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Manifestations contre l'impunité des crimes de guerre ; des journalistes et des militants menacés

Manifestations contre l'impunité des crimes de guerre ; des journalistes et des militants menacés
Le défenseur des droits de l'homme et fervent avocat de la justice, le Dr Mukwege, a été menacé de mort. Photo : Horacio V.

Liberté d'association

Menaces de mort à l'encontre du Dr Denis Mukwege

Le Dr Denis Mukwege et l'hôpital de Panzi ont finalement obtenu la protection de la mission des Nations Unies en RDC en septembre 2020, après des manifestations et des appels internationaux exigeant la protection de l'organisation internationale et du gouvernement de la RDC. Le Dr Mukwege est gynécologue et a fondé l'hôpital Panzi à Bukavu pour les survivants de violences sexuelles. Il fait l'objet de menaces de mort depuis juillet 2020, après qu'il s'est exprimé sur un récent massacre de civils et qu'il a appelé à traduire en justice les auteurs de crimes de guerre dans l'est de la RDC. Selon l'OSC Physicians for Human Rights (PHR), ces menaces semblent également être une réaction aux « appels constants pour la mise en œuvre des recommandations de longue date du rapport du Projet Mapping des Nations Unies sur les violations des droits de l'homme les plus graves perpétrées en RDC entre 1993 et 2003 ». Ce rapport cartographique de l'ONU détaille une série de violations graves des droits, notamment des massacres et des violences sexuelles, commises par des armées rebelles, par des troupes étrangères et par des forces gouvernementales congolaises, tout en concluant que la plupart des 617 épisodes examinés dans le rapport ont été qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

La famille du Dr Mukwege et le personnel de l'hôpital Panzi auraient également été visés. L'ONU a retiré ses agents de sécurité en mai 2020 après la détection d'un foyer de COVID-19 parmi les Casques bleus de l'ONU. Le Dr Mukwege est un ardent défenseur de la justice et de la reddition de comptes pour les crimes perpétrés dans l'est de la RDC, notamment l'utilisation des violences sexuelles comme outil de guerre, et il s'est vu décerner le prix Nobel de la paix en 2018. Il a survécu en 2012 à une tentative d'assassinat où un garde de sécurité a trouvé la mort, et il se trouvait sous la protection des Casques bleus de l'ONU jusqu'en mai 2020.

Disparition d'un militant de LUCHA

Le militant de LUCHA, Ben Benoit Kabey, a disparu le 19 août 2020 à Kenge, dans la province de Kwango, après une manifestation qu'il avait coorganisée contre la gestion de la province. Il aurait déjà reçu des menaces auparavant. Le 5 septembre 2020, les Nations Unies ont appelé les autorités de la RDC à mener une enquête afin de faire la lumière sur la localisation de Kabey.

Liberté de réunion pacifique

Manifestations pour demander justice pour les violences sexuelles, les meurtres et les crimes de guerre dans l'est de la RDC

À l'occasion du 10 e anniversaire du rapport du Projet Mapping de l'ONU décrivant des centaines de violations graves des droits de l'homme, notamment des massacres et des viols, dans l'est de la RDC entre 1993 et 2003, des manifestations ont eu lieu dans quatre villes le 1er octobre 2020 pour exiger la fin de l'impunité pour les meurtres, les abus et les violences sexuelles dans l'est de la RDC et la mise en œuvre des recommandations dudit rapport. À Bukavu, ville accueillant l'hôpital Panzi du Dr Mukwege, au moins 3 500 survivants de violences sexuelles et des centaines d'avocats ont participé aux manifestations. À Kisangani, dans la province de Tshopo, les autorités locales ont interdit la manifestation et les forces de sécurité ont dispersée les participants. Le Dr Mukwege, qui n'a pas pu assister à la manifestation de Bukavu pour des raisons de sécurité (cf. Liberté d'association) s'est exprimé auprès de l'Agence France-Presse :

« Nier qu'il y a eu des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre en République démocratique du Congo — même nier qu'il y a eu un génocide en RDC — relève de la mauvaise foi ».

Plusieurs manifestations interdites et dispersées

Le 14 octobre 2020 des agents de police ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une manifestation de l'opposition à Kinshasa. Cette manifestation avait été organisée par la plate-forme d'opposition Lamuka pour soutenir l'unité territoriale nationale. Les manifestants ont dénoncé ce qu'ils appellent « la balkanisation » de la RDC et ont réclamé la création d’un tribunal pénal international pour le pays. Selon les médias, certains manifestants ont été blessés et d'autres ont été arrêtés. Des policiers auraient crevé les pneus du véhicule du chef de l'opposition Martin Fayulu, président du parti politique d'opposition Ecidé et coordinateur de Lamuka, l'empêchant ainsi de se rendre sur le lieu de la manifestation. Auparavant les autorités locales avaient interdit la manifestation.

Selon des informations parues dans la presse, des agents de police ont occupé la place de la gare centrale de Kinshasa, afin d'empêcher les manifestants de s'y rassembler le 12 septembre 2020. La manifestation avait été convoqué par le mouvement féministe « Je dénonce » pour appeler à la fin des enlèvements mais n'avait pas obtenu l'autorisation des autorités locales. La police aurait proposé d'aider quelques manifestantes à se rendre à la mairie de la ville pour remettre leur mémorandum.

Le 17 septembre 2020, des policiers auraient été déployés à l'Université de Kinshasa (UNKIN) pour empêcher les étudiants de manifester. Cette intervention de la police faisait suite à une déclaration dans laquelle des étudiants ont dénoncé la grève prolongée des enseignants.

Des centaines de personnes se sont rassemblées le 3 septembre 2020 à Bukavu en soutien au Dr Mukwege, qui a fait l'objet de menaces de mort (cf. Liberté d'association). Les manifestants ont appelé le président Tshisekedi à assurer la protection du Dr Mukwege. Aucun trouble n'a été signalé.

Plusieurs manifestations organisées par des mouvements sociaux se sont tenues en septembre 2020 pour demander l'expulsion de l'ambassadeur rwandais en RDC, Vincent Karega, après qu'il a publié un tweet controversé dans lequel il rejetait toute responsabilité du Rwanda dans un massacre survenu en août 1998 dans l'est de la RDC. Une manifestation à Kinshasa le 4 septembre 2020 aurait été réprimée au moyen de gaz lacrymogènes et des tirs de sommation auraient été employés pour tenter de disperser les manifestants. Floribert Anzuluni du mouvement social Filimbi s'insurge auprès de RFI :

« C’est inacceptable, malheureusement. On ne comprend pas, les marches citoyennes sont inutilement réprimées. Ce n'est pas normal car nous avons écrit quarante-huit heures avant et nous n’avons reçu aucune réponse. »

Après des négociations avec des agents de police, une trentaine de manifestants ont été autorisés à remettre un mémorandum au ministère des Affaires étrangères. Les militants réclamaient également la création d'un tribunal pénal international pour la RDC qui puisse s'occuper des violations qualifiées de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par l'ONU.

Liberté d'expression

Des journalistes forcés de fuir et de se cacher après des menaces

Selon Reporters sans frontières (RSF), au moins deux journalistes ont dû se cacher après avoir reçu des menaces. Rozenn Kalafulo, rédactrice en chef de la radio communautaire de Goma Pole FM, s'est cachée en octobre 2020 après que des témoins ont affirmé avoir entendu des officiers des forces armées proférer des menaces à son encontre pour avoir posé une question au président Tshisekedi lors d'une conférence de presse le 8 octobre 2020. Kalafulo avait interrogé le président sur les activités commerciales des membres des forces armées et sur leurs possibles liens avec des groupes armés. Byobe Malenga, directeur de Radio Ngoma ya Amani à Fizi, au Sud-Kivu, et correspondant du service en swahili de la BBC, s'est enfui en canoë après que trois hommes armés sont venus le chercher dans les locaux de la radio et à son domicile le 27 septembre 2020. Malenga a également reçu plusieurs menaces sur les réseaux sociaux. Le journaliste s'est senti obligé de se cacher après qu'un responsable des forces de sécurité lui a dit de « prendre des précautions » le jour où il est allé les alerter de la visite des trois hommes armés.

Arrestation de journalistes

Le 15 septembre 2020, un groupe de personnes déclarant être des agents du gouverneur de la province de Sankuru a arrêté le journaliste François Lendo à l'aéroport de Lodja. Selon l'OSC pour la liberté de la presse Journalistes en danger, il a été conduit au bureau du procureur où il a été accusé d'avoir insulté le gouverneur de la province dans plusieurs de ses émissions sur Radio Losanganya. Selon la plainte consultée par RSF, lors d'une émission Lendo aurait accusé le gouverneur de la province, Joseph-Stéphane Mukumadi, de lancer « une campagne de terreur » et de procéder à des arrestations et à des actes de tortures contre ceux qui tentaient de s’interposer. RSF a signalé qu’un enregistrement audio de son émission avait d'abord été diffusé sur Top Congo, puis sur Radio Losanganya, et que ce n'était pas Lendo qui avait fait ces remarques mais un avocat de la société civile. Mukumadi est toujours au poste de gouverneur bien qu'il ait été démis par un vote à l'Assemblée provinciale de Sankuru. Lendo a été remis en liberté le 26 septembre 2020.

Justin Murhu, journaliste du média numérique deboutRDC.net, a été arrêté le 2 septembre 2020 après avoir été convoqué par un tribunal de Bukavu, dans la province du Sud Kivu. Patrick Babwine, rédacteur en chef du média, a également été convoqué par le tribunal. Les deux journalistes sont accusés de diffamation par l'avocat de la famille de l'ancien président Kabila, Jean Claude Zihalirwa, pour un article publié le 24 août 2020. L'article affirme que Zihalirwa, en compagnie de soldats, a rendu visite à des personnes expulsées de Mbobero — des terres revendiquées par la famille Kabila — pour les dissuader de témoigner. Arnaud Froger de RSF dénonce :

« Rien ne justifie que ces journalistes soient arrêtés et encore moins détenus pour avoir rapporté dans un article des informations sourcées et largement vérifiables. Témoigner des atteintes aux droits de l’homme ne devrait pas conduire en prison. Ces journalistes n’ont fait que leur travail et nous demandons leur libération sans condition. »

Comme nous l'avions indiqué précédemment sur le Monitor, quatre personnes impliquées dans la réalisation du documentaire sur les droits de l'homme Mbobero, la raison du plus fort est toujours la meilleure se sont cachés après avoir reçu des menaces suite à la sortie du film le 6 juillet 2018. Il s'agit des journalistes Gaël Mpoyo et Franck Zongwe, du président de l'OSC pour les droits de l'homme Nouvelle dynamique de la société civile en RDC, Jean-Chrysostome Kijana, et de Fidèle Mutchungu. Le film documente les violations des droits de l'homme à Mbobero, un village situé au nord de Bukavu. Ces violations concernent l'achat de terres par la famille du président. Les violations des droits de l'homme comprennent l'expulsion de plus de 2 000 personnes et la destruction d'environ 230 maisons avec l'aide des forces de sécurité, notamment la Garde républicaine, selon l'OSC Nouvelle dynamique de la société civile en RDC, l'organisation ayant documenté initialement les expulsions et ayant participé à la réalisation du documentaire.