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Des journalistes poursuivis, des médias suspendus

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Des journalistes arrêtés et poursuivis

Le 23 septembre 2019, un tribunal de N'Djaména a condamné le journaliste et rédacteur en chef du trimestriel Salam Info, Martin Inoua Doulguet, à une peine de trois ans de prison et à une lourde amende de deux millions de francs CFA (3 390 USD) à payer conjointement avec le coaccusé Abdramane Boukar Koyom, rédacteur en chef du journal satirique Le Moustik. Ce dernier n'a écopé que d'une amende. En outre, les dommages et intérêts à verser ont été fixés à vingt millions de francs CFA (33 900 dollars USD) pour le requérant. Les deux journalistes, arrêtés depuis le 16 août 2019, ont été initialement poursuivis pour diffamation, en raison d'une plainte déposé par l'ancienne ministre de la Santé, Toupta Boguéna, pour avoir publié un article concernant une plainte pour agression sexuelle contre l'ancienne ministre. Selon Reporters sans frontières (RSF), le ministère public a ensuite requalifié les chefs d'inculpation et les a accusés d’« association de malfaiteurs informatiques » ainsi que de « dénonciations calomnieuses », délits pour lesquels les journalistes ont été condamnés.

Arnaud Froger de RSF dénonce :

« Après un placement en détention provisoire pour des faits de diffamation qui ne peuvent pas être punis de peines de prison et une requalification des charges en plein procès dans le seul but d’alourdir les sanctions, l’extrême sévérité de cette peine porte la signature d’une condamnation inique et politique. Il est difficile de ne pas y voir un règlement de comptes orchestré contre un journaliste critique du pouvoir. Nous appelons les autorités tchadiennes à le libérer sans délai. »

Le 13 février 2019, Déli Sainzoumi Nestor, éditeur du journal d'investigation Éclairages, a été condamné à six mois de prison avec sursis, à une amende de 50 000 francs CFA (85 USD) et au paiement de 500 000 francs CFA (850 USD) en dommages et intérêts par un tribunal pénal de N'Djaména pour avoir diffamé le frère du président Idriss Déby Itno, Daoussa Déby Itno. Les chefs d'inculpation proviennent d'un article paru dans Éclairages en juillet 2017 alléguant que Daoussa Déby était impliqué dans l'importation illégale de sucre, rendant difficile la vente de la production de la Compagnie sucrière du Tchad.

Suspension des médias

Le 22 juillet 2019, la Haute Autorité des Médias et de l'Audiovisuel (HAMA) a suspendu le trimestriel Salam Info pour une période de trois mois. Dans un communiqué, la HAMA a déclaré qu'elle avait « mis en garde » Martin Inoua Doulguet à plusieurs reprises en raison du « caractère malsain de cette guerre par journaux interposés qui ternit l'image de la profession et sape la confraternité, une valeur essentielle dans le journalisme ». Moins d'un mois plus tard, le rédacteur en chef du média, Martin Inoua Doulguet, a été arrêté, au départ en raison d'une plainte pour diffamation, et a été condamné à trois ans de prison en septembre 2019 (voir ci-dessus).

D’après certaines informations parues dans les médias, la HAMA a également suspendu la station de radio Oxygène le 2 octobre 2019 pour une période de trois mois en raison de la « violation des dispositions du cahier des charges des radiodiffusions sonores privées commerciales ».

Un journaliste tué par une mine terrestre

Le 25 mai 2019, le journaliste de la chaîne nationale Télé Tchad, Obed Nangbatna, est mort des suites de blessures causées par une mine terrestre. Nangbatna voyageait avec un convoi militaire vers le lac Tchad pour couvrir une opération contre-insurrectionnelle lorsque le véhicule a roulé sur une mine terrestre. 

Les restrictions des réseaux sociaux levées après seize mois

Le 13 juillet 2019, le président Idriss Déby Itno a annoncé la fin des restrictions sur l'accès aux réseaux sociaux imposées depuis mars 2018. Le président a ajouté que les restrictions avaient été mises en place pour des raisons de sécurité « dans un contexte de menaces terroristes » et que la levée des restrictions avait été effectuée « après réexamen de la situation ». Comme indiqué précédemment sur le Monitor, les restrictions d'accès aux réseaux sociaux et aux applications de messagerie telles que Whatsapp et Facebook Messenger ont été introduites le 28 mars 2018, selon les médias, 24 heures après la fin d'un forum abordant des réformes des institutions politiques et administratives du pays. Ce forum avait été boycotté par l'opposition et la société civile. En 2016, des restrictions similaires ont été imposées pour une période de 235 jours.

Internet sans frontières (ISF) s'est félicité de cette initiative, mais a également soulevé la question du coût élevé et de la mauvaise qualité des connexions Internet au Tchad. Abdelkerim Yacoub Koundougoumi, de l'ISF, déclare :

« Nous nous réjouissons que le gouvernement ait finalement entendu la voix des tchadiens et de la société civile Internationale. Internet ne doit pas être utilisé pour servir les intérêts politiques. Nous restons vigilants, car il faut maintenant obtenir une diminution du coût d’accès et une amélioration de la qualité d’Internet au Tchad. Nous invitons le gouvernement, les opérateurs de télécommunications et la société civile tchadienne à collaborer à cette fin. » 

Assemblée pacifique

Les victimes du régime dictatorial d'Hissène Habré manifestent pour réclamer des compensations

Les victimes de crimes commis sous le régime dictatorial d'Hissène Habré (1982-1990) ont organisé plusieurs manifestations et sit-ins pendant plusieurs mois pour réclamer le paiement des réparations accordées à plus de 7 000 victimes par un tribunal pénal tchadien en mars 2015. Ce tribunal pénal a déclaré vingt anciens agents des services de renseignements coupables de meurtre, de torture, de détention arbitraire et d'enlèvement, condamnant plusieurs d'entre eux à la prison à perpétuité, et a ordonné le paiement de 75 milliards de francs CFA (127 millions de USD) à plus de 7 000 victimes, dont la moitié sera versée par le gouvernement tchadien. Le 14 octobre 2019, environ 300 manifestants ont bloqué l'avenue Pascal Yoadimnadji à N'Djaména.

Plusieurs manifestants arrêtés lors de la manifestation contre la pénurie de gaz

Treize manifestants ont été arrêtés, battus et jetés dans un pickup de la police au moment où ils marchaient de l'Assemblée nationale vers le centre-ville de N'Djaména le 25 avril 2019. Cette manifestation avait été convoquée par des organisations de la société civile afin de dénoncer la pénurie de gaz dans le pays. Le ministre de l'Administration territoriale, de la sécurité publique et de la gouvernance locale avait interdit cette manifestation le 22 avril 2019. En outre, le principal organisateur de la manifestation, Versinis Nelly Dingamnayel, du Collectif tchadien contre la vie chère, aurait été arrêté par des agents de police deux jours avant la tenue de la manifestation. Les agents auraient fait pression sur lui pour qu'il lise une déclaration annonçant la suspension de la manifestation.

Mahamat Nour Ahmat Ibedou de la Convention tchadienne pour la défense des droits de l'homme (CTDDH) commente :

« Les camarades ont décidé de braver cette interdiction parce que la constitution est au-dessus de l'acte administratif posé par le ministre qui interdit une marche. »

Le 29 avril 2019, douze des treize militants ont été remis en liberté, tandis que le militant Tokama Kemaye est resté en détention, accusé de complicité avec un groupe d'insurgés basé en Libye. Le 9 mai 2019, il a été officiellement inculpé de « complicité d'atteinte à l'ordre constitutionnel ». Aucune autre information n'est disponible au moment de la rédaction de cette publication.

Les forces de sécurité dispersent une manifestation étudiante

Le 30 avril 2019, une manifestation étudiante à N'Djaména, la capitale tchadienne, a été dispersée par les agents de police. Les étudiants de l'Université de N'Djaména se sont réunis pour protester contre l'annonce d'une augmentation des frais d'inscription qui passent de 28 000 à 50 000 francs CFA (de 47 à 85 USD). Comme indiqué précédemment sur le Monitor, une grève étudiante en octobre 2018 avait été dispersée par la police anti-émeute et deux manifestants avaient été brièvement arrêtés.

Réunion d’un mouvement politique entravée, la police utilise des gaz lacrymogènes

La tenue d'un congrès du mouvement politique Les Transformateurs prévu pour le 1er juin 2019 à N'Djaména a été empêchée : des agents de police ont encerclé la Maison de la Femme, lieu où devait se tenir le congrès, empêchant ainsi l'accès aux participants. Par la suite, lorsque les dirigeants du mouvement et ses partisans ont tenté de traverser le centre-ville, des agents de police ont lancé des gaz lacrymogènes, selon nos sources. D'après le fondateur du mouvement, Succès Masra, six personnes ont été blesséeset Masra a perdu connaissance pendant quelques minutes lorsqu'il a été frappé par un projectile. Précédemment, le 23 avril 2019, le ministre de l'Administration territoriale avait refusé d'autoriser la création du nouveau parti politique.