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Manifestants et journalistes réprimés par la police à la suite de manifestations inhabituelles

Manifestants et journalistes réprimés par la police à la suite de manifestations inhabituelles

Le président Ismaël Omar Guelleh briguera un cinquième mandat lors de la prochaine élection présidentielle prévue début 2021. Le 25 septembre 2020 l'Union pour le salut national (USN), une coalition de plusieurs partis d'opposition, a annoncé qu'elle se mobilisera contre la candidature de Guelleh avant les élections. L'USN a également appelé à des élections libres et à une refonte de la commission électorale.

Alors que le pays traverse les derniers mois avant les prochaines élections, de rares manifestations ont été documentées à Djibouti, où des manifestants se sont rassemblés pour soutenir un lanceur d'alerte emprisonné qui avait dénoncé un cas de corruption.

Liberté d'expression

Le 12 juin 2020 le lieutenant Fouad Youssouf Ali a été arrêté et accusé de « trahison » après avoir diffusé une vidéo dénonçant un acte de corruption d'un haut responsable militaire ainsi qu'un cas dediscrimination clanique fin mars 2020. Il aurait été détenu dans de dures conditions à la prison de Gabode, à Djibouti City, où il a entamé deux grèves de la faim. D'ailleurs son état de santé s'est détérioré selon son avocat. Le 24 août 2020 l'oncle de Youssouf Ali s'est adressé à Radio Boukhao pour exhorter la communauté internationale à faire pression sur le gouvernement à propos de cette affaire. Deux jours plus tard, le 26 septembre 2020, la radio La Voix de Djibouti a publié une vidéo de la mère de Youssouf Ali affirmant qu'Ali était privé de nourriture et soumis à la torture. La vidéo a été publiée malgré le fait que les quelques journalistes indépendants de Djibouti — travaillant principalement pour La Voix de Djibouti — ont continué à être visés pour avoir couvert le cas de Youssouf Ali ou les manifestations consécutives dans tout le pays.

Ali avait fui le Djibouti après avoir dénoncé la corruption dans les forces armées et s'était réfugié en Éthiopie, d'où il avait été expulsé vers Djibouti où il est accusé de « trahison ».

À la suite des troubles qui ont suivi tout au long de juin et juillet 2020, lorsque des manifestants sont descendus dans la rue pour soutenir Ali (cf. Liberté de réunion pacifique), plusieurs journalistes, notamment ceux travaillant pour La Voix de Djibouti, ont été arrêtés ou se sont cachés par crainte de devenir des cibles en raison de leur couverture des manifestations. Kassim Nour Abar a été arrêté le 5 juin 2020 alors qu'il s'apprêtait à couvrir les manifestations à Ali Sabieh. Mohamed Ibrahim Waiss a été arrêté le 7 juin 2020 alors qu'il rendait compte des manifestations dans la ville de Djibouti. Tous deux ont ensuite été libérés sans qu'aucune accusation ne soit retenue contre eux. Toutefois, leur arrestation a incité d'autres journalistes de renom à se cacher, comme dans le cas d'Osman Yonis Bogoreh. Charmarke Saïd Darar de La Voix de Djibouti a été arrêté le 15 juillet 2020 et s'est vu refuser l'accès à un avocat et les visites de sa famille. Darar s'était caché avant son arrestation après avoir couvert le cas du lieutenant Fouad Youssouf Ali. Il était apparu dans l'émission hebdomadaire d'information « Échange sur l'actualité » le 12 juillet et avait déclaré que deux membres de sa famille avaient été arrêtés récemment dans une tentative d'intimidation cherchant à lui faire arrêter son travail journalistique. Une vidéo publiée à la suite d'une descente de police au domicile de Darar le 2 août a montré que sa maison avait été vandalisée dans le processus, que son téléphone portable et son ordinateur lui avaient été confisqués, et que son compte Facebook avait été piraté.

La Voix de Djibouti est basée en France et est en grande partie considérée comme le seul radiodiffuseur djiboutien indépendant. Ses journalistes sont souvent la cible d'actes de harcèlement et d'arrestations arbitraires comme nous l'avons indiqué sur le Monitor CIVICUS.

L'Aurore, le dernier média privé de Djibouti, a été suspendu en août 2016 après l'arrestation de son codirecteur et rédacteur en chef, Kadar Abdi Ibrahim, à l'aéroport international de Djibouti. Bien qu'Ibrahim ait été libéré, L'Aurore n'a pas été autorisée à reprendre ses activités depuis août 2016.

Liberté de réunion pacifique

Des manifestations de rue inhabituelles ont éclaté tout au long de juin et juillet 2020 en soutien à l'ancien lieutenant de l'armée de l'air djiboutienne, Fouad Youssouf Ali, et contre le traitement qui lui a été infligé pendant sa détention.

Des manifestations ont éclaté début juin après la mise en ligne d'une vidéo où l'on voit Ali en détention dans un endroit qui ressemble aux toilettes de la fameuse prison de Gabode, à Djibouti. Ali affichait des signes de torture également. L'avocat d'Ali a signalé qu'environ 200 personnes avaient été arrêtées lors des manifestations de début juin, notamment des membres de la famille d'Ali. Ces manifestations ont été attisées par le mécontentement général de la population face à la corruption et à la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement a déclaré que les manifestations de juin et juillet étaient des « manifestations non autorisées » et elles ont étéréprimées avec un usage excessif de la force. On a également signalé de nombreuses arrestations de manifestants et de journalistes qui couvraient ces manifestations. Les rassemblements publics restent rares dans le pays et lorsqu'ils se produisent ils sont souvent réprimés.