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Plusieurs manifestations interdites et une personne tuée dans une manifestation de l'opposition

Réunion pacifique

Les rassemblements pacifiques sont régulièrement interdits, et des restrictions, telles que l'obligation de suivre un certain parcours et une forte présence des forces de sécurité, s'appliquent aux rares manifestations autorisées par les autorités locales.

Le 23 avril 2019, le ministre de l'Administration territoriale, Payadowa Boukpessi, a interdit une manifestation organisée par le mouvement En Aucun Cas à Lomé, Kpalimé et Afangnan qui devait se tenir le 27 avril, au motif que les forces de sécurité nécessaires aux manifestations ne seraient pas disponibles le jour des rassemblements. Malgré l'interdiction, le mouvement a appelé les citoyens à manifester le 4 mai 2019 afin de dénoncer les violations des droits de l'homme et les restrictions à la liberté de réunion, d'association et d'expression. La manifestation s'est tenue le 4 mai et aucun incident n'a été signalé.

Voici d'autres manifestations interdites ou entravées par les autorités locales au cours des derniers mois :

  • Une manifestation à Kara contre le franc CFA dans le cadre de la Journée de mobilisation africaine contre le franc CFA, prévue le 23 février 2019, pour laquelle aucun motif n'a été avancé.
  • Un sit-in organisé par la Ligue des consommateurs du Togo contre les prix élevés de l'essence, de l'électricité et des taxes sur les véhicules, prévu le 29 mars 2019 devant le ministère du Commerce de Lomé. Les autorités ont justifié cette interdiction en déclarant que des réunions publiques ne pouvaient se tenir au ministère du Commerce, car il ne s’agit pas d’un lieu public.
  • Une manifestation prévue le 6 avril par le Mouvement Martin Luther King pour exiger le départ du chef de l'équipe nationale de football après la disqualification du Togo de la Coupe d'Afrique des nations 2019.
  • Une réunion du parti Le Togo autrement prévue le 25 février 2019 dans le but de faire participer les citoyens à Lomé et de discuter des problèmes actuels. Sa tenue a été empêchée par les forces de sécurité. Le parti a déclaré ne pas avoir été informé des raisons invoquées par les autorités pour interdire cette réunion.

Les manifestations de l'opposition, le Parti national panafricain (PNP), prévues le 13 avril 2019 pour exiger la mise en œuvre de réformes constitutionnelles et institutionnelles conformes à la feuille de route de la CEDEAO, ont été interdites dans sept des dix lieux prévus dans tout le pays. Le ministre de l'Administration territoriale, Payadowa Boukpessi, a expliqué sa décision d'autoriser les manifestations à Lomé, Sokodé et Afagnan en déclarant qu'« il est évident qu'une telle situation peut entraîner des troubles graves à l'ordre public si des manifestations se produisent dans ces lieux, au mépris des inquiétudes soulevées par les riverains concernés ». Le 13 avril 2019, plusieurs incidents se sont produits et un usage excessif de la force contre les manifestants a été signalé, notamment dans les lieux où la manifestation avait été interdite. Une personne est morte à Bafilo et plusieurs autres ont été blessées. En outre, plus de vingt personnes ont été arrêtées et jugées, dont certaines ont été condamnées à des peines de prison allant de 24 à 36 mois, dont 12 mois avec sursis.

Les responsables du PNP, Gueffé Nouridine et Kéziré Azizou, ont été arrêtés après avoir été convoqués au Service central de renseignement et d’investigation criminelle le 15 avril 2019. Ils ont été accusés de rébellion, du non-respect de l'interdiction de manifester dans certains lieux et de ne pas avoir empêché les troubles de l'ordre public.

À partir des événements de ces derniers mois, Panel Watch, une plate-forme d'experts indépendants de la société civile chargés d'évaluer la situation des droits de l'homme au Togo est arrivé à la conclusion qu'il existe :

« [...] une régression de la liberté de manifestation au Togo, du point de vue des standards internationaux. »

Expression

Le 25 mars 2019, le régulateur national des médias, la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication (HAAC), a annoncé sa décision de révoquer la licence de Bonero Lawson-Betum, propriétaire du mensuel La Nouvelle, en raison de son « refus délibéré de respecter les principes fondamentaux du journalisme ». Le 10 décembre 2018, la Haute Cour de Lomé avait autorisé la HAAC à révoquer la licence de Lawson-Betum à la demande de la HAAC. Le mensuel est également accusé de « publication d’informations non avérées, de lancer des appels à la haine ethnique et religieuse, d'atteintes à la vie privée des citoyens, ainsi que de calomnies et d’injures de toute nature ». Fin 2018, la Cour suprême de Lomé a déclaré le mensuel coupable de diffamation à la suite d'une plainte du président de la Cour suprême, accusé dans un article de La Nouvelle de septembre 2018 d'implication dans des transactions foncières douteuses. La Nouvelle avait déjà été suspendue en 2016.

Selon Reporters sans frontières (RSF), des inconnus dans un véhicule sans matricule ont vandalisé la voiture du journaliste d'investigation Loïc Lawson se trouvant devant les locaux du journal Le Flambeau des Démocrates à Lomé. Avant l'attaque, Lawson avait reçu des menaces liées à l'un de ses articles affirmant l'implication d'un responsable gouvernemental dans une acquisition douteuse de biens immobiliers. Assane Diagne de RSF a déclaré :

« Nous appelons les autorités togolaises à mener une enquête sérieuse et rapide pour identifier et juger les auteurs, compte tenu de la récurrence de menaces contre Loïc Lawson. La sécurité des journalistes d’investigation doit être une priorité pour les autorités du pays. »