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Libération de la journaliste Samira Sabou et d'un militant. Trois autres restent en prison

Le président Mahamadou Issoufou assiste à l'ouverture de la 54e session ordinaire de la Conférence des chefs d'État de la CEDEAO à Abuja, le 22 décembre 2018. REUTERS/ Afolabi Sotunde

Liberté d'expression

Convocation, détention et libération provisoire du journaliste Ali Soumana

La police judiciaire de Niamey avait convoqué le rédacteur en chef et fondateur du journal Le Courrier, Ali Soumana, pour l’interroger le 12 juillet 2020 à propos d'accusations concernant « l'écriture et la diffusion de fausses informations ». Ces accusations portent sur un article qu'il avait publié un jour plus tôt, le 11 juillet 2020, et qui avait connu une grande diffusion sur les réseaux sociaux. Dans ce texte, le journaliste affirme que des sources lui ont indiqué que des sociétés impliquées dans un scandale de corruption concernant l'acquisition de matériel militaire étaient en train de renégocier des remboursements à l'amiable afin d'échapper à des poursuites judiciaires. Soumana a passé deux jours en garde à vue avant d'être présenté devant un juge et d'être mis en liberté sous caution.

Ali Soumana est membre de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d'investigation en Afrique de l'Ouest (CENOZO) et a fait l'objet d'harcèlement judiciaire à plusieurs reprises en raison de son travail. Par exemple, il a été arrêté en juin 2017 et accusé d'avoir « obtenu des documents judiciaires par des moyens frauduleux ». Il a été mis en liberté provisoire deux mois plus tard.

Libération de la journaliste et blogueuse Samira Sabou

Le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey a relaxé la journaliste et blogueuse Samira Sabou le 28 juillet 2020 après 48 jours de détention. Le procès de la journaliste a débuté le 14 juillet 2020. Comme nous l'avons signalé sur le Monitor CIVICUS, Sabou, qui est également présidente de l'Association des blogueurs pour une citoyenneté active, a été arrêtée le 10 juin 2020 à la suite d'une plainte pour diffamation déposée par le fils du président Mahamadou Issoufou concernant une publication Facebook où elle avait commenté un audit des contrats d'achat de matériel militaire au sein du ministère de la Défense, ainsi que ses irrégularités. Par la suite elle a été accusée de « diffamation par un moyen de communication électronique » en vertu de la Loi de 2019 sur la cybercriminalité. Le tribunal a statué que l'infraction n'était pas constituée.

Alice Mogwe, présidente de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), commente :

« Cette libération est un premier signal positif envoyé par le pouvoir judiciaire au Niger. Toutefois, il ne faut pas oublier que d’autres défenseurs des droits humains sont toujours emprisonnés dans le pays en raison de leurs activités pacifiques. Je pense notamment à Maikoul Zodi, Halidou Mounkaila et Moussa Moudy détenus pour leur prise de position contre la corruption. Eux aussi doivent être libérés ! »

Liberté d'association

Libération de trois défenseurs de droits de l'homme. Trois autres sont toujours en prison

Le 30 juillet 2020 le coordinateur régional du mouvement pro-démocratie Tournons la page (TLP) à Zinder, Moustapha Elh Adam, a été libéré de prison. Selon TLP, le militant avait été condamné le 26 mai 2020 à une peine de prison de trois mois et à une amende de 20 000 francs CFA (36 USD) pour « agression ». Comme nous l'avons indiqué précédemment sur le Monitor CIVICUS, Elh Adam avait été arrêté le 30 avril 2020 pour avoir « agressé » le préfet de la ville de Tanout, apparemment après une plainte du préfet. Selon TLP, l'arrestation de Moustapha Elh Adam s'est produite après une réunion de la société civile avec le préfet à propos de coupures d'électricité. Cependant trois autres militants de la société civile restent en prison. Il s'agit de Maikoul Zodi et Moudi Moussa de Tournons la page et de Halidou Mounkaila. Ils ont été arrêtés le 15 mars 2020 en raison d'une manifestation de la société civile contre la corruption dans l'achat de matériel militaire.