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Vague d'arrestations de partisans et militants de l'opposition ; des journalistes toujours en prison

Liberté d'association

Au moins quatre cent partisans de l'opposition et militants de la société civile ont été arrêtés selon un groupe de défense des droits de l'homme

Dans une déclaration du 2 février 2021, le groupe de défense des droits de l'homme Amnesty International a dénoncé le fait que, depuis l'annonce des résultats officiels de l'élection présidentielle d'octobre 2020, les autorités ont ciblé au moins quatre cent partisans de l'opposition et membres de la société civile dans le cadre d'une immense vague d'arrestations. Quatre personnes sont mortes alors qu'elles se trouvaient en détention provisoire dans la principale prison de Conakry. Parmi elles, trois membres du parti d'opposition Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) qui auraient été arrêtés dans le cadre de manifestations contre une nouvelle Constitution en mars 2020. Les autorités ont attribué ces décès à des causes naturelles ou à des maladies. Or, dans des échanges avec Human Rights Watch (HRW), les parents, les avocats et les militants ont affirmé que ces décès étaient dus à la torture, aux mauvais traitements, aux mauvaises conditions de détention et au manque de soins médicaux adéquats.

Un militant condamné à onze mois de prison pour « participation délictueuse à un attroupement susceptible de troubler l’ordre public »

Le 28 janvier 2021, le Tribunal de Mafanco, à Conakry, a condamné Oumar Sylla à une peine d’onze mois de prison pour « participation délictueuse à un attroupement susceptible de troubler l’ordre public ». Il milite au Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) et est coordinateur adjoint du mouvement pro-démocratique Tournons la page Guinée. Comme nous l'avons indiqué sur le Monitor CIVICUS, Sylla, alias Foniké Menguè, a été arrêté le 29 septembre 2020 à Matoto, Conakry, alors qu'il s'apprêtait à participer à une manifestation du FNDC contre un troisième mandat du président Alpha Condé. Selon la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH), il a été interrogé sans la présence de son avocat et a été placé en détention provisoire.

Dans une déclaration publiée le 29 avril 2021 à l'occasion du septième mois d'emprisonnement de Sylla, les organisations de défense des droits de l'homme Tournons la page, ACAT-France, Amnesty International, l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme et Agir ensemble pour les droits humains se sont insurgés :

« Que le militant Oumar Sylla, comme de nombreux autres détenus arbitrairement, soit toujours en prison simplement pour avoir exercé ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique, prouve la volonté manifeste du pouvoir guinéen de continuer à museler toute voix dissidente, même après l’élection présidentielle. Ils devraient tous être libérés immédiatement et sans condition. »

Deux autres militants ont été condamnés le 13 janvier 2021 à une peine d'un an de prison pour incitation à l'insurrection. Ils sont membres du FNDC, une coalition d'acteurs de la société civile, de partisans de l'opposition et de syndicats, qui s'est formée en avril 2019 lorsqu'on a pressenti que les tentatives de modification de la Constitution avaient pour but que le président Condé puisse briguer un troisième mandat. Soulemaye Condé et Youssouf Dioubaté ont été arrêtés en septembre 2020 à l'approche de l'élection présidentielle.

Liberté d'expression

Un journaliste arrêté pour « offense au chef de l'État »

Le journaliste Amadou Diouldé Diallo a été détenu et emprisonné malgré la dépénalisation des délits de presse en Guinée. Diallo travaille comme journaliste sportif chez Radio télévision guinéenne (RTG) et d'autres médias. Il a été arrêté le 27 février 2021 à la suite de sa participation à l'émission L'œil du Lynx sur la station de radio privée Lynx FM, où il aurait critiqué le président Alpha Condé. Le 1er mars 2021 Diallo a été accusé d’« offense au chef de l'État » et a été placé en détention provisoire. Le journaliste a été transféré dans un hôpital le lendemain pour cause de maladie, mais est resté en détention. Une demande de libération conditionnelle a été rejetée le 10 mars 2021. Angela Quintal du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) commente :

« L’arrestation et la détention de Diallo, sans parler de son harcèlement continu pendant son hospitalisation, favorise un climat de peur et constitue une violation flagrante des droits d’une presse libre. »

Six mois de prison pour un journaliste

Ibrahima Sadia Bah, un autre journaliste sportif, a été condamné le 4 février 2021 à six mois de prison et à une amende de 500 000 francs guinéens (50 USD) pour « diffamation, injures publiques et dénonciation calomnieuse » à l'encontre de Mamadou Antonio Souaré, le président de la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT). Bah a été condamné pour un article paru dans le média guinee7.com, où un ancien rival de Souaré aux élections présidentielles de la FEGUIFOOT avait lancé des accusations de corruption contre lui. Selon Reporters sans frontières (RSF), le procureur a demandé que le prévenu soit remis en liberté en raison de l'absence de preuves de l'infraction. Christophe Deloire de RSF commente :

« Les détentions de journalistes, alors même que la loi ne le permet pas, restent trop fréquentes en Guinée. Celles-ci revêtent également un caractère inédit par leur durée. Nous demandons la libération sans condition de ces journalistes dans le respect des textes applicables. »

Trois journalistes radio condamnés à des peines de prison avec sursis pour diffamation

Le 13 janvier 2021 le Tribunal de Kaloum a condamné Sidi Diallo, Thierno Madjou Bah et Ibrahima Lincoln Soumah, tous les trois journalistes de la station de radio Nostalgie Guinée, à une peine de prison de deux mois avec sursis et à une amende de 500 000 francs guinéens (50 USD) chacun pour diffamation. Les trois journalistes étaient poursuivis depuis 2018 après une plainte pour diffamation du directeur de l'école privée Saint Joseph de Cluny à Kaloum à la suite de la diffusion de l'émission Africa 2015, où un enseignant du centre aurait déclaré qu'il y avait eu des « licenciements abusifs ». Le Syndicat des professionnels la presse privée de Guinée (SPPG) a condamné ce jugement lors d'une conférence de presse le lendemain et a signalé qu'il est « juridiquement infondé », tout en soulignant que les journalistes ont été condamnés en vertu du Code pénal et non de la Loi de 2010 sur la liberté de la presse qui avait dépénalisé les délits de presse.