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Le chef de la junte est élu président sur fond de disparitions forcées et de suspensions des partis d’opposition et des médias

DATE POSTED : 13.02.2026

mtcurado
Des passagers en partance pour les îles de Loos, au port de pêche artisanale de Boulbinet, à Conakry, Guinée.
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Contexte

La Guinée tient des élections présidentielles et adopte une nouvelle constitution au lendemain du coup de 2021

Le 28 décembre 2025, la Guinée a organisé sa première élection présidentielle depuis le coup d’État militaire du 5 septembre 2021, lors duquel le chef de la junte, le général Mamady Doumbouya, a évincé le président Alpha Condé. Le putsch s’est produit à la suite de la réélection controversée de Condé pour un troisième mandat, grâce à l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2020 qui lui a permis de contourner la limite de deux mandats pour les présidents. L’adoption de la nouvelle loi fondamentale a exacerbé les tensions politiques et les troubles qui ont précédé le coup d’État, et a suscité de vastes mouvements de protestation et d’actions militantes, que le gouvernement a sévèrement réprimés. À l’occasion des élections présidentielles de décembre 2025, environ 6,77 millions de Guinéens, soit 45 % de la population, s’étaient inscrits sur les listes électorales. Doumbouya a remporté le scrutin avec 86,7 % des voix, dans un contexte marqué par des dénonciations d’irrégularités émanant de l’opposition, des restrictions d’accès aux réseaux sociaux et l’exclusion de figures de proue de l’opposition. Le rejet des candidatures de leaders de l’opposition, dont celles des anciens premiers ministres Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, a conduit leurs partis à boycotter l’élection sur fond de craintes concernant la transparence et l’équité du scrutin. De plus, les principaux partis d’opposition ont été suspendus et leurs chefs de file ont été soit détenus, soit interdits de se présenter à l’élection, soit contraints à l’exil, comme dans le cas de Diallo, de l’Union des forces démocratiques de Guinée.

Trois grands partis politiques ont été suspendus à la veille du référendum constitutionnel du 21 septembre 2025, qui a précédé l’élection présidentielle. Lors de ce scrutin, les électeurs ont approuvé une nouvelle Constitution qui lève l’interdiction faite aux membres de la junte au pouvoir de se présenter aux élections — mesure initialement prévue par la Charte de la transition — et les autorise, de fait, à concourir aux scrutins. La nouvelle Constitution porte la durée de la présidence de cinq à sept ans et autorise une reconduction unique, permettant ainsi à M. Doumbouya de briguer un second septennat. Elle impose également aux candidats à la présidence l’obligation de résider dans le pays, ce qui, dans les faits, exclut du processus électoral les membres de l’opposition vivant en exil. Ce vote clôt ainsi un processus de transition de quatre ans, entamé après le coup d’État militaire de 2021.

Le haut-commissaire des Nations Unies exhorte la Guinée à agir face aux détentions arbitraires et à enquêter sur les disparitions forcées

Dans un communiqué publié le 25 septembre 2025, le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté les autorités de la transition guinéennes à libérer les personnes détenues arbitrairement ou disparues de force. Parmi elles figurent au moins dix personnes portées disparues depuis leur arrestation, notamment l’activiste Oumar Sylla (Foniké Mengué) et le journaliste Mamadou Billo Bah, dont nous avons signalé la disparition. Le haut-commissaire a souligné la nécessité de mener des enquêtes indépendantes sur ces affaires. Il a en outre appelé à l’annulation de la grâce présidentielle accordée à l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara — condamné pour sa responsabilité dans le massacre du stade de Conakry le 28 septembre 2009 —, au motif que le droit international proscrit cette mesure de clémence pour des crimes de cette gravité. Camara avait été condamné en juillet 2024 à vingt ans de réclusion criminelle pour crimes contre l’humanité. À titre de rappel, le 28 septembre 2009, des dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées au stade de Conakry pour contester la candidature de Moussa Dadis Camara, alors chef de la junte militaire, à l’élection présidentielle. Les forces de sécurité ont tué plus de cent cinquante manifestants pacifiques et violé plus d’une centaine de femmes. Afin de dissimuler ces exactions, elles ont verrouillé les entrées du stade et des morgues, avant de soustraire les corps pour les inhumer dans des fosses communes.

Un nouveau rapport sur les droits fondamentaux sous la junte militaire

En décembre 2025, l’organisation indépendante de la société civile Tournons la page Guinée (TLP-Guinée) a publié un rapport exhaustif qui dresse un bilan critique de l’état des droits fondamentaux et de l’espace civique sous le régime militaire guinéen dirigé par le général Mamadi Doumbouya. Le document révèle l’existence d’une contradiction flagrante entre d’une part les promesses initiales du gouvernement concernant la liberté d’expression et de la presse, et le respect des droits de l’homme, et d’autre part ses agissements réels, preuve que ces engagements n’ont pas été tenus. L’espace civique guinéen a connu une fermeture progressive marquée par des violations graves et répétées des droits de l’homme, notamment des enlèvements arbitraires suivis de disparitions forcées, des arrestations arbitraires, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et des traitements inhumains et dégradants, ainsi que des détentions injustifiées d’opposants politiques et de militants prodémocratie. Ces violations systématiques témoignent d’une volonté manifeste de réduire au silence toute voix critique à l’égard de la gouvernance du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), compromettant ainsi l’ancrage démocratique et la stabilité politique du pays. TLP-Guinée souligne que ces violations graves et massives des droits humains et des libertés fondamentales nécessitent que la communauté internationale des défenseurs des droits humains et de la démocratie reste vigilante et mobilisée, afin d’inciter le gouvernement guinéen à prendre des mesures concrètes pour protéger les droits des citoyens et les droits démocratiques inaliénables des Guinéens.

Liberté d’expression

Un journaliste est arrêté pour avoir filmé les dégâts causés par une catastrophe naturelle

Le 24 août 2025, des gendarmes ont arrêté le journaliste Mamadou Boullère Diallo, correspondant pour le site LeGuideInfo.net affilié à Hadafo Media, alors qu’il faisait un reportage sur un glissement de terrain à Manéah, une commune rurale située à une cinquantaine de kilomètres de Conakry, la capitale de la Guinée. Alors qu’il filmait, les agents lui ont demandé d’interrompre le tournage, ont saisi son téléphone et sa caméra, et l’ont gardé en détention à la compagnie mobile numéro 23 de la Gendarmerie pendant près de 24 heures. Diallo a été libéré le lendemain sans charges, à la suite d’interventions de ses collègues et du Syndicat national des professionnels de la presse de Guinée (SPPG). Ce dernier, ainsi que la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), ont dénoncé cette arrestation et ont exhorté les autorités à mener une enquête sur cette affaire, à restituer le matériel du journaliste et à respecter la liberté de la presse.

La famille du journaliste Mamoudou Babila Keita est victime d’attaques

Le 29 septembre 2025, deux hommes non identifiés ont enlevé Adama Keïta, âgé de 75 ans et père du journaliste d’investigation de renom Mamoudou Babila Keïta. Ce dernier soupçonne que l’enlèvement de son père est en lien avec ses enquêtes et ses critiques sur la gestion de la junte militaire. Il a également signalé que son oncle avait été contraint de fuir son domicile après avoir reçu des menaces d’enlèvement trois jours de suite. Trois jours après l’enlèvement d’Adama Keïta, le procureur de Nzérékoré a ouvert une enquête afin d’identifier ses ravisseurs.

Le journaliste Djiba Millimouno est détenu à Conakry

Le 2 octobre 2025, à Kipé, à Conakry, des agents du Haut Commandement de la Gendarmerie nationale ont arrêté le journaliste Djiba Millimouno, sous le coup d’accusations d’injures publiques et de violences présumées. Son arrestation faisait suite à une dispute avec la blogueuse Maya la Solution au sujet de l’enlèvement du père du journaliste Mamoudou Babila Keïta. Millimouno est resté en détention jusqu’à sa comparution devant un tribunal le 6 octobre, lors d’une audience préliminaire, et n’a été libéré que le 8 octobre. Plusieurs de ses confrères, ainsi que des organisations de médias, ont appelé au respect de la liberté de la presse et de l’équité des procédures judiciaires.

Un journaliste est détenu puis remis en liberté

Le 1ᵉʳ octobre 2025, dans le quartier de Kipé, à Conakry, des agents de la brigade de recherche de la Gendarmerie ont arrêté le journaliste de Hadafo Médias Djiba Millimono. Cette arrestation s’est produite après une confrontation avec la blogueuse pro-junte M’mahawa Kaba, alias Maya la Solution, au sujet d’une vidéo dans laquelle elle évoquait l’enlèvement du père du journaliste en exil Mamoudou Babila Keïta. Millimono a été arrêté après une plainte de Kaba, qui l’a accusé de s’opposer à la junte. Millimono a été placé en détention à la Direction centrale des investigations judiciaires du Haut commandement de la Gendarmerie nationale et a été mis en examen pour « violences et injures publiques ». Le 6 octobre, il a été déféré devant le tribunal de la commune de Kaloum, qui s’est déclaré incompétent, et a ensuite été renvoyé en détention. Il a finalement été libéré le 8 octobre, à la suite d’une médiation entamée par ses avocats et le haut commandement de la Gendarmerie nationale.

Le régulateur suspend plusieurs médias à l’approche du référendum et des élections présidentielles

Le 22 décembre 2025 à Conakry, la Haute Autorité de la Communication (HAC), le régulateur des médias guinéens, a décidé la suspension de la chaîne de télévision panafricaine Africa 24, qu’elle accuse d’« exercice illégal de la profession » pour avoir réalisé des reportages sur la campagne électorale sans autorisation. Elle a également ordonné la suppression de la chaîne du bouquet de Canal+, ce qui empêchera les téléspectateurs guinéens d’y accéder. Africa 24 a condamné cette mesure, qu’elle a qualifiée d’abusive, et a affirmé qu’elle n’avait déployé aucune ressource sur le sol guinéen pour assurer la couverture journalistique des élections depuis le 14 décembre 2025, en raison de l’absence d’autorisation. Elle a également indiqué que ses émissions s’appuyaient principalement sur des vidéos fournies par les candidats et sur des images provenant d’agences de presse.

Le 6 septembre 2025, à Conakry, la HAC a suspendu le site d’information Guineematin.com et a interdit sa web TV. Elle accuse cette dernière de manque d’égalité, de neutralité et d’équilibre dans la couverture informative du référendum constitutionnel du 21 septembre, et d’exercer une « activité illégale et non conforme ». Des groupes de la société civile comme le Forum des forces sociales de Guinée (FFSG), qui s’était opposé au référendum, ont condamné cette suspension, qu’ils ont qualifiée de répressive, et ont exprimé des craintes quant à la transparence du processus référendaire et à l’état de la liberté d’information en Guinée. Le 10 décembre 2025, à l’issue d’une réunion extraordinaire, la HAC a levé la suspension de Guineematin.com et de sa web TV.

Le 1ᵉʳ septembre 2025, à Conakry, la HAC a suspendu le site d’information Guinee360.com jusqu’au 1ᵉʳ décembre 2025. Le régulateur a affirmé que le site web avait dérogé aux normes professionnelles et l’a accusé de « manipulation de l’information » lors de sa couverture journalistique de la campagne référendaire. Le 8 septembre, la HAC a levé la suspension et autorisé Guinee360.com à reprendre ses activités, à condition que le média respecte strictement les règles professionnelles. Cette décision fait suite à un recours déposé le 2 septembre par le directeur général de Guinee360.com, Abdrahmane Diallo, dans lequel le média s’était engagé à « veiller avec plus d’attention encore au traitement équilibré, objectif et professionnel de l’information ».

Comme nous l’avons signalé, plusieurs médias, dont West Africa TV, avaient déjà été suspendus par la junte militaire.

Liberté de réunion pacifique

Les autorités répriment l’opposition et interdisent les manifestations à l’approche du référendum constitutionnel

Le 5 septembre 2025, les forces de sécurité ont perturbé une manifestation pacifique organisée par les Forces vives de Guinée (FVG), une coalition de groupes d’opposition et de la société civile hostile au référendum constitutionnel du 21 septembre. Selon FVG, le but de la consultation populaire était de permettre au chef de la junte, le général Mamady Doumbouya, de se présenter aux élections présidentielles du 28 décembre 2025, ce que la Charte de la transition interdisait. Les forces de sécurité ont procédé à des tirs de sommation pour disperser les jeunes manifestants qui tentaient de bloquer des routes en brûlant des pneus dans plusieurs quartiers. Afin d’empêcher les manifestations, elles auraient arrêté, le 3 septembre, un membre du comité d’organisation de la manifestation appartenant à la FVG. À cela s’ajoute l’enlèvement présumé, dans la nuit du 4 septembre, de quatre militants locaux des FVG à leur domicile. Des dirigeants de l’opposition, dont le porte-parole de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Souleymane Konaté, sont entrés dans la clandestinité par crainte de nouvelles arrestations. Les enlèvements et les disparitions forcées de membres de la coalition FVG se seraient poursuivis. Le 20 janvier 2026, la FVG a publié une déclaration dans laquelle elle a accusé les autorités d’avoir enlevé Néné Oussou Diallo et Sékou Camara, deux de ses membres.

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Country
Guinea
Country rating
Repressed
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Tags
attack on journalist,  censorship,  enforced disappearance,  excessive force,  journalist detained,  prevention of protest,  protest,  protest disruption,  violent protest,  youth, 
Date Posted

13.02.2026

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