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Coupure d'internet lors des élections présidentielles ; arrestation d'un militant et éditeur

Des femmes pleurent à Brazzaville après le décès du candidat à la présidentielle de l'opposition Guy Brice Parfait Kolelas des suites de la COVID-19, le 22 mars 2021. REUTERS/ Olivia Acland via Gallo

Coupure d'Internet lors des élections présidentielles

La République du Congo a tenu des élections présidentielles le 21 mars 2021 dans un contexte marqué par la coupure d'Internet. Le président sortant Dénis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 36 ans, s'est présenté aux côtés de six autres candidats au scrutin. Le principal leader de l'opposition Guy-Brice Parfait Kolélas de l'Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki) a été évacué le jour des élection vers Paris pour être traité de la COVID-19, une maladie à laquelle il a succombé plus tard dans la journée. Selon les résultats provisoires annoncés le 23 mars 2021, Sassou Nguesso l'a emporté avec 88,57 % des voix.

Dans un communiqué datant du 25 mars 2021, le groupe pro-démocratie Tournons la page a qualifié l'élection de « mascarade électorale ». La branche congolaise du groupe a publié un rapport sur la gouvernance électorale en février 2021, avant les élections. Il a mis en évidence les défaillances juridiques et institutionnelles du processus électoral qui rendent illusoire l’organisation d’élections libres et transparentes. En outre, des membres du groupe ont déclaré avoir été témoins de nombreuses irrégularités lors du scrutin.

Liberté d'association

L'Église exclue de l'observation des élections

Avant les élections, le 15 mars 2021, la Commission épiscopale justice et paix a reçu une communication l'informant qu'elle ne disposait pas d'accréditation pour observer les élections. La raison invoquée pour ce refus est que la structure ne possédait pas de récépissé de fonctionnement indiquant que son objectif déclaré est « l'observation électorale ». La Commission épiscopale prévoyait de déployer 4 000 observateurs électoraux dans tout le pays. Félicien Mavoungou, coordinateur national de cette Commission commente l'épisode à Radio France Internationale (RFI) :

« Nous ne comprenons pas ce refus. Notre église est présente dans le pays et elle est une partie importante de la société civile. Nous ne comprenons pas. Ils exigent que nous disposions d'un récépissé spécifique pour l’observation électorale. On ne nous en a jamais parlé ; nous ne connaissons aucune ONG qui détiendrait un tel récépissé. Tout cela nous surprend et nous sommes en train de poser de nombreuses questions. Nous voulons en savoir un peu plus. »

Arrestation d'un militant éminent de la société civile

Le 11 mars 2021 Alexandre Ibacka Dzabana, militant de la société civile, a été enlevé à son domicile de Brazzaville et a été détenu. Selon des organisations de défense des droits de l'homme, il est accusé de « tentative d'atteinte à la sécurité intérieure de l'État » et il est toujours détenu au secret à la Centrale d'intelligence et de la documentation (CID) sans avoir accès à son avocat ni aux visites de sa famille. Dzabana est l'un des coordinateurs de la Plateforme congolaise des ONG des droits humains et de la démocratie, et il est également président du mouvement M22 et membre du groupe pro-démocratie Tournons la page en République du Congo.

Liberté d'expression

Coupure d'Internet le jour des élections

L'accès à Internet et aux réseaux sociaux a été interrompu quelques heures avant l'ouverture des bureaux de vote pour les élections présidentielles du 21 mars 2021. Selon l'OSC NetBlocks, il y a eu une « perte quasi totale de connectivité » pendant trois jours, soit lors de l'ouverture des bureaux de vote et du dépouillement des voix. Ce n'est pas la première fois que les autorités coupent Internet. Lors des dernières élections présidentielles de 2016, il y a eu une coupure totale des télécommunications.

Avant les élections, la coalition #KeepItOn a publié une lettre ouverte adressée au président Sassou Nguesso, où elle lui demandait de s'assurer que toutes les plateformes de communication restent ouvertes, sécurisées et accessibles pendant le scrutin.

Arrestation d'un journaliste pour diffamation

L'éditeur du magazine satirique Sel-Piment Raymond Malonga a été arrêté le 2 février 2021 alors qu'il se trouvait dans une clinique médicale de Brazzaville, où il aurait reçu un traitement contre le paludisme et une infection. Son arrestation fait suite à une plainte pour diffamation liée à la publication d'un article dans le magazine le 18 janvier 2021, où il avait avancé l'existence de détournements de fonds perpétrés par Georgette Okemba, l'épouse du chef du Conseil national de sécurité, Jean-Dominique Okemba, qui est aussi parent du président Sassou Nguesso. L'article à l'origine de la plainte pour diffamation a été initialement publié sur le site Sacer Info et a été rédigé par Stany Franck, également cité dans la plainte pour diffamation. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dans une décision de justice rejetant la demande de libération de Malonga, il a été affirmé que l'éditeur était accusé de dénonciation calomnieuse, diffamation et diffusion de fausses nouvelles. Depuis le jour de son arrestation Raymont Malonga est toujours en détention. Arnaud Froger de Reporters sans frontières (RSF) s'insurge :

«Il est indigne qu’un journaliste poursuivi pour de simples faits présumés de diffamation soit arraché de son lit d'hôpital, arrêté et incarcéré depuis plus d’un mois au mépris du droit et de sa santé. »

Le Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC) a initialement ordonné la suspension de Sel-Piment pour le même article, mais cette suspension a été levée entre-temps.

RFI privée d'accréditation

Les autorités ont refusé d'accorder une accréditation de presse à Florence Morice, correspondante de Radio France Internationale (RFI). Elle n'a donc pas été autorisée à couvrir les élections présidentielles dans le pays.