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Deux personnes tuées lors d'affrontements et plusieurs journalistes attaqués lors d'un meeting

Le 24 février 2019, des élections présidentielles se sont tenuesau Sénégal. Selon les résultats provisoires de la Commission nationale de recensement des votes, annoncés le 28 février 2019, le président sortant Macky Sall a remporté les élections avec 58,27 % des suffrages, ce qui rend superflue la tenue d'un second tour. Idrissa Seck est arrivé en deuxième position avec 20,50 % des voix selon des résultats préliminaires qui devront encore être validés par le Conseil constitutionnel. Dans une déclaration conjointe les candidats de l'opposition ont rejeté ces résultats provisoires, mais ont annoncé qu'ils ne feraient pas appel de ces résultats devant le Conseil constitutionnel.

Avant les élections, le groupe de défense des droits de l'homme, Amnesty International, avait appelé les autorités à prendre les mesures nécessaires pour garantir la liberté d'expression et permettre aux électeurs de voter dans un climat exempt de toute violence, après la mort de deux personnes et l'attaque perpétrée contre des journalistes au cours d'un meeting à Tambacounda le 11 février 2019 (cf. Liberté de réunion pacifique et Liberté d'expression).

Réunion pacifique

Deux personnes tuées dans des affrontements lors d'un meeting électoral

Le 11 février 2019, deux personnes sont mortes dans des affrontements entre les partisans du président sortant, Macky Sall, membre du parti au pouvoir, Benno Bokk Yaakar (BBY), et les partisans du candidat à la présidentielle de l'opposition, Issa Sall, du Parti de l'unité et du rassemblement (PUR) pendant un meeting électoral à Tambacounda. Le lendemain, la police a annoncé que 24 personnes avaient été arrêtées alors que des armes, telles que des couteaux et des gourdins avaient été confisquées. Dans une déclaration conjointe, cinq organisations de défense des droits de l'homme, dont la Ligue sénégalaise des droits de l'homme et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) ont condamné les violences préélectorales et ont déclaré :

« Nos organisations rappellent aux candidats et coalitions l’obligation qui leur incombe d’appeler leurs militants et sympathisants à respecter la liberté de manifestation, d’expression et d’opinion des adversaires politiques et de renoncer à tout recours à la violence. »

Huit journalistes figurent parmi les personnes blessées au cours de ces affrontements (cf. Liberté d'expression).

Manifestations préélectorales de l'opposition

Le 11 janvier 2019, des milliers de membres et de sympathisants de l'opposition sont descendus dans les rues de Dakar pour réclamer des élections transparentes et protester contre le soi-disant « système de parrainage » des candidats à la présidence conformément au Code électoral de 2018. La manifestation s'est tenue après que le Conseil constitutionnel n'a retenu que sept candidatures sur les 27 candidatures présentées après un réexamen administratif des signatures requises (environ 52 000 dans au moins sept des quatorze régions). Comme nous l'avions précédemment indiqué sur le Monitor, les modifications controversées du code électoral avaient déclenché des manifestations dans le pays.

Sur les sept candidatures acceptées, seules cinq ont été validées. Les candidatures des candidats de l'opposition Karim Wade et Khalifa Sall ont été rejetées le 14 janvier 2019 en raison de deux condamnations ayant été prononcées en 2015 et en 2018 respectivement.

Auparavant, le 28 décembre 2018, des milliers de partisans et de membres de l'opposition s'étaient rassemblés dans les rues de Dakar pour réclamer des élections présidentielles « justes et transparentes. » La manifestation était organisée par le Front de résistance nationale (FRN), une coalition formée par sept candidats de l'opposition. On a vu des manifestants portant des banderoles affichant des slogans du type « non à la dictature » et « libérez les prisonniers politiques ». La manifestation, autorisée par les autorités administratives, avait été organisée deux jours après la date limite pour le dépôt des candidatures pour l'élection présidentielle et s'est tenue devant le Conseil constitutionnel (voir ci-dessus).

Grèves dans la justice

Selon des informations parues dans les médias , le Syndicat des travailleurs de la justice (SYTJUST) avait décrété une grève renouvelable de 48 heures à compter du 8 janvier 2019 pour exiger des autorités qu'elles tiennent les promesses qu'elles avaient faites en octobre 2018, en augmentant leurs salaires, notamment. Auparavant, SYTJUST avait mené une grève de 48 heures les 27 et 28 décembre 2018 et avait organisé une série de sit-in également. Le 11 janvier 2019, SYTJUST a mis fin à la grève après une réunion avec le premier ministre.

Expression

Selon la Fondation des médias pour l'Afrique de l'Ouest (MFWA), huit journalistes voyageaient dans un bus afin de couvrir la campagne du candidat de l'opposition à la présidentielle Issa Sall, du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR), lorsqu'ils ont été attaqués au milieu des affrontements qui se sont produits pendant un meeting à Tambacouda le 11 février 2019. Au cours de ces affrontements les journalistes ont été pris entre des partisans du BBY et des partisans du PUR. Selon les partenaires locaux de la MFWA, certains des assaillants ont confondu les journalistes avec des membres du PUR, alors que d’autres étaient au courant que le bus transportait des journalistes. Les huit journalistes ont été blessés et trois d'entre eux étaient dans un état critique. Deux personnes ont été tuées lors de ces affrontements (cf. Liberté de réunion pacifique).

Le 28 novembre 2018, les députés ont approuvé le projet de loi portant sur le code des télécommunications électroniques. Comme nous l'avions mentionné précédemment dans le Monitor, les OSC ont exprimé leurs préoccupations concernant l'article 27 du projet de loi, qui, selon elles, met en danger la neutralité d'Internet sous le prétexte de mettre en place « des mesures raisonnables pour la gestion du trafic. » Ellels craignent que ces dispositions donnent à l'autorité réglementaire et aux opérateurs le pouvoir de bloquer, ralentir, filtrer et même surveiller les contenus.