents requis.

Un caméraman qui couvrait un barrage à Surrey a affirmé que quelqu'un avait fait tomber sa caméra de son épaule et que deux hommes lui avaient craché dessus. On a également signalé que des journalistes ont été suivis et menacés. Glen McGregor de CTV News raconte que des manifestants lui ont hurlé des obscénités alors qu'il couvrait les manifestations à Ottawa. Il explique que la situation s'est aggravée au fil de la manifestation et qu'une personne a craché dans sa direction pendant une émission en direct. « On appréhendait chaque passage devant la caméra, car on savait qu'on allait être confrontés à cela », raconte McGregor.

En déclarations au Comité pour la protection des journalistes, le reporteur Evan Solomon de la chaîne nationale canadienne CTV a précisé que les équipes de journalistes ont été obligées de prendre des mesures supplémentaires pour se protéger lors de la couverture des manifestations :

« Maintenant, lorsque les journalistes [de CTV] filment à l'extérieur, nous devons être accompagnés d'une personne chargée de la sécurité. Nous utilisons tous des appareils photo reflex numériques, qui sont de petits appareils, ainsi nous n'avons pas besoin de trépieds ni de lumières. Nous nous assurons d'être mobiles au cas où la situation dégénérerait. Nos collègues de CTV Edmonton ont décollé de leur voiture les autocollants qui les identifient. »