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Défenseurs des droits de l’homme restent en détention : la société civile s’indigne

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Le 22 août 2018 les forces de sécurité ont arrêté l'activiste, jeune leader et porte-parole du mouvement social En aucun cas Folly Satchivi. Son arrestation s'est produite quand il se rendait dans les bureaux d'une ONG à Bè-Gakpoto, à Lomé, où il devait tenir une conférence de presse sur la détérioration du climat sociopolitique dans le pays. Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le général Yark Damehane, a déclaré que le mouvement n'avait aucune autorisation et que la conférence de presse était donc illégale. Le lendemain, il a été mis en examen pour « rébellion », « apologie de crimes et délits » et « trouble aggravés à l'ordre public ». Il est toujours en détention, le tribunal de première instance de Lomé ayant refusé sa libération sous caution le 30 août 2018.

Trois autres acteurs de la société civile arrêtés dans le cadre des manifestations en cours depuis août 2017 sont toujours en détention préventive. Messenth Kokodoko et Joseph Eza, tous deux membres du mouvement Nubueke, ont été arrêtés le 19 octobre 2017. Assiba Johnson, présidente de l'organisation Regroupement des jeunes africains pour la démocratie et le développement (REJADD), a été arrêtée le 4 avril 2018. L'Observatoire de la protection des défenseurs des droits de l'homme, le Collectif des associations contre l'impunité au Togo (CACIT) et la Ligue togolaise des droits de l'homme (LTDH) ont publié une déclaration conjointe :

« Au lendemain des grandes manifestations populaires qui ont agité le pays depuis août 2017 et qui ont été durement réprimées, le Togo continue de vivre dans un climat politique tendu où les défenseurs des droits de l'homme sont régulièrement victimes de menaces, d’intimidations, d’agressions et même de détention arbitraire. Le harcèlement des défenseurs des droits de l'homme est rendu possible par un cadre juridique pénal excessivement vague, qui permet de criminaliser l’exercice légitime de la liberté d’expression et de la liberté d’association. »

Le maintien en détention des défenseurs des droits de l'homme dans le pays a été critiqué par des acteurs nationaux et internationaux exigeant la libération inconditionnelle des personnes détenues. En septembre 2018, le président du parti d'opposition Les Démocrates, Nicodème Ayao Habia, a entamé une grève de la faim devant l'ambassade des États-Unis, puis devant l'ambassade du Ghana, pour exiger la libération de toutes les personnes détenues dans le cadre des manifestations de l'opposition, dont les quatre défenseurs des droits de l'homme mentionnés précédemment. Le 17 septembre 2018, les forces de sécurité ont tenté d'expulser Habia. Plusieurs acteurs de la société civile, notamment ceux appartenant au mouvement de la société civile Front citoyen Togo debout, ont rendu visite à Habia et auraient failli être attaqués au gaz lacrymogènes utilisés par les forces de sécurité, lesquelles auraient quitté les lieux après l'intervention devant l'ambassade du Ghana.

Du 24 au 28 septembre 2018, le mouvement de la société civile Front citoyen Togo debout a lancé la campagne Une bougie pour la liberté devant l'ambassade du Ghana afin d'encourager les citoyens à allumer une bougie pour les défenseurs de droits de l'homme en détention.

Réunion pacifique

Le 5 octobre 2018, le Front Citoyen Togo Debout (FCTD), soutenu par d'autres organisations de la société civile, a organisé une manifestation pacifique à Lomé pour exiger la libération de tous les prisonniers politiques. Cette manifestation était autorisée par les autorités mais elles ont modifié le parcours de la marche. Dans la matinée du 4 octobre 2018, neuf membres du FCTD ayant distribué des tracts et mobilisé des citoyens pour la manifestation ont été brièvement arrêtés par le Service de renseignements et d’investigations (SRI) et ont été conduits à la gendarmerie d'Agoè. Ils ont été mis en liberté vers 18 heures.

Aucun incident n'a été signalé pendant la manifestation.