Contexte
La RDC aux prises avec des violences et des violations des droits de l’homme incessantes
La situation des droits humains en République démocratique du Congo (RDC) reste dramatique, en particulier dans les régions orientales. En septembre 2025, lors de la 60ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exprimé sa vive inquiétude face à l’aggravation de la crise dans l’est de la RDC. Il a mis en avant les violations généralisées des droits humains, notamment les arrestations arbitraires, les menaces à l’encontre des militants et les violences intercommunautaires, et a souligné la nécessité d’établir les responsabilités et de faire respecter le droit international.
Peu d’endroits au monde sont confrontés à une crise aussi grave et urgente que celle que traverse la République démocratique du Congo.
- Volker Türk, haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme
De plus, malgré le cessez-le-feu conclu à Washington et à Doha en juin et juillet 2025, la situation des droits humains en RDC continue de se détériorer en raison de la reprise des affrontements entre les forces gouvernementales et les groupes armés, dont le Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, dans l’est du pays. Des rapports font état de centaines d’exécutions sommaires perpétrées en juillet 2025 par le groupe rebelle M23 et par les groupes armés Wazalendo, soutenus par la RDC, ainsi que de viols, de tortures et d’autres violations graves des droits humains. À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, les tensions se sont aggravées entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la faction armée Wazalendo. Elles ont donné lieu à des journées « ville morte », à des violences et à des victimes civiles.
Du 9 au 16 août 2025, les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF, par ses sigles en anglais), inféodés à l’État islamique, ont tué au moins 52 civils lors d’attaques perpétrées dans plusieurs localités du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. En juillet 2025, elles ont attaqué une église catholique à Komanda, dans la province d’Ituri, dans le nord-est du pays. Plus de 40 personnes ont perdu la vie, dont 19 femmes, 15 hommes et 9 enfants, principalement des fidèles chrétiens, preuve que les problèmes de sécurité persistent dans la région, malgré les initiatives militaires destinées à contrer les activités des insurgés.
Des dirigeants de partis politiques sont arrêtés de manière arbitraire
Les 18 et 21 octobre 2025, à Kinshasa, l’Agence nationale de renseignements (ANR) a arrêté et détenu brièvement Seth Kikuni, président du parti politique Piste pour l’alternance et l’émergence, et Théophile Mbemba, ancien chef de cabinet du président Joseph Kabila et président du parti Alliance pour l’alternance et le progrès. Tous deux ont été placés en garde à vue à leur retour de Nairobi, après avoir assisté à une réunion d’un parti d’opposition organisée par l’ancien président Joseph Kabila, les 14 et 15 octobre 2025. Kikuni a été appréhendé à son arrivée à l’aéroport international de Ndjili, à Kinshasa, tandis que Mbemba a été placé en garde à vue à son domicile. Lors de leur détention, des agents de l’ANR ont interrogé Kikuni et Mbemba au sujet de la réunion de Nairobi. Kikuni et Mbemba ont été libérés quelques heures après leur arrestation, sans qu’aucune accusation n’ait été retenue contre eux.
Les élites politiques congolaises sont rattrapées par la justice
Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire de Kinshasa a condamné à mort par contumace l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila. Elle l’a reconnu coupable de crimes de guerre, notamment de viols, d’assassinats, d’incitation, de trahison et de collaboration avec le groupe rebelle M23. En outre, la Cour a ordonné à Kabila de verser 33 milliards d’USD de réparations au Congo, dont 2 milliards pour le Nord-Kivu et 2 milliards pour le Sud-Kivu. Cette décision fait suite à la levée de l’immunité parlementaire de Kabila par le Sénat, le 22 mai 2025, ce qui a permis d’engager des poursuites judiciaires à son encontre pour crimes de guerre et complicité avec la rébellion de l’Alliance fleuve Congo (AFC-M23).
Le 2 septembre 2025, la Cour de cassation de Kinshasa a condamné Constant Mutamba, âgé de 37 ans et ancien ministre de la Justice, à trois ans de travaux forcés et à une interdiction d’exercer une fonction publique durant cinq ans pour avoir détourné 20 millions d’USD de fonds publics dans le cadre d’un marché public. L’arrêt est définitif et ne peut faire l’objet d’aucun appel.
Le 20 mai 2025, à Gombe, la Cour constitutionnelle a condamné l’ancien Premier ministre et sénateur en exercice Matata Ponyo à dix ans de prison avec travaux forcés pour avoir détourné des fonds publics destinés au parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo. Le tribunal a ordonné la confiscation d’actifs équivalents à la somme détournée, soit plus de 240 millions d’USD.
Plusieurs soldats des FARDC arrêtés
En juin-juillet 2025, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont arrêté et détenu plusieurs officiers supérieurs pour manquements graves à la discipline militaire. Leur porte-parole, le général Sylvain Ekenge, a déclaré que chacun d’entre eux était impliqué dans des actes contraires à la loi ou aux règlements militaires. Les officiers arrêtés sont soupçonnés d’entretenir des liens avec l’ancien président Joseph Kabila et d’être des complices des rebelles de l’AFC-M23. D’autres militaires associés à Kabila sont activement recherchés, et l’enlèvement du général Pierre Banywesize a suscité des inquiétudes concernant la cohésion nationale, car la plupart des officiers visés sont originaires de la région orientale. Jusqu’en octobre 2025, aucune procédure judiciaire n’avait été engagée à l’encontre des officiers détenus.
Neuf personnes sont condamnées à la peine de mort pour le meurtre d’un activiste politique
Célestin Kabasele Wampanga, militant historique du parti Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), est décédé le 6 juin 2025, à Kinshasa, des suites de blessures subies lors d’une agression à caractère politique liée à la rivalité interne entre les factions d’Augustin Kabuya et de Déo Bizibu (deux membres éminents de l’UDPS). Selon certaines informations, des partisans de Kabuya auraient enlevé Wampanga au milieu de la nuit, sur ordre de ce dernier, et l’auraient assassiné pour avoir dénoncé la gestion du parti par Kabuya et pour avoir soutenu son rival, Déo Bizibu. Les agresseurs ont fait usage de la force et d’armes blanches, blessant mortellement Wampanga, qui a succombé peu après l’attaque.
Le 10 juin, la Haute Cour de Kinshasa-Matete a condamné à mort neuf des onze accusés pour le meurtre de Célestin Kabasele Wampanga. Deux autres mis en examen — Laurent Alomba et Mutombo Boya — ont été acquittés faute de preuves. Les condamnés devront également verser 200 000 USD à la mère de la victime, à titre de réparation morale, ainsi que 100 000 USD de dommages à Paulin Tshilumba, un commerçant blessé lors de l’incident.
L’ancien ministre des Mines est enlevé
Le 22 mai 2025, des individus non identifiés ont enlevé Martin Kabwelulu, ancien ministre des Mines, et son épouse, lors d’une descente nocturne à leur domicile dans la capitale. Ils ont été détenus illégalement dans une cellule de la prison du Conseil national de cyberdéfense (CNC) à Kinshasa. L’arrestation de Kabwelulu serait liée à des enquêtes sur des transactions minières controversées et à des soupçons de détournement de fonds publics. Il a également été accusé d’entretenir des liens avec la rébellion de l’AFC-M23, qui cherche à déstabiliser l’est de la RDC. Sa femme a été remise en liberté quelques jours plus tard ; toutefois Kabwelulu est resté en détention jusqu’au 29 juillet 2025, date à laquelle il a été libéré.
L’ancien président de la Commission électorale est toujours porté disparu
En avril 2025, Justicia ASBL et La Voix des sans voix pour les droits de l’homme (VSV), ainsi que d’autres organisations de la société civile, ont exprimé leurs inquiétudes concernant le lieu et les conditions de détention de Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le 18 décembre 2024, les forces de sécurité zambiennes ont arrêté Daniel Ngoy de manière arbitraire à Lusaka, en Zambie, en collaboration avec les forces de sécurité congolaises. Il aurait ensuite été transféré en RDC, puis détenu illégalement dans une cellule d’une prison secrète des services de renseignements militaires à Kinshasa. Selon le média congolais Actualite.cd, il serait décédé le 23 mars 2025.
Liberté d’association
Un militant de la LUCHA est acquitté en appel
Le 1ᵉʳ octobre 2025, à Kisangani, dans la province de Tshopo, des agents de la Police nationale congolaise (PNC) ont arrêté et détenu Jedidia Mabela, défenseur des droits humains et membre du mouvement citoyen Lutte pour le changement (LUCHA). Cette arrestation est intervenue le lendemain d’un sit-in pacifique organisé devant le siège de l’assemblée provinciale, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire de septembre. Lors du rassemblement, Mabela avait lu un mémorandum critiquant la gestion du gouvernement provincial. Il avait accusé le gouverneur de la province de la Tshopo, Paulin Lendongolia, d’avoir dilapidé des fonds publics. Le 2 octobre, lors d’un procès public, le tribunal de paix de Kisangani a condamné Mabela à six mois de prison pour « propagation de faux bruits » et à une amende de 1 500 000 francs congolais (environ 639 USD). Le 27 octobre, lors d’une procédure en appel, le tribunal de grande instance de Kisangani a annulé la peine de six mois de prison prononcée par le tribunal de première instance.
Les partis politiques sont menacés de suspension et de dissolution
Le 19 avril 2025, le vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a suspendu le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et ses activités sur l’ensemble du territoire. Dans un communiqué, le ministre a justifié cette décision par « l’attitude ambiguë » de Kabila et son « choix délibéré de rentrer au pays par la ville de Goma ». Le 24 avril 2025, le ministre de l’Intérieur a sollicité la dissolution du PPRD et de trois autres partis politiques auprès de la Cour constitutionnelle. Il a accusé Kabila et ces partis de collaborer avec le groupe rebelle M23.
Le 15 mai 2025, le gouvernement a suspendu les partis Union des patriotes congolais/Forces patriotiques pour la libération du Congo (UPC/FPLC) de Thomas Lubanga, Mouvement lumumbiste progressiste (MLP) de Franck Diongo, et Action pour la dignité du Congo et de son peuple (ADCP) de Corneille Nangaa.
Le 6 mai 2025, le PPRD a défié l’ordre de suspension en reprenant, de manière unilatérale, ses activités à l’échelle nationale. Pour justifier cette mesure, le porte-parole du parti a invoqué l’article 29 de la loi nᵒ 04/002, qui précise que ce type de suspension prend fin après un délai de 15 jours, à moins qu’une décision de justice n’ordonne sa prolongation.
Le 13 mai 2025, le ministre de l’Intérieur a relancé la procédure auprès de la Cour constitutionnelle afin d’obtenir la dissolution du PPRD, en réitérant les accusations de collusion entre ce parti et la coalition rebelle AFC/M23.
Liberté d’expression
La liberté de la presse se dégrade
Dans le dernier Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF), la RDC a subi un recul significatif, passant de la 123ᵉ à la 133ᵉ position. Ce recul s’explique par la dynamique actuelle en matière de paix et de sécurité dans l’est du pays, ainsi que par les fragilités économiques structurelles et l’indépendance des médias limitée.
Un journaliste est assassiné par des inconnus
Le 5 août 2025, à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, des individus non identifiés ont enlevé et tué Fiston Wilondja Mukamba, ancien salarié de la Centrale de monitoring des médias — un programme d’autorégulation de l’Union nationale de la presse congolaise (UNPC) — et journaliste à Radio Télévision Ngoma ya Kivu (RTNK). Son corps sans vie a été retrouvé près du marché de Nguba, dans la commune d’Ibanda. Les circonstances de sa mort restent inconnues. L’UNPC a demandé une enquête approfondie.
Un journaliste blessé et menacé de mort
Le 1ᵉʳ octobre 2025, à Uvira, dans la province du Sud-Kivu, deux hommes auraient blessé Chimusa, journaliste de Référence Congo FM, au moyen d’un couteau, alors qu’il montait à bord d’une moto-taxi, à la fin de sa journée de travail. Chimusa avait été menacé de mort à plusieurs reprises par des individus non identifiés en septembre de la même année. Ces menaces sont survenues à la suite des critiques émises au sujet du traitement médiatique des journées « ville morte » à Uvira, lors de débats radiophoniques animés par le journaliste les 4 et 5 septembre 2025. Les 7 et 12 septembre, Chimusa a reçu trois SMS l’accusant d’avoir incité à la haine contre le groupe ethnique auquel appartient le général Olivier Gasita, après sa nomination au poste de commandant adjoint de la 33ᵉ région militaire. Le 8 septembre 2025, alors que Chimusa rentrait chez lui après sa journée de travail, il a été attaqué par trois individus, dont deux armés de couteaux, qui lui ont volé son téléphone et son ordinateur portable.
Un journaliste est placé en détention provisoire, accusé d’espionnage
Le 27 septembre 2025, à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, des agents des services de renseignement militaire du gouvernement ont arrêté et détenu Aimé Paluku, journaliste à la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), un média appartenant à l’État. Il a fait l’objet d’accusations d’espionnage au profit du groupe rebelle M23. Les agents ont confisqué son téléphone et son ordinateur portable. Paluku est resté en détention les 28 et 29 septembre. Il a finalement été libéré le 1ᵉʳ octobre 2025 et ses effets personnels lui ont été restitués.
Un journaliste est arrêté et détenu, puis libéré sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui
Le 27 août 2025, à Kinshasa, des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) ont arrêté et détenu dans ses locaux le correspondant de Journaliste en danger, Tuver Wundi. Il a indiqué avoir été détenu et interrogé durant quatre jours dans les locaux de l’ANR, puis avoir été libéré sans charges le 30 août. Ses deux téléphones lui ont été rendus le 5 septembre 2025. On ignore toujours les motifs de son arrestation. Il convient de rappeler qu’en mars 2025, à Goma, les services de renseignement de l’AFC-M23 avaient arrêté et détenu Wundi, après la prise de la ville par les rebelles du M23.
Un média est suspendu et trois journalistes sont arrêtés
Le 29 juillet 2025, à Mwene-Ditu, dans la province de Lomami, le maire Gérard Tshibanda Kabue a suspendu Radio Nsenda Muana pour une durée indéterminée. Il lui a reproché d’inciter à la haine tribale et d’encourager l’incivisme fiscal. Cette suspension fait suite à une émission diffusée le 28 juillet, durant laquelle les auditeurs ont critiqué la gestion de Tshibanda. Le 31 juillet, des agents de police ont arrêté trois journalistes de la radio : le directeur des programmes, Ally Clovis Kaseba, et les reporters, Prince Lulamba et Albin Mukadi. Ils les ont emmenés dans la cellule de détention de la PNC. Le motif de ces arrestations demeure inconnu. Ils ont tous trois été maintenus en détention jusqu’au 4 août 2025, date à laquelle le gouverneur de la province de Lomami, Iron-Van Kalombo, avocat de profession, a ordonné leur mise en liberté. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication ainsi que l’Union nationale de la presse congolaise ont condamné cette suspension, qu’ils ont qualifiée d’illégale. Cette dernière a menacé d’imposer un « embargo » sur la couverture médiatique du travail du maire si la décision n’était pas annulée. Radio Nsenda Muana a finalement rouvert ses portes le 9 août, à la suite d’une décision du gouverneur de la province de Lomami.
Des journalistes sont agressés et détenus
Le 23 juillet 2025, à Kisangani, dans la province de la Tshopo, les journalistes de médias privés Steves Paluku, Paul Beyokobana et Sébastien Mulamba ont été victimes de violences de la part d’agents du ministère des Finances, dans les locaux de cette institution. Ils cherchaient à questionner le ministre des Finances, Patrick Valencio, sur sa participation présumée dans une série télévisée. Les agents leur ont donné des coups de poing et les ont frappés avec des bâtons. Beyokobana a été blessé à la main. Ils ont été arrêtés par des policiers armés, qui les ont emmenés dans un poste de police, puis dans les locaux du parquet de Kisangani, où ils ont passé la nuit. Paluku, Beyokobana et Mulamba ont été libérés le 24 juillet et ont reçu l’ordre de se présenter au bureau du procureur le 28 juillet.
Un journaliste menacé de mort pour avoir critiqué les activités de FONAREV
Le 2 juillet 2025 à Tshikapa, dans la province du Kasaï, le journaliste Sadam Kapanda, de Notre chaîne de radio et Identitenews, aurait présumément reçu des menaces de mort de la part de Myrhant Mulumba, coordinateur régional du Fonds national des réparations de victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes de crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), et de Peter Tshisuaka, ministre de l’Intérieur de la province du Kasaï, pour ses reportages critiques sur les activités du FONAREV. Il avait mis en lumière des accusations de fraude et de népotisme au sein de l’institution. Les menaces à son encontre se sont intensifiées : des individus non identifiés l’ont menacé par téléphone le 9 juillet, puis deux hommes armés ont tenté de s’introduire dans son domicile le 15 juillet. Aucune enquête policière n’a été ouverte, alors que les actes d’intimidation se sont poursuivis et que Kapanda a reçu de nouvelles menaces les 16 et 17 juillet.
Un journaliste est contraint de se cacher après plusieurs menaces de mort
Depuis juillet 2025, Pacifique Muliri, journaliste à l’Agence congolaise de presse (ACP) et contributeur indépendant pour Africa Mining Intelligence (un média français spécialisé dans l’industrie minière), est obligé de se cacher en raison de menaces de mort liées à ses enquêtes sur l’exploitation illégale de l’or dans la province du Sud-Kivu. Dans ses reportages, il avait dénoncé la collaboration entre des groupes rebelles et des représentants du gouvernement pour exploiter la mine de Lomera, située dans le territoire de Kabare, dans la province du Sud-Kivu.
Le 4 juillet 2025, les rebelles de l’AFC-M23 ont attaqué sa maison à Bukavu, et le 6 juillet, des individus non identifiés se sont introduits dans son domicile et ont volé ses outils de travail. Muliri se cache depuis ces incidents. Depuis qu’il est entré dans la clandestinité, en juillet, il a reçu des menaces de mort par téléphone et par SMS provenant de numéros inconnus, dont une le 19 septembre 2025. Muliri a révélé qu’au moins trois personnes ont été tuées dans d’obscures circonstances, dont Fiston Wilondja, un ancien journaliste devenu photographe qui avait participé à son enquête.
L’armée arrête un journaliste pour avoir diffusé une photo d’avions de combat
Le 26 juin 2025, à Kisangani, dans la province de la Tshopo, les autorités militaires ont arrêté le journaliste Serge Sindani pour avoir publié sur les réseaux sociaux une image sur laquelle apparaissaient des aéronefs militaires. Elles l’ont ensuite placé en détention dans une cellule des services de renseignement militaire. Sindani, directeur général de Kis24.info, avait diffusé une photo prise à l’aéroport international de Bangoka sur laquelle on pouvait voir des avions de combat Sukhoi, accompagnée d’une légende dans laquelle il décrivait la ville comme calme et sous contrôle. Il a été interrogé par le colonel Mwambi, qui l’a accusé d’avoir filmé des avions militaires sans autorisation, alors que la région était le théâtre d’un conflit. Les militaires l’ont interrogé sur les motivations de sa publication et ont confisqué ses téléphones. Sindani a été libéré le 27 juin.
Le CSAC interdit la diffusion d’informations concernant l’ancien président Kabila et son parti
Le 3 juin 2025, Christian Bosembe, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) — le régulateur des médias congolais —, a annoncé la suspension de la couverture médiatique de l’ancien président Joseph Kabila et de son parti politique, le PPRD, pour une durée de 90 jours. La directive publiée par le CSAC interdit également aux médias d’« accorder de l’espace » aux membres du PPRD ou à Kabila, « sous peine de sanctions sévères conformément aux dispositions de la loi ». L’institution justifie son action en arguant que Kabila et son parti apportent un soutien financier et idéologique à l’AFC-M23 et à la coalition rebelle dans l’est de la RDC. Bosembe a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un acte de censure, mais d’une mesure de précaution, justifiée par la nécessité d’éviter que la télévision ne devienne une tribune pour la subversion. Le Comité pour la protection des journalistes a exhorté les autorités congolaises à revenir sur cette décision et à cesser de menacer de poursuites judiciaires les médias qui traitent de questions d’intérêt public.
Une nouvelle législation sur la liberté de la presse se profile à l’horizon
Le 5 mai 2025, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse à Kinshasa, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, a annoncé que le projet de loi portant sur le statut des journalistes congolais était sur le point d’être finalisé. Ce nouveau cadre juridique, destiné à remplacer l’ordonnance-loi de 1981, prévoit notamment la mise en place de mécanismes clairs pour identifier les professionnels de l’information. Le projet de loi devrait être présenté au Conseil des ministres pour examen et adoption. Le ministre a également souligné que le projet de loi serait complété par d’autres textes législatifs. Il a mis en avant la reprise des travaux du comité de suivi des recommandations issues des états généraux de la communication et a réaffirmé la perspective de la dépénalisation des délits de presse.
Par ailleurs, le 12 septembre 2025, la Commission nationale des droits de l’homme de la RDC a accueilli la cérémonie de lancement du processus d’identification et d’enregistrement des défenseurs des droits humains dans le pays. L’objectif est de créer un environnement favorable qui permette aux défenseurs des droits humains congolais de s’acquitter efficacement de leurs obligations.
L’AFC-M23 enlève, puis libère des professionnels des médias
Le 25 mai 2025, à Goma, des combattants du groupe armé AFC-M23 ont enlevé Jérémie Wakahasha Bahati, directeur de Radiotélévision chrétienne porte étroite (RTCPE), et l’ont transféré dans une cellule située au sein de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu. L’AFC-M23 a accusé Bahati d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux des informations au sujet de l’assassinat d’un chauffeur de bus, attribué à des éléments de la coalition rebelle de l’AFC-M23, lors d’une attaque armée dans le quartier de Kyeshero, situé au sein de la localité de Mugunga, dans le territoire de Goma. Bahati a toutefois rejeté ces allégations. Il a été libéré le 11 juin 2025.
Le 24 février 2025, le directeur provincial de RTNC, Tuver Wundi, a été enlevé par des combattants du groupe armé AFC-M23 à Goma. Bien que les raisons exactes de l’enlèvement n’aient jamais été révélées, il s’est produit durant une période de tensions accrues, marquée par des menaces fréquentes à l’encontre des journalistes et des activistes en raison de leurs efforts pour mettre en lumière les violations des droits humains et les abus commis par les groupes armés. Il a été libéré le 7 mars 2025, à la suite de revendications de la société civile et des organisations de médias.
Un journaliste de la RTNC est détenu durant 72 heures et trois autres sont arrêtés et interrogés brièvement
Les 9 et 11 juin 2025 à Kinshasa, des agents de la PNC ont procédé à l’arrestation de quatre journalistes de la RTNC : le journaliste sportif Willy-Albert Kande, le sous-directeur Laurent Ngala, le chef du service des sports Marcelin Mwananteba et le monteur Don Kubutuka. Ils ont été accusés d’avoir participé à la production d’une émission sportive spéciale diffusée le 8 juin 2025, au cours de laquelle la question de l’état du stade des Martyrs avait été abordée. Lors de cette émission consacrée au match amical entre la RDC et Madagascar, Willy-Albert Kande avait dénoncé l’état de délabrement de l’infrastructure. Lui et Marcelin Mwananteba ont été arrêtés le 9 juin. Alors que ce dernier a été libéré le jour même après avoir été interrogé, Kande a été emmené dans une cellule de la Légion nationale d’intervention (LÉNI), puis transféré au Conseil national de sécurité, un service de renseignement rattaché à la présidence de la République. Laurent Ngala et Don Kubutuka ont été arrêtés le 11 juin, puis libérés le jour même après avoir été interrogés. Willy-Albert Kande a lui aussi été libéré le 11 juin, après avoir passé 72 heures en détention.
Un journaliste est arrêté, détenu et placé en liberté provisoire sous caution
Le 2 juillet 2025, à Kenge, dans le territoire éponyme situé dans la province du Kwango, la police a arrêté Paz Miluta, journaliste et directeur du magazine Kwango Presse, sur ordre du parquet. Il a ensuite été placé en garde à vue dans une cellule du parquet de grande instance de Kenge. D’après la section Kwango de l’UNPC, l’arrestation de Miluta serait liée à ses critiques concernant « les abus de pouvoir et les comportements immoraux d’un magistrat du parquet » de Kenge, notamment au sujet d’arrestations effectuées les jours fériés. Le 3 juillet, la section Kwango de l’UNPC a annoncé une grève des médias sans précédent, qui a débuté le jour même avec la suspension des émissions radiophoniques. Le 5 juillet 2025, l’arrestation de Miluta a suscité des manifestations à Kenge, organisées par le Conseil provincial de la jeunesse. Des milliers de jeunes et d’activistes de la société civile sont descendus dans la rue pour dénoncer une arrestation qu’ils ont qualifiée d’« humiliante et barbare ». Miluta a comparu pour sa première audience devant le tribunal de paix le 9 juillet. Aucun chef d’accusation n’a été retenu et aucune audience contradictoire n’a eu lieu. Son avocat a demandé sa mise en liberté provisoire dans l’attente de la suite de la procédure judiciaire. Le 10 juillet, le président du tribunal de paix de Kwango a émis une ordonnance de mise en liberté provisoire sous caution afin qu’il puisse quitter la prison centrale de Kenge, où il était détenu. Il a également interdit à Miluta de sortir du territoire de Kenge jusqu’à ce que l’affaire soit résolue.
Des journalistes sont enlevés et arrêtés, accusés de diffamation
Le 4 août 2025, dans le quartier de la Gombe, à Kinshasa, trois individus habillés en civil ont enlevé Glody Ndaya, membre du conseil d’administration de l’Association congolaise des femmes journalistes de la presse écrite (ACOFEPE) et directrice générale de la webradio Event.cd, alors qu’elle revenait d’une réunion de travail. Ils l’ont emmenée au poste de police provincial sans lui communiquer de motif officiel. Cette arrestation est intervenue à la suite d’une plainte déposée par le Dr Vincent Lokonga, un oncologue de renom, en réponse à un article publié par la webradio Event.cd, que Ndaya n’avait « ni écrit ni signé ». Dans cet écrit, le Dr Lokonga était accusé d’avoir réclamé des honoraires exorbitants pour des traitements censés être gratuits. Ndaya a passé sa première nuit en détention au commissariat provincial de la Police nationale à Kinshasa. Elle a ensuite été transférée au parquet de grande instance de Kinshasa/Gombe, puis à la prison centrale de Makala, le tout sans qu’aucune convocation ne lui ait été adressée au préalable. L’ACOFEPE a condamné cet enlèvement, qu’elle a qualifié d’atteinte « brutale et injustifiée » à la liberté de la presse et à la sécurité des femmes journalistes. L’association a également appelé à la libération immédiate et inconditionnelle de Ndaya. Elle a finalement été libérée sous caution le 7 août 2025.
Un journaliste est arrêté et détenu
Espérant Kasongo, journaliste de la chaîne Siloë TV, a été arrêté le 4 août 2025 et placé en détention dans la prison du parquet de Kalamu, à la suite d’une plainte pour injures publiques et diffamation déposée par le chanteur et prédicateur Mike Kalambayi. Cette arrestation s’est produite à la suite de déclarations faites sur la chaîne Six TV à propos de Mike Kalambay. Kasongo a rejeté les accusations et affirme qu’il n’y a pas eu de confrontation avec la partie plaignante. Il a été transféré à la prison de Makala, à Kinshasa, le 6 août.
Liberté de réunion pacifique
Des médecins manifestent à Tshopo après des attaques meurtrières visant le personnel de santé
Le 13 octobre 2025, à Kisangani, dans la province de la Tshopo, des membres du conseil provincial de l’Ordre des médecins (Coprom) ont organisé une grève de 48 heures pour protester contre l’assassinat de quatre travailleurs de la santé, dont deux médecins, survenu la semaine précédente dans la ville d’Isangi. Ce mouvement de grève fait suite à une série d’exactions commises contre des professionnels de la santé, notamment les cas de médecins lapidés et brûlés vifs à Ilambi et Yanfira le 6 octobre, accusés à tort de sorcellerie. Le Coprom n’a assuré que des services minimaux dans les hôpitaux et a exigé l’arrestation des responsables des meurtres, ainsi que la fin de la justice populaire et de la désinformation. La marche qui était prévue n’a pas été autorisée par les autorités locales. L’Agence belge de coopération internationale (Enabel) a suspendu ses activités dans certaines zones d’Isangi à la suite de l’assassinat des agents de santé.
Des manifestations finissent dans le sang à Uvira, à la suite de la nomination controversée d’un officier
Le 8 septembre 2025, les tensions se sont intensifiées à Uvira, dans le Sud-Kivu, lorsque des centaines de manifestants, y compris des miliciens Wazalendo et des membres de la société civile, ont manifesté contre la nomination du général Olivier Gasita au poste de commandant adjoint de la 33ᵉ région militaire. Gasita, qui serait un Congolais tutsi, est accusé d’avoir des liens avec le groupe armé AFC-M23 qui a contribué à la prise de Bukavu par le M23 en février 2025. La manifestation s’est soldée par cinq morts, dont un enfant de douze ans, et cinq blessés parmi les civils. Face à cette situation, Gasita a été rappelé à Kinshasa et une délégation gouvernementale a été envoyée à Uvira pour favoriser la réconciliation.
Les autorités arrêtent brutalement et détiennent trois militants de la LUCHA
Le 18 juillet 2025, à Kolwezi, dans la province du Lualaba, des agents de la PNC, agissant sur ordre du maire et avec le soutien présumé des autorités provinciales, ont arrêté trois membres de LUCHA : Léonard Zama, Patient Tshiteta et Tonton Mpoyi. Les militants ont été arrêtés lors d’une manifestation contre l’insécurité croissante dans la région, provoquée par les attaques perpétrées par des hommes armés contre des civils. Ils ont été accusés d’avoir organisé une manifestation pacifique sans l’autorisation d’une autorité compétente. Le 9 juillet, LUCHA avait adressé une lettre aux autorités pour les informer de la tenue de la manifestation. Zama, Tshiteta et Mpoyi ont été arrêtés avec une brutalité extrême, puis soumis à des traitements inhumains et à des actes de torture au parquet de Kolwezi. Ils ont ensuite été transférés à la prison centrale de Dilala le 21 juillet. Ils ont tous trois été remis en liberté le 24 juillet sur ordre du parquet.
Les employés de l’OCC protestent et exigent la démission du comité de gestion
Le 3 juin 2025, à Kinshasa, des employés de l’Office congolais de contrôle (OCC) ont manifesté pacifiquement devant le siège de l’organisme pour réclamer la démission du comité de gestion en place. Une grève avait été lancée à l’issue d’une assemblée générale, le 31 mai 2025, pour protester contre la mauvaise gestion présumée de l’organisme, notamment les retards de paiement des salaires, l’absence d’accès aux soins de santé et l’insuffisance des budgets de fonctionnement des antennes régionales. Abedi Mwanantemba, vice-président de la délégation syndicale nationale de l’OCC, a exprimé sa frustration face à la dégradation des conditions dont pâtit l’organisme depuis la prise de fonction du comité de gestion actuel. Des policiers ont bloqué l’entrée du bâtiment tandis que les manifestants scandaient des slogans et sifflaient, réclamant le départ du directeur général.
Le 4 juin 2025, une commission mixte syndicat-employeur de l’OCC a négocié avec les manifestants afin de trouver un protocole d’accord pour résoudre les griefs des employés mécontents.