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L'insécurité entrave l'acheminement d'aide, crée des pénuries et provoque des manifestations

Des Haïtiens font la queue pour recevoir un sac de nourriture après le tremblement de terre, le 16 août 2021. Richard Pierrin/Getty Images.

Le 14 août 2021, un séisme de magnitude 7,2 a frappé trois départements de la côte sud d'Haïti, à savoir les Nippes, le Sud et la Grand'Anse. Selon un rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) établi sur la base des informations fournies par le Centre d'opérations d'urgence nationale, au moins mille-trois-cents personnes sont décédées et près de six-mille autres ont été blessées. Des centaines de bâtiments se sont écroulés ou ont été sérieusement endommagés. Quelques jours plus tard, la tempête tropicale Grace a atteint le pays, provocant des glissements de terrain et des dommages additionnels.

Cette catastrophe est venue s'ajouter à la situation difficile que traverse le pays, marqué par des mois d' insécurité croissante et par l'incertitude politique après l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Entre août et octobre 2021, la violence des gangs a augmenté et il y a eu une recrudescence des enlèvements. La violence généralisée des gangs a eu des répercussions sur les opérations de secours ainsi que sur la distribution de carburant et de marchandises dans le pays, et a entraîné des pénuries. Cette situation a jeté la population dans les rues pour protester (cf. Liberté de réunion pacifique).

Pendant ce temps, la société civile a continué de plaider en faveur d'un processus populaire pour mettre en place un gouvernement alternatif de transition, destiné à rétablir l'infrastructure démocratique haïtienne et à ouvrir la voie à des élections libres et équitables. Elle a également continué à appeler à des solutions locales et à la restauration de la paix sans intervention de troupes ni missions de paix.

Début septembre, plusieurs partis politiques ont signé un accord en faveur d'une "gouvernance apaisée et efficace" pendant une période de transition. Les élections générales haïtiennes, prévues pour novembre 2021, ont été officiellement reportées le 28 septembre 2021.

Réunion pacifique

En octobre 2021, la population haïtienne a manifesté contre l'insécurité et les pénuries de carburant.

Le 18 octobre 2021, des membres d'associations professionnelles ont appelé à une grève générale pour protester contre la vague d'enlèvements et de violence des gangs qui sévit dans le pays. Leur appel est intervenu après que dix-sept missionnaires nord-américains et un chauffeur haïtien ont été enlevés par un groupe armé. "Cela fait des mois que l'on appelle à l'aide et que l'on n'a aucune sécurité face aux enlèvements, on a donc lancé un appel général à la population pour suspendre toute activité," explique Méhu Changeux, président de l'association de propriétaires et chauffeurs d'Haïti. Le média Le Nouvelliste a également fait état d'actions de protestation locales en raison d'autres cas d'enlèvement début octobre 2021.

L'accumulation des crises nationales a également entraîné des semaines de pénuries de carburant. Selon les médias, elle sont principalement dues à l'interruption des livraisons de carburant par les barrages des gangs et les enlèvements de chauffeurs de camions-citernes. L'UNICEF a prévenu que des centaines de femmes et d'enfants qui cherchent des soins d'urgence dans les établissements de santé risquaient de mourir si l'on ne trouve pas de solutions pour remédier aux pénuries actuelles. Cette situation a entraîné des troubles le 21 octobre 2021 : les manifestants ont barré des routes et brûlé des pneus en signe de protestation. Des groupes de conducteurs de moto-taxi faisaient partie des manifestants qui ont mis en place les barrages. Au moins deux personnes ont été blessées lors de manifestations à Jérémie. Dans cette localité, elles seraient devenues violentes et la police aurait utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Des manifestations ont éclaté à nouveau le 24 octobre 2021 dans le quartier de Delmas, à Port-au-Prince, où les stations-service sont à court de carburant. La police est arrivée et a dispersé la foule au moyen de tirs de sommation, elle aurait employé des balles réelles. Le lendemain, les organisations syndicales ont organisé une nouvelle journée de grève générale.

Association

Les organisations humanitaires ont signalé que leur travail de secours à la suite du tremblement de terre d'août 2021 a été entravé par l'insécurité, ainsi que par des problèmes logistiques liés à une flambée des coûts d'expédition. Alors qu'un couloir humanitaire aurait été négocié avec les chefs de gangs, permettant à certaines expéditions d'aide d'atteindre les zones touchées dans le sud, certains camions de secours ont été pillés malgré tout. Selon un rapport d'Associated Press, le désespoir qui a suivi le tremblement de terre a également conduit au pillage des camions de l'organisation américaine à but non-lucratif Food for The Poor le 20 août 2021.

Le 16 octobre 2021, des membres du gang 400 Mazowo ont enlevé un groupe appartenant à Christian Aids Ministries, une organisation missionnaire à but non-lucratif implantée aux États-Unis. Parmi les personnes enlevées, on dénombre cinq hommes, sept femmes et cinq enfants. Il s'agirait de dix-sept missionnaires des États-Unis et du Canada, ainsi que d'un Haïtien qui travaille comme chauffeur pour le groupe. Christian Aid Ministries a déclaré que les missionnaires ont soutenu "des milliers d'écoliers dans le besoin," des personnes âgées et d'autres personnes vulnérables en Haïti, en fournissant de la nourriture et des médicaments aux cliniques. Ils se sont "impliqués activement dans la coordination d'un projet de reconstruction" pour ceux qui ont perdu leur logement lors du dévastateur tremblement de terre d'août. Le gang exige un million de dollars pour la libération de chacune des personnes enlevées.

Expression

Suite au tremblement de terre et aux tempêtes qui ont frappé le sud d'Haïti en août 2021, la Fédération Internationale des Journalistes et l'Association des Journalistes Haïtiens (AJH) ont offert leur soutien aux membres de la presse affectés par ces catastrophes. Ces organisations ont fait savoir que certains journalistes avaient perdu leur maison et avaient besoin d'une aide d'urgence. Jacky Marc de l'AJH précise :

"Malgré le tremblement de terre, nos confrères dans le sud de l'île sont en vie. Bien qu'ils aient essuyés d'énormes pertes, ils s'efforcent toujours d'informer, mais cela est impossible sans matériel ! À présent, l'AJH collecte des tentes et des plastiques pour fournir une aide d'urgence."