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Intolérance croissante des autorités face aux voix critiques en ligne

Expression

Dans sa déclaration du 28 janvier 2019, Amnesty International a appelé les autorités à mettre un terme au harcèlement judiciaire et à mettre en liberté toutes les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression. Ces demandes concernent le député de l'opposition Alain Lobognon, l'activiste en ligne Soro Tangboho et l'activiste politique Daleba Nahounou.

Le 30 janvier 2019, un tribunal d'Abidjan a condamné Alain Lobognon, député et ancien ministre des Sports, à un an de prison et à une amende de 300 000 francs CFA (524 USD) pour « diffusion de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux et incitation à la révolte » selon les dispositions du code pénal. Les accusations portent sur un twitt de Lobognon, affirmant que le procureur de la République avait émis un mandat d'arrêt contre le député Jacques Ehoua.

Le 28 janvier 2019, Daleba Nahounou, secrétaire général par intérim de la Coalition des indignés de Côte d'Ivoire (CICI), un groupe de pression politique, a été convoqué devant un juge d'instruction et a été mis en examen pour « diffusion de fausses nouvelles ». Selon la Fondation des médias pour l'Afrique de l'Ouest (MFWA), les accusations se rapportent à un message de Nahounou publié sur Facebook accusant les autorités d'abus de pouvoir.

Le 8 novembre 2018, l'activiste en ligne Soro Tangboho avait déjà été arrêté arbitrairement dans la ville de Korogho. Selon Tangboho – aussi connu sous le nom de Carton Noir –, il a été soumis à la torture au poste de police pour avoir diffusé sur Facebook une vidéo dans laquelle des agents de police rackettent des automobilistes.

Kiné Fatim Diop d'Amnesty International déclare :

« Les violations de la liberté d’expression risquent non seulement de fragiliser la paix sociale, mais aussi d’entraver le droit à l’accès et à la libre diffusion d’informations dans un contexte politique tendu à un an de l’élection présidentielle. Les autorités doivent abandonner les poursuites contre Alain Lobognon et Soro Tangboho, et les libérer immédiatement et sans condition. »

Réunion pacifique

Manifestations contre l'acquittement de l'ancien président Gbagbo et de Blé Gaudé par la CPI

Suite à l'acquittement de l'ancien président Laurent Gbagbo et de son coaccusé, l'ancien ministre Charles Blé Gaudé, par la Cour pénale internationale (CPI) le 15 janvier 2019, des manifestations ont éclaté dans les villes du nord de Côte d'Ivoire le 17 janvier pour condamner la décision de la CPI. Dans la ville de Korhogo, le trafic a été bloqué lors de la manifestation d'une centaine de personnes affirmant être victimes de la crise postélectorale de 2010-2011. Dans le même esprit, une centaine de personnes ont manifesté dans la ville de Bouaké, bloquant la circulation et brûlant des pneus sur le rond-point de la gare. Selon les médias, une manifestation s'est tenue la veille, le 16 janvier 2019, dans la banlieue de la ville d'Abobo.

Le procès devant la CPI de l'ancien président Gbagbo et de l'ancien ministre Blé Gaudé a débuté en 2016 et portait sur quatre chefs d'accusation de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. Au moins 3 000 personnes sont décédées et au moins 150 femmes ont été violées au cours des violences post-électorales qui se sont étalées sur six mois entre 2010 et 2011 et qui ont souvent été menées selon des critères ethniques, politiques et religieux. Comme indiqué précédemment sur le Monitor, plusieurs groupes de la société civile ont émis de sérieuses réserves sur l'annonce du président Ouattara, en août 2018, d'accorder l'amnistie à environ 800 personnes reconnues coupables ou accusées de crimes lors des violences post-électorales de 2010-2011.

Drissa Traoré de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) commente:

« Entre l'amnistie du président Ouattara et l'acquittement de Gbagbo et de Blé Goudé, l'impunité risque d'être totale pour les crimes de 2010-2011. Le gouvernement ivoirien et la communauté internationale s'apprêtent à laisser 3 000 victimes et leurs familles sans aucune perspective de justice. »

Série de grèves dans l'éducation et dans la santé

Le 10 décembre 2018 a débuté une grève de cinq jours à laquelle ont participé des enseignants du primaire et du préscolaire publics entraînant la fermeture de plusieurs écoles. Cette grève avait été organisée par sept syndicats unis au sein de la coalition Intersyndicale de l'enseignement préscolaire et primaire de Côte d'Ivoire (ISEPP-CI). Parmi leurs revendications figurent la suppression des cours le mercredi, l'organisation d'un concours d'entrée pour l'enseignement dans les classes de niveau C3, B3, A3 et A4, la promotion d'enseignants auxiliaires et d'autres enseignants, ainsi que l'augmentation de leurs indemnités logement. Auparavant, du 20 au 22 novembre 2018, une autre grève avait été organisée par la Coalition des syndicats du secteur de l’éducation-formation (COSEF) pour exiger, entre autres, la suppression des cours les mercredis et l'augmentation des indemnités logement pour les enseignants du préscolaire, du primaire et du secondaire. Le 22 janvier 2019, une nouvelle grève des enseignants des écoles secondaires publiques convoquée par le COSEF a été largement suivie à Abidjan et dans d'autres localités telles que Gagnoa, selon les médias.

Des professeurs de l'Université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan ont mis fin à leur grève le 17 octobre 2018 après plus d'un mois d'interruption de travail.

Le 10 novembre 2018, le personnel sanitaire (infirmiers, infirmiers auxiliaires, sages-femmes, techniciens et agents administratifs) a entamé une grève de cinq jours pour réclamer des augmentations de salaires et des primes ainsi que des améliorations de leur statut. Cette grève, convoquée par la Coordination des centrales du secteur de la santé de Côte d’Ivoire (Coordi-santé), une plate-forme de douze syndicats du secteur, a été suivie par les deux tiers des travailleurs de la santé et a touché neuf des dix centres de santé publics, selon un porte-parole de Coordi-santé.

Selon Koaci.com, le 3 décembre 2018, un groupe d’automobilistes et de syndicats ont manifesté à la commune d'Abobo, à Abidjan, à la suite d'une opération de contrôle des pièces de véhicules menée par des agents de police conduisant au blocage de plusieurs routes. Les agents de police auraient utilisé des gaz lacrymogènes.