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Usage excessif de la force et arrestations au barrage routier de Fairy Creek

Des militants tentent d'empêcher l'abattage d'arbres anciens au moyen d'un barrage routier à Fairy Creek. Mai 2021, REUTERS/Jen Osborne.

Réunion pacifique

Manifestations pour l'environnement

Les manifestations et les actions de désobéissance civile contre la taille de forêts anciennes à Fairy Creek se sont poursuivies à Vancouver. Comme nous l'avons indiqué sur le Monitor CIVICUS, des manifestants campent et se mobilisent depuis plusieurs mois pour empêcher la déforestation du sud-ouest de l'île de Vancouver. Le 21 août 2021, au moins deux personnes ont été blessées lorsque la police a perturbé le déroulement d'une action directe dans la région ; des manifestants avaient installé un barrage routier et certains s'étaient attachés à un portail industriel. Au moins trente-trois personnes ont été arrêtées. Selon les médias, près de huit cents personnes ont été arrêtées lors des blocages depuis mai 2021.

Dans des déclarations faites à The Narval, David Tindall, professeur en sociologie à l'Université de la Colombie-Britannique et expert en mouvements environnementaux, affirme : « Ce sera bientôt l'un des plus grands actes de désobéissance civile de l'histoire du Canada ». Les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont été accusés d'avoir fait un usage excessif de la force contre les manifestants et des vidéos et des photos montrent des agents en train d'asperger de gaz au poivre des manifestants pacifiques et de les arrêter violemment.

En août également, un arrêt de la Cour suprême de la Colombie-Britannique a déclaré que les mesures prises par la police pour empêcher l'accès à Fairy Creek étaient illégales et que les journalistes, les populations, les manifestants et les autochtones devaient pouvoir y accéder, à moins que de véritables raisons de sécurité ou d'exploitation ne justifient l'application des restrictions. Un groupe de journalistes et deux membres du groupe Elders for Ancient Trees ont déposé des plaintes séparées contre la GRC ; ils affirment s'être vu refuser l'accès au bassin versant de Fairy Creek en raison de la généralisation des zones d'exclusion défendues par la police.

Dans un cas similaire, le 21 août 2021, Extinction Rebellion Vancouver a organisé des manifestations dans plusieurs villes pour exiger des mesures contre la crise climatique. Le groupe, qui utilise souvent des tactiques pacifiques de désobéissance civile, a tenté de bloquer une intersection très fréquentée à Vancouver, mais l'action a été rapidement interrompue par la police. « Après des décennies de prévarication et d'inaction à tous les niveaux de gouvernement au Canada et dans le monde, nous sommes maintenant confrontés à une catastrophe climatique et écologique qui menace la civilisation humaine », dénonce le groupe dans un communiqué de presse.

Manifestations liées au coronavirus

Tout au long de la période considérée, des manifestations se sont tenues contre les restrictions liées à la covid dans plusieurs villes. Le 14 août 2021, par exemple, des milliers de personnes se sont rassemblées à Montréal pour protester contre la mise en place d'un passeport vaccinal dans tout le Québec. Quelques jours auparavant, plus d'une centaine de personnes avaient manifesté devant un bar sportif de Québec, premier lieu à tester le passeport vaccinal COVID-19 dans le cadre du projet pilote de la province.

Des milliers de manifestants se sont rassemblés devant les hôpitaux de Vancouver, Victoria, Prince George, Nanaimo et dans d'autres villes. Ces manifestations ont été convoqués par Canadian Frontline Nurses, un groupe fondé par deux infirmières de l'Ontario qui ont diffusé des théories du complot sur la COVID-19. Selon certaines informations, plusieurs travailleurs de santé ont essuyé des attaques et des patients ont eu des difficultés pour accéder aux établissements médicaux en raison des manifestations. En réponse à ces attaques, l'Association médicale canadienne a rétorqué : « Nous avons affronté l’incertitude, mis nos vies en danger et travaillé pendant de longues heures, semaines et mois pour venir en aide à nos patients et à la population. Nous n’avons pas choisi cette profession pour faire l’objet d’intimidation, d’attaques et de propos violents proférés par celles et ceux qui ne souscrivent pas à la science ou aux conseils de la santé publique. »

D'autres manifestations

En août 2021, des manifestations ont émaillé tout le Canada pour témoigner du soutien aux personnes abandonnées en Afghanistan, quelques jours après que le gouvernement fédéral a annoncé la fin de son opération d'évacuation aérienne du pays. Des rassemblements ont eu lieu à Vancouver, Calgary, Edmonton, Winnipeg, Toronto et Montréal dans le cadre d'une journée mondiale d'action pour fournir une réponse à la crise humanitaire afghane. À Toronto, par exemple, des manifestants se sont rassemblés à l'hôtel de ville et ont demandé au gouvernement d'exiger des comptes aux talibans pour des actions qu'ils qualifient de « crimes de guerre » et de « génocide ». À Calgary, la population a exprimé son soutien à ceux qui se trouvent dans le pays, en particulier aux femmes et aux filles. « Nous exhortons notre gouvernement à faire venir ces personnes dont la vie est désormais en danger, car il n'y a pas de gouvernement officiel en Afghanistan à l'heure actuelle », explique un participant.

Le 10 août 2021, des centaines de personnes ont participé à un rassemblement et à une marche à Hamilton pour demander le retrait d'une statue de Sir John A. Macdonald, premier premier ministre du Canada, d'un parc local. Le rassemblement de la Hamilton Indigenous Unity a été organisé par des membres de la communauté autochtone de la ville pour montrer leur opposition à la décision récente du conseil municipal de maintenir la statue à son emplacement actuel. Des manifestants ont déboulonné la statue par la suite. Macdonald est considéré comme l'architecte du système canadien de pensionnats, des centres où les enfants autochtones étaient envoyés de force et où des milliers d'entre eux sont morts, selon la Commission de vérité et réconciliation. Comme nous l'avons signalé sur le Monitor CIVICUS, des sépultures ont été découvertes récemment sur les terrains d'anciens pensionnats dans tout le pays et ont entraîné des manifestations de solidarité envers les peuples autochtones.

Le 16 août 2021, des infirmiers et d'autres employés d'établissements médicaux des hôpitaux de la région d'Ottawa ont manifesté devant l'hôpital Bruyère Saint-Vincent pour soutenir les négociations de leur contrat et contre le projet de loi 124, avec lequel le gouvernement de l'Ontario cherche à imposer des restrictions salariales au secteur public. Adopté en novembre 2019, le projet de loi 124 limite les augmentations totales des salaires et des avantages à un pour cent dans l'ensemble du secteur public.

Le 18 août 2021, la police de Nouvelle-Écosse a aspergé de gaz au poivre des manifestants et des passants, dont une fillette de dix ans, en dispersant une manifestation contre les expulsions et la criminalisation des sans-abri. Les manifestants avaient tenté de protéger un campement en formant une chaîne humaine devant une bibliothèque où des personnes sans domicile fixe avaient dressé leurs tentes. La police a commencé à arrêter les manifestants, ce qui a conduit certains d'entre eux à encercler les véhicules de police pour les empêcher d'emmener les personnes détenues. Les agents ont ensuite commencé à asperger de gaz au poivre les manifestants et ils auraient également touché des passants, comme la jeune fille et son père. Plus tard, les organisateurs locaux ont collecté plus de 30 000 CAD pour payer les frais de justice des personnes arrêtées au cours de la manifestation.

Expression

Le 28 août 2021, le premier ministre Justin Trudeau a été contraint d'annuler un événement de campagne en Ontario après qu'une foule de manifestants en colère a perturbé le rassemblement. Des dizaines de personnes se sont rassemblées sur les lieux et ont hué Justin Trudeau, l'empêchant ainsi de parler. Lors d'un autre événement à London, en Ontario, le premier ministre s'est fait lancer de la gravelle. « Personne ne devrait travailler sous la menace de violences ou d'actes qui le mettent en danger », a argué Justin Trudeau lors d'une halte de campagne à Montréal. « Mais ces comportements ne sont pas l'apanage des rassemblements politiques ». M. Trudeau avait convoqué des élections anticipées en août 2021 dans l'espoir de former un gouvernement où le parti Libéral, son parti, serait majoritaire. Or, sa campagne a été perturbée par des manifestations contre les vaccinations obligatoires contre la COVID-19 et d'autres restrictions.