Contexte
La réforme de la Constitution prolonge des mandats et instaure un Sénat
Le 15 novembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté, par 90 voix contre 19, une modification constitutionnelle qui prolonge la durée des mandats présidentiels, législatifs, municipaux et des conseils locaux de cinq à sept ans, à compter des élections d’avril 2026. Toutefois, la limite de deux mandats pour le président reste inchangée. Cette réforme crée également un nouveau Sénat composé de 25 à 30 membres désignés parmi d’anciennes personnalités du monde politique et des forces de défense et de sécurité. Il sera chargé de préserver l’unité nationale et d’examiner les lois adoptées par l’Assemblée. Le gouvernement a affirmé que cette réforme était essentielle pour renforcer la stabilité institutionnelle et garantir l’efficacité des politiques publiques à long terme. La révision introduit également une disposition anti-défection qui précise que tout élu qui change de parti politique perdra automatiquement son siège, afin de réduire l’instabilité politique et d’empêcher les changements fréquents de parti.
Les exigences strictes du Code électoral de 2024 ferment les portes aux partis d’opposition
Bien que le président Patrice Talon ait décidé de ne pas se présenter à nouveau, respectant ainsi la limite constitutionnelle de deux mandats pour les présidents, la Cour constitutionnelle n’a autorisé que deux candidats à concourir à l’élection présidentielle : Romuald Wadagni, actuel ministre des Finances et successeur du président Patrice Talon, sous la bannière de la coalition de la majorité présidentielle ; et Paul Hounkpè, sous les couleurs du parti Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), qui s’est positionné en tant qu’opposant « modéré ».
L’espace démocratique et les conditions pour la participation de l’opposition politique aux élections se sont considérablement réduits durant le mandat de Patrice Talon en raison du Code électoral de 2024, qui augmente les seuils pour que les partis obtiennent une représentation à l’Assemblée nationale, ainsi que les pourcentages de parrainages pour les candidats à la présidence ou à la vice-présidence, entre autres exigences strictes. Certaines de ces conditions ont été inscrites dans le Code électoral de 2019, puis durcies en 2024.
Ces exigences ont empêché l’opposition d’obtenir des sièges à l’Assemblée nationale lors des élections législatives et municipales du 11 janvier 2026.
Les OSC s’inquiètent du respect des droits de l’homme à l’approche des élections présidentielles, législatives et municipales de 2026
Le 8 janvier 2026, Amnesty International Bénin et treize OSC ont publié un manifeste dans lequel elles ont détaillé les priorités en matière de droits humains à l’approche des élections législatives et communales du 11 janvier 2026 et de l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Elles y ont évoqué l’érosion incessante de l’espace civique, marquée par des attaques contre les médias indépendants, des arrestations arbitraires de dissidents et des restrictions aux rassemblements pacifiques.
L’espace civique rétrécit toujours plus au Bénin, avec une vague d’attaques contre les médias indépendants et des personnes toujours arrêtées et détenues arbitrairement pour leurs opinions divergentes. Malgré des progrès, les femmes et les groupes marginalisés subissent des discriminations, et des expulsions forcées mettent en péril les droits humains de milliers de personnes. Le droit à un procès équitable et l’accès à la justice font partie des questions que les nouvelles autorités doivent traiter de toute urgence.
- Dieudonné Dagbéto, directeur exécutif d’Amnesty International Bénin
La surpopulation carcérale, la protection insuffisante des réfugiés fuyant le conflit du Sahel central et les restrictions des droits fondamentaux sont autant d’autres sujets de préoccupation. Les OSC demandent aux candidats aux élections de s’engager à réviser des lois restrictives, telles que le Code numérique, qui criminalise la « publication de fausses informations » et le « harcèlement par le biais de communications électroniques », à enquêter sur les excès commis par les forces de sécurité, à mettre fin aux détentions arbitraires, à améliorer l’accès à la justice et à favoriser l’égalité des sexes, entre autres.
Une vague d’arrestations balaie le pays au lendemain de la tentative de coup d’État
Le 7 décembre 2025, le Bénin a été le théâtre d’une tentative de coup d’État déjouée, qui a donné lieu à de nombreuses poursuites judiciaires et à des arrestations menées sous l’autorité de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Parmi les personnes arrêtées et poursuivies figurent des personnalités de l’opposition, comme Alassane Tigri, ancien ministre des Sports et vice-président du parti d’opposition Les Démocrates, ou encore Candide Azannai, président du parti Restaurer l’espoir. Des internautes et des journalistes ont également été poursuivis pour avoir commenté le putsch déjoué (voir Liberté d’expression). Ils sont notamment poursuivis pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État », « incitation à la rébellion », « harcèlement électronique », « atteinte à la vie privée » et « incitation à la haine et à la violence ».
Liberté d’expression
Un journaliste est condamné pour une publication sur les réseaux sociaux concernant la tentative de putsch du 7 décembre 2025
Le 24 mars 2026 à Cotonou, la CRIET a condamné le journaliste du quotidien privé La Tribune de la capitale, Pascal Mitowadé, à cinq ans de prison et à une amende de 10 millions de francs CFA (environ 17 200 USD). Il a été reconnu coupable d’« apologie de crime contre la sûreté de l’État, d’incitation à la haine via internet et d’incitation à la rébellion ». Dans un texte publié sur les réseaux sociaux, il avait annoncé la prise du pouvoir par les putschistes, ce que la Cour a interprété comme un soutien au coup. Mitowadé a contesté toute intention d’encourager le coup d’État, affirmant avoir communiqué ces informations sous la pression de menaces et par crainte pour sa sécurité personnelle. Cette condamnation s’inscrit dans le cadre des enquêtes et des poursuites engagées à l’encontre des personnes soupçonnées d’avoir participé à la tentative de coup d’État militaire du 7 décembre 2025.
Le militant de l’opposition Julien Kandé Kansou est confronté à une peine d’emprisonnement et à une lourde amende
Dans une autre affaire sans lien avec la tentative de coup d'État, le 17 mars 2026, le procureur général de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a condamné Julien Kandé Kansou, un jeune militant politique membre du parti d’opposition Les Démocrates, à deux ans de prison et à une amende de dix millions de francs CFA (environ 17 000 USD). Il était poursuivi pour harcèlement par voie électronique et incitation à la rébellion, deux chefs d’accusation liés à ses critiques publiques du projet de taxation des connexions Internet du gouvernement. Au cours du procès, il a plaidé non coupable et ses avocats ont fait valoir que ses critiques s’inscrivaient dans le cadre d’un débat démocratique légitime, protégé par les lois sur l’opposition politique. Comme nous l’avons signalé, le 6 juin 2025, à Cotonou, des membres de l’ancien Office central de répression de la cybercriminalité (OCRC) ont arrêté Kansou pour avoir pronostiqué une « révolution électorale » et pour avoir critiqué les monopoles du secteur économique, des propos jugés problématiques par les autorités béninoises. Kansou a comparu devant le procureur spécial de la CRIET le 12 juin 2025 et a été immédiatement placé en détention provisoire. Il a été accusé de « publication de fausses nouvelles et de harcèlement par voie électronique », des infractions réprimées par le Code numérique.
La prolongation de la détention provisoire de Huguès Comlan Sosoukpé suscite des inquiétudes quant au respect des garanties procédurales ; son avocat est également détenu
De plus, dans un autre cas distinct, le 12 janvier 2026, la CRIET a prolongé de six mois la détention provisoire du journaliste et lanceur d’alerte Huguès Comlan Sosoukpé, connu pour ses critiques envers Patrice Talon, en violation des garanties procédurales, notamment des lois nationales régissant la durée de la détention provisoire. Journaliste et directeur du média Olofofo, ainsi que secrétaire général de l’Association béninoise des webactivistes (ABWA), il a été arrêté le 11 juillet 2025 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il s’était exilé, puis livré aux autorités béninoises. Entre autres charges, il est accusé de « harcèlement par voie électronique » en vertu du code numérique, d’« incitation à la rébellion » et d’« apologie du terrorisme ». Son avocat, Dossou Stanic Adjacotan, a été arrêté en janvier 2026 à son arrivée à l’aéroport de Cotonou, puis traduit devant la CRIET pour « apologie d’un coup d’État ». Il a ensuite été libéré dans l’attente d’une enquête.
Une journaliste et influenceuse est interpellée et auditionnée pour ses commentaires concernant la tentative de coup d’État
Le 16 décembre 2025, à Cotonou, les forces de sécurité ont arrêté Angela Kpeidja, journaliste et influenceuse, pour des commentaires qu’elle avait publiés sur Facebook au sujet de la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025. « Où est le chef de l’état-major ? Où est celui qui vend habituellement la mèche des coups d’État ? », avait-elle écrit. Les autorités ont considéré que ces propos pouvaient être assimilés à un soutien au putsch ou porter atteinte à la sécurité de l’État. Des médias locaux ont indiqué que Kpeidja avait été interrogée par le personnel de sécurité afin de clarifier l’intention et les implications de sa publication. Elle a été libérée le 18 décembre, mais est restée sous contrôle judiciaire dans l’attente d’un complément d’enquête et d’un procès.
Une influenceuse TikTok est détenue pour ses propos au lendemain du coup d’État
Le 11 décembre 2025, à Cotonou, la Police républicaine a arrêté Florence Kingbo, une influenceuse TikTok de 21 ans, à la suite d’une vidéo publiée le 9 décembre et largement diffusée, dans laquelle elle défiait ouvertement le président Patrice Talon, niait l’échec de la récente tentative de coup d’État, insultait la première dame et accusait la famille présidentielle de corruption. Ses propos provocateurs sont intervenus dans un contexte marqué par la tension qui s’est installée dans le pays à la suite de la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025. Le 3 février 2026, elle a comparu devant la CRIET pour harcèlement par le biais d’un système électronique, atteinte à la vie privée, incitation à la haine et à la violence et incitation à la rébellion. Le parquet a rejeté sa demande de mise en liberté provisoire, elle reste donc en détention jusqu’à son procès, renvoyé au 24 mars 2026.
130 journalistes se voient retirer leur carte de presse et huit radiodiffuseurs sont suspendus à la suite d’un audit
Le 13 novembre 2025, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) a retiré la carte de presse de 130 journalistes (123 de la presse écrite et sept de la radio) et a suspendu huit radiodiffuseurs. Le régulateur a affirmé que ces décisions s’inscrivaient dans le cadre d’un exercice de « nettoyage », à la suite d’un audit ayant révélé que les journalistes n’avaient pas rempli les conditions nécessaires pour justifier leur statut. Entre autres, ils n’avaient pas démontré que le journalisme constituait leur principale source de revenus, qu’ils possédaient les diplômes requis ou qu’ils avaient une activité journalistique récente. Les radiodiffuseurs ont quant à eux été sanctionnés pour leur inactivité prolongée et pour avoir violé leurs obligations envers l’autorité de régulation. Les huit radiodiffuseurs concernés sont Radio Mifon FM, Couffo FM, Aïfa FM, Urban FM et Nostalgie FM (qui ont perdu leurs fréquences), ainsi que Canal 2 Star, Imalè Africa Television et Tunde Agric TV (qui se sont vu retirer leur licence). La Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) a exprimé de profondes inquiétudes quant à l’ampleur et au caractère soudain des sanctions. Elle estime que l’opération de « nettoyage » aurait dû s’accompagner d’un dialogue transparent, de mesures de soutien et de procédures claires permettant aux journalistes et aux médias de régulariser leur situation.