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Multiplication des restrictions contre les membres de l'opposition avant les élections de 2021

Liberté de réunion pacifique

Le 9 mars 2020 les médias ont signalé l'interdiction par le ministre de l'Intérieur d'une manifestation du RADDE (Rassemblement pour l'action, la démocratie et le développement écologique) prévue pour le 16 avril 2020 devant l'Assemblée nationale. Le but de cette manifestation était d'appeler au respect des libertés fondamentales et à la transparence lors des prochaines élections de mai 2021. Selon Daoud Houmed, un des porte-parole de la majorité au pouvoir, cette interdiction a été imposée pour des raisons de sécurité, car, d’après lui, des mouvements terroristes dans la région pourraient profiter de cette occasion.

Le 1er novembre 2019, les manifestations à Arhiba, dans la périphérie de la capitale, ont été réprimées par un usage brutal de la force : les manifestants protestaient contre l'arrestation d'un membre du parti d'opposition Alliance républicaine pour le développement (ARD). Les autorités ont utilisé des balles réelles et des gaz lacrymogènes pour disperser la manifestation, blessant ainsi des dizaines de manifestants qui avaient bloqué les routes près de la ville. Des informations font état d'une cinquantaine de blessés.

Liberté d'association

Le 9 mars 2020 des membres de l'ARD ont dénoncé l'enlèvement et la détention arbitraire d'un de leurs membres. Selon eux, Dilleyta Tourab a été arrêté par des hommes cagoulés avant d'être détenu au secret pendant quatre jours, puis il a été incarcéré à la prison de Gabode le 7 mars 2020. Le parti a attribué cette arrestation à une répression politique qui cherche à réduire au silence les voix dissidentes avant la prochaine échéance électorale en mai 2021.

Par ailleurs, en septembre 2019, dans un rapport du secrétaire général des Nations Unies, le sous-secrétaire général des Nations Unies, Andrew Gilmour, a signalé la poursuite de représailles contre le journaliste et défenseur des droits de l'homme, Kadar Abdi Ibrahim. Ce rapport vise à lutter contre l'intimidation et les représailles contre ceux cherchant à coopérer ou ayant coopéré avec les organes et les mécanismes des droits de l'homme des Nations Unies. Ce texte a mis en relief les représailles continues contre Kadar, qui ne pouvait toujours pas voyager en raison de la confiscation de son passeport par les services de renseignement (SDS). Kadar avait également été inclus dans le rapport 2018 du secrétaire général parce qu'il n'avait pas pu participer à l'Examen périodique universel (EPU) du Djibouti en mai 2018 en raison de la confiscation de son passeport en avril 2018 à son retour de Genève, où il avait mené des actions revendicatives avant la session de l'EPU.

Liberté d'expression

Le Djibouti est un pays fermé dirigé par un gouvernement autoritaire avec un paysage médiatique clairsemé dominé par l'État. Le principal média indépendant est La Voix de Djibouti, une station radio numérique qui fonctionne depuis l'exil, en Belgique et en France. Il n'y a pas de chaînes de télévision ou de radio privées et le gouvernement est propriétaire du principal journal et radiodiffuseur national. Dans le dernier Classement mondial de la liberté de la presse compilé par Reporters sans frontières (RSF) le Djibouti a été classé à la 173ème place sur 180 pays et l'article qui lui était consacré s'intitulait « Une voix en exil, sinon rien ». La place du Djibouti dans ce classement n'a pas changé.

Le 12 mars 2020, à l’occasion de la Journée mondiale contre la cybercensure, Reporters sans frontières (RSF) a rétabli l'accès au site Internet de La Voix de Djibouti, le seul média indépendant du pays. Cette station radio fonctionne depuis la France mais l'accès à son site est bloqué à Djibouti. Il s'agit de l'un des rares espaces disponibles dans le pays pour la liberté d'expression et d'information. Selon RSF, sans cette station radio « le Djibouti deviendrait un trou noir pour l'actualité et l'information ».

L'opération, connue sous le nom de Collateral Freedom, a permis à RSF d'offrir un accès numérique alternatif à 21 sites d'information bloqués dans leur propre pays grâce à une technique qui reproduit le site Web censuré sur des serveurs internationaux, permettant ainsi aux utilisateurs de ces pays d'y avoir accès. RSF a fait de même pour des sites chinois et égyptiens.

D'autre part, l'un des blogueurs les plus en vue de Djibouti, Samatar Ahmed Osman, est toujours en exil. Il dénonce périodiquement des violations des droits de l'homme commises par les autorités ainsi que des cas de corruption. Au cours des derniers mois les autorités l’ont pris pour cible ainsi que les membres de sa famille à Djibouti, notamment son épouse, Filsan Souleiman Samireh, militante de l'opposition. Elle a été arrêtée et détenue pour une courte durée en août 2019. Le 6 août 2019 Samireh a été arrêtée par le Service de documentation et de sécurité chez ses parents et elle est restée sous détention dans un lieu inconnu. Les agents ayant procédé à son arrestation n'ont présenté aucun mandat d'arrêt et n'ont pas révélé la raison de leur intervention. Elle a été libérée le lendemain après un long interrogatoire sur l'activisme numérique de son mari et elle a été accusée de l’avoir encouragé à critiquer le gouvernement.