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La police réprime les manifestations étudiantes avec violence ; plusieurs journalistes arrêtés et poursuivis ; le Conseil des ministres adopte une loi draconienne anti-LGBTQI+

DATE POSTED : 27.03.2026

SEYLLOU / AFP
Un cordon d’agents antiémeute lors de la dispersion d’une manifestation contre l’homosexualité à Dakar, le 22 janvier 2015.
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Liberté d’association

Le Conseil des ministres adopte une loi anti-LGBTQI+ draconienne

Le 18 février 2026, lors d’un Conseil des ministres, le gouvernement sénégalais a approuvé un projet de loi visant à renforcer la législation contre les relations entre personnes de même sexe. Cette initiative de l’exécutif prolonge les peines d’emprisonnement, impose des sanctions financières importantes et étend ces dernières aux organisations qui promeuvent les relations homosexuelles. Elle alourdit considérablement les peines pour les « actes contre nature », qui passent d’un à cinq ans d’emprisonnement à cinq à dix ans, assorties d’amendes pouvant atteindre dix millions de francs CFA. Elle prévoit également des peines de trois à sept ans pour « apologie » des relations homosexuelles et de deux à trois ans pour les accusations sans fondement. Le 24 février 2026, le premier ministre, Ousmane Sonko, a annoncé avoir déposé le projet de loi au Parlement. L’adoption de ce projet de loi intervient peu après l’arrestation de douze hommes, dont deux célébrités, du 4 au 6 février 2026, près de Dakar. Parmi eux figurent le musicien Djiby Dramé et l’animateur de radio et de télévision Pape Cheikh Diallo, âgé de 42 ans et célèbre pour son émission « Face à Pape Cheikh » sur TFM. À la suite d’une enquête menée par la cellule Keur Massar, dans la banlieue de Dakar, les douze hommes ont été accusés d’« association de malfaiteurs, d’actes contre nature/homosexualité, de transmission volontaire du VIH/SIDA par des rapports sexuels non protégés et de mise en danger de la vie d’autrui », en vertu de l’article 319.3 du code pénal, qui proscrit les relations entre personnes de même sexe. Ils ont été placés en détention provisoire, dans l’attente de l’enquête et du procès.

D’après les défenseurs des droits humains, l’instauration de ce nouveau cadre juridique pourrait donner lieu à une « traque » orchestrée par l’État à l’encontre des personnes LGBT. Les organisations de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch, ont dénoncé le projet de loi et exhorté le Sénégal à protéger les droits des personnes LGBT, conformément à ses obligations internationales en matière de droits humains.

La Cour Suprême annule les arrêtés du ministère de la Communication à la suite d’une requête du CDEPS

Le 11 décembre 2025, la Cour suprême du Sénégal a annulé les arrêtés nᵒ 017412 du 29 juillet 2024 et nᵒ 024462 du 1ᵉʳ octobre 2024, pris par le ministère de la Communication, qui avaient mis en place une plateforme numérique pour l’inscription et l’identification obligatoires des entreprises de médias, ainsi qu’une commission de régulation. Selon la haute juridiction, le ministre de la Communication a outrepassé ses compétences et ces mesures étaient dépourvues de base légale au regard du Code de la presse. Elle a par conséquent invalidé la mise en place de la plateforme d’inscription, de la commission de régulation et des sanctions correspondantes à l’encontre des organes de presse. Cette décision fait suite à une requête déposée par le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), un organe de coordination représentant les organisations de médias privés.

Liberté d’expression

Le journaliste Abdou Nguer est arrêté pour diffusion de fausses nouvelles

Le 18 février 2026, à Dakar, la police a arrêté le chroniqueur Abdou Nguer pour avoir contesté la déclaration du procureur Ousmane Ndoye, prononcée lors d’une conférence de presse, concernant la cause du décès d’un étudiant lors d’une manifestation organisée le 9 février par les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) et de l’université Gaston-Berger (UGB). Nguer avait contesté le rejet par le parquet des résultats d’une autopsie indiquant que l’étudiant décédé avait été torturé après l’assaut du campus de l’université par la police, lors des manifestations étudiantes.

Le 19 février, Ndoye a reproché à Nguer de diffuser de fausses nouvelles et a ordonné qu’il soit jugé le lendemain. Le Comité pour la protection des journalistes a exhorté les autorités sénégalaises à libérer Nguer et à abandonner les charges dont il fait l’objet.

Il convient de rappeler qu’un tribunal de Dakar a acquitté Nguer et son coaccusé, Pape Amadou, le 12 novembre 2025, dans une autre affaire, après que le premier a passé sept mois en détention provisoire. Comme nous l’avons signalé, la section de recherches de la gendarmerie a arrêté et placé en garde à vue Nguer le 14 avril 2025, à la suite d’accusations de diffusion de fausses nouvelles portées contre lui, en lien avec une publication sur TikTok jugée offensante par les autorités. Le tribunal de Dakar l’a acquitté des charges de diffusion de fausses nouvelles et d’apologie d’actes répréhensibles. Elle a cependant reconnu Nguer coupable d’offense au chef de l’État et l’a condamné à six mois de prison, dont trois mois ferme, ainsi qu’à une amende de 200 000 francs CFA (environ 342 USD). Il a toutefois bénéficié d’une libération immédiate, car il avait déjà purgé cette peine en détention provisoire. Quant à son coprévenu, il a été exonéré de toutes les charges, faute de preuves.

Le journaliste Modou Fall est détenu et poursuivi pour ses commentaires sur la répression policière des manifestations étudiantes

Le 11 février 2026, à Dakar, la police a arrêté Modou Fall, commentateur de la chaîne privée Sen TV, en raison des propos qu’il avait tenus la veille lors d’une émission diffusée sur la chaîne. Durant cette émission, il avait affirmé que des représentants du gouvernement avaient recruté des étudiants pour qu’ils accusent à tort des personnalités de l’opposition d’avoir orchestré des manifestations à la principale université de Dakar, lors d’un mouvement de protestation mené par des étudiants le 9 février. Il a comparu devant le tribunal des flagrants délits de Dakar le 16 février pour diffusion de fausses nouvelles. Le 23 février 2026, un tribunal de Dakar l’a condamné à une peine de six mois de prison, dont cinq avec sursis.

Un journaliste est détenu, poursuivi et remis en liberté

Le 6 février 2026, à Dakar, la Brigade de recherches de Faidherbe a arrêté le journaliste Falil Gadio de Senegal7, après la diffusion d’un micro-trottoir sur la chaîne YouTube du média dans lequel un interlocuteur, nommé Ousseynou Ndiaye, avait fait des déclarations considérées comme une incitation à la violence. Gadio a été arrêté à la suite d’une enquête sur les propos de Ndiaye, qui avait appelé les jeunes chômeurs à commettre des agressions. Gadio a été placé en garde à vue et poursuivi pour « complicité de provocation à la commission de crime et incitation à la violence, incitation à la violence et apologie du crime ». Le 9 février, un tribunal de Dakar l’a remis en liberté provisoire dans l’attente de son procès. En parallèle, Ndiaye, qui avait été arrêté et placé en détention provisoire le 6 février, sur ordre du parquet, n’a pas bénéficié d’une mise en liberté provisoire.

Les autorités arrêtent des journalistes et suspendent les émissions de 7TV et TFM à la suite d’interviews de Madiambal Diagne

Les 28 et 29 octobre 2025, à Dakar, les autorités ont arrêté les journalistes Maïmouna Ndour Faye, directrice générale de la chaîne privée 7TV, et Babacar Fall, rédacteur en chef de Radio Futurs Médias(RFM). Leur arrestation faisait suite à la diffusion d’interviews du magnat des médias Madiambal Diagne, qui fait l’objet de poursuites judiciaires au Sénégal pour fraude, détournement de fonds, blanchiment de capitaux, et est actuellement sous contrôle judiciaire en France. Faye a été arrêtée le 28 octobre, peu après la diffusion sur 7TV d’une interview accordée par Diagne, et Fall, le 29 octobre, à la suite d’une interview téléphonique en direct avec l’homme d’affaires. Tous deux ont été accusés d’atteinte à la sûreté de l’État et d’atteinte à l’autorité de la justice. Fall a été libéré le 29 octobre, tandis que Faye et trois autres journalistes, arrêtés lors de la descente de police dans les locaux de RFM, ont été relâchés sans charges le 30 octobre. À la suite de cet incident, les signaux de la TNT de Télé Futurs Médias (TFM), une chaîne de télévision liée à RFM, et de 7TV auraient été suspendus durant plusieurs jours sans qu’aucun motif n’ait été communiqué. Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) a rejeté toute implication dans la suspension de TFM et 7TV, et le 5 novembre 2025 il a ordonné la reprise immédiate de la diffusion des deux médias.

Liberté de réunion pacifique

La répression policière des manifestations étudiantes fait plusieurs blessés et un mort

Le 9 février 2026, une centaine d’étudiants ont été blessés et un étudiant en deuxième année d’odontologie, Abdoulaye Ba, âgé de vingt ans, est décédé dans des circonstances controversées, à la suite d’une intervention violente de la police lors de manifestations d’étudiants organisées par les associations amicales d’étudiants de l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) pour protester contre les retards dans le paiement de leurs arriérés de bourses d’études. Les syndicats étudiants accusent le gouvernement de vouloir interrompre définitivement le versement des bourses aux étudiants. La manifestation a engendré une confrontation violente entre la police, qui a tiré des gaz lacrymogènes, et les étudiants, qui ont lancé des pierres. Le 11 février, le conseil académique de l’UCAD a suspendu toutes les associations étudiantes de l’université pour une durée indéterminée, par mesure de précaution, afin de garantir la sécurité des personnes et la préservation des biens. Le parquet du tribunal de grande instance de Dakar a ouvert une enquête judiciaire sur les circonstances de la mort de Ba, tandis que les associations d’étudiants affirment qu’il est décédé à cause de la brutalité de la police. Le 20 février, une douzaine d’organisations regroupant des militants des droits humains et des représentants d’étudiants, rassemblés au siège d’Amnesty International Sénégal, ont formé un collectif pour réclamer justice pour la mort de Ba, ainsi que des réformes des méthodes d’intervention des forces de l’ordre.

En novembre et décembre 2025, les étudiants de l’UCAD et de l’université Gaston-Berger (UGB) avaient déjà protesté contre un retard de treize mois dans le versement des bourses. Des affrontements violents entre étudiants et agents de police avaient donné lieu à des jets de pierres, à la construction de barricades et à des tirs de gaz lacrymogènes le 2 décembre 2025. Les tensions avaient monté d’un cran lorsque le recteur de l’UCAD avait demandé l’intervention de la police et autorisé les forces de sécurité à pénétrer sur le campus. Les affrontements se sont soldés par dix arrestations et vingt-sept blessés, dont seize parmi les étudiants et onze au sein des forces de l’ordre. Pour désamorcer la crise et rétablir le calme sur les campus, le gouvernement avait annoncé, le 2 décembre 2025, le paiement des arriérés. 90 milliards de francs CFA (environ 154 millions de USD) seraient destinés aux étudiants au Sénégal et 8 milliards de francs CFA (environ 13 millions de USD) à ceux poursuivant leurs études à l’étranger.

Le FDR organise un grand rassemblement à Dakar

Le 31 octobre 2025, la coalition d’opposition Front pour la défense de la République et de la démocratie (FDR) a organisé un rassemblement public pacifique à Dakar qui a attiré une foule de plus d’un millier de participants. Les manifestants ont marché dans la capitale pour réclamer une amélioration du pouvoir d’achat des citoyens et pour revendiquer un espace démocratique qui garantisse la liberté d’expression. Les organisateurs ont expliqué que la mobilisation visait à « dénoncer la mauvaise gouvernance, l’injustice et la répression des opposants et des journalistes, ainsi qu’à réclamer la libération des prisonniers politiques ».

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Country
Senegal
Country rating
Obstructed
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Tags
attack on journalist,  censorship,  excessive force,  journalist detained,  killing of protestors,  LGBTI,  negative court ruling,  prevention of protest,  protest,  protest disruption,  restrictive law,  violent protest,  youth, 
Date Posted

27.03.2026

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