MISE À JOUR DE LA LISTE DE SURVEILLANCE DU CIVICUS MONITOR - 23 SEPTEMBRE 2021

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Dernière mise à jour: 23 septembre 2021 - La nouvelle liste de surveillance du CIVICUS Monitor met en évidence de sérieuses préoccupations concernant l'exercice des libertés civiques en Afghanistan, en Biélorussie, au Nicaragua et au Royaume-Uni. La liste de surveillance attire l'attention sur les pays où l'on observe un déclin sérieux et rapide du respect de l'espace civique, sur la base d'une évaluation des résultats des recherches du CIVICUS Monitor, de nos partenaires de recherche et de consultations avec des activistes sur le terrain.

Dans les semaines et les mois à venir, le CIVICUS Monitor suivra de près l'évolution de la situation dans chacun de ces pays dans le cadre des efforts déployés pour faire en sorte qu'une pression accrue soit exercée sur les gouvernements. CIVICUS appelle ces gouvernements à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre immédiatement fin aux mesures de répression en cours et s'assurer que les auteurs de ces actes soient tenus de rendre des comptes.

Des descriptions des violations de l'espace civique se produisant dans chaque pays sont fournies ci-dessous. Si vous avez des informations à partager sur l'espace civique dans l'un de ces pays, veuillez écrire à monitor@civicus.org.

 OUVERT
RÉTRÉCI 
OBSTRUÉ  RÉPRIMÉ
FERMÉ

Afghanistan

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

Le 15 août 2021, les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan après l'effondrement du gouvernement et le retrait des troupes américaines du pays. Si certains militants, journalistes et autres personnes qui risquaient d'être victimes de représailles de la part des talibans en raison de leur travail ont pu quitter le pays, d'autres se sont cachés. Depuis lors, on signale que des militants sont victimes d'intimidations systématiques dans tout le pays. Les talibans procèdent à des fouilles de maisons en maisons pour trouver des militants et des journalistes, en particulier des femmes, et les interrogent, ainsi que leur famille, en exigeant de voir leur travail. Cette situation a créé un véritable climat de peur.

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour organiser des manifestations anti-talibans, souvent menées par des femmes, et pour réclamer leurs droits. Les talibans ont répondu par une force excessive, des coups de feu et des passages à tabac pour disperser les foules, faisant des morts et des blessés parmi les manifestants pacifiques. Le 10 septembre 2021, les talibans ont annoncé l'interdiction de toutes les manifestations à Kaboul et dans les autres provinces d'Afghanistan qui n'ont pas obtenu d'autorisation préalable. Les journalistes ont été exposés à des risques accrus pour avoir couvert la situation sur le terrain. Certains d'entre eux ont été détenus arbitrairement, torturés ou maltraités en toute impunité.

Alors que la communauté internationale a lancé des appels à la protection des droits humains, les demandes urgentes de la société civile visant à mettre en place un mécanisme international de surveillance et de responsabilisation en réponse aux violations des droits n'ont pas encore été concrétisées.

Bélarus

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

La répression contre la société civile biélorusse, qui a été documentée par le Monitor après que des manifestations de masse ont éclaté avant et immédiatement après les élections présidentielles contestées d'août 2020, s'est poursuivie sans relâche jusqu'à ce jour. En juillet 2021, les attaques contre les défenseurs des droits humains et les journalistes indépendants se sont intensifiées. Les autorités ont organisé des raids et placé en détention des dizaines de personnes dans plusieurs villes du pays après les avoir accusées de soutenir les manifestations de masse de l'été 2020 ou de protéger des personnes impliquées dans ces manifestations. La police a également continué à arrêter des participants à des manifestations pacifiques et des citoyens ordinaires pour avoir utilisé des symboles blanc-rouge-blanc, y compris dans leurs résidences privées. En juin 2021, l'ancien candidat à la présidence lors des élections de 2020, Viktar Babaryka, a été condamné à 14 ans d'emprisonnement dans un pénitencier de haute sécurité. Le 29 juillet 2021, la liste des prisonniers politiques comptait 589 personnes.

En outre, au moins 40 ONG ont été dissoutes par les autorités en juillet 2021, dans la plupart des cas sans préavis, dans ce qu'Alexandre Loukachenko a appelé une « opération de ratissage » contre les « bandits et les agents étrangers ».

Ces attaques contre la société civile s'inscrivent dans le contexte des récentes modifications draconiennes apportées à la loi sur les médias de masse et à la loi sur les événements de masse, adoptées en mai 2021. Ces modifications interdisent effectivement toute critique à l'encontre du gouvernement, permettent aux autorités de priver les journalistes de leur accréditation sans décision de justice, interdisent toute forme de protestation publique contre les autorités, interdisent la couverture en temps réel des événements de masse et interdisent la collecte et l'utilisation de fonds pour payer des amendes pour la participation à des rassemblements de protestation, entre autres restrictions.

Nicaragua

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

Depuis la fin du mois de mai 2021, les autorités du Nicaragua ont mené une répression sans précédent contre la société civile et l'opposition. Des dizaines de dirigeants politiques et de défenseurs des droits humains ont été arrêtés et poursuivis en justice, le gouvernement cherchant à faire taire les critiques et les opposants avant les élections présidentielles de novembre. Dans de nombreux cas, ces arrestations s'apparentaient à des disparitions forcées, les personnes détenues étant détenues au secret pendant plusieurs semaines, sans que les autorités ne leur communiquent le moindre renseignement sur le lieu où elles se trouvent ou sur les charges retenues contre elles. Au moins 45 organisations de la société civile ont également vu leur statut juridique révoqué depuis juillet 2021. Parmi les organisations visées figurent des organisations humanitaires fournissant des services médicaux aux communautés vulnérables, des groupes féministes, des instituts de recherche, des coalitions de la société civile et des associations professionnelles.

Le gouvernement a utilisé un large éventail d'instruments juridiques répressifs pour criminaliser la société civile et poursuivre les défenseurs des droits, rendus possibles par les lois approuvées en 2020 sur les « agents étrangers », sur la cybercriminalité et sur les crimes contre la souveraineté. En outre, les autorités ont perquisitionné les bureaux des organes de presse indépendants La Prensa et Confidencial, interdit l’entrée aux correspondants de grands journaux internationaux et interrogé plusieurs journalistes dans le cadre d'une enquête sur les groupes de la société civile. Alors que ces derniers mois ont été marqués par une escalade de la répression de la part du gouvernement nicaraguayen, les conditions de l'espace civique dans le pays se sont systématiquement dégradées depuis que de vastes manifestations pour les droits sociaux en avril 2018 ont déclenché une crise sociopolitique durable.

Royaume-Uni

Evaluation de l'espace civique: Rétréci

L'espace civique est en déclin au Royaume-Uni, le droit à la liberté de réunion pacifique étant sans cesse menacé. Le projet de loi sur le maintien de l'ordre, la criminalité, les condamnations et les tribunaux (Policing, Crime, Sentencing and Courts Bill), qui propose de donner à la police davantage de pouvoirs pour réprimer les manifestations, suscite de vives inquiétudes. Il aura de graves répercussions sur les groupes minoritaires, notamment les communautés de gitans et de gens du voyage et les personnes de couleur. Ce projet de loi, qui vient d'être adopté en deuxième lecture par la Chambre des Lords (la chambre haute du Parlement), intervient alors que des restrictions répétées ont été imposées aux manifestations organisées par des groupes de lutte contre le racisme et de défense de l'environnement, qui ont été confrontées à une force disproportionnée et à des arrestations.

Plusieurs autres évolutions législatives, telles que les propositions de modification de la loi sur les droits de l'homme, le projet de loi sur les nouvelles élections et le projet de lo isur l'examen judiciaire et les tribunaux, menacent les droits fondamentaux et les freins et contrepoids démocratiques, qui visent à tenir le gouvernement responsable.

Ces dernières années, les défenseurs du climat au Royaume-Uni ont été pris pour cible à plusieurs reprises et publiquement vilipendés comme « extrémistes » par le gouvernement conservateur. Lors d'actions récentes, organisées avant la COP26 par le groupe environnemental Extinction Rebellion, plus de 200 manifestants ont été arrêtés. Le groupe indique que depuis avril 2019, il y a eu environ 2 000 poursuites pour des protestations organisées par le groupe, avec près de 1 000 procès encore en cours.

La liberté d'information (FOI) est un sujet de préoccupation après qu'il a été révélé que certains journalistes ont été « blacklistés », les demandes de FOI étant traitées par une « Clearing house secrète » au sein du Cabinet Office. Les demandes de liberté d'information concernant les manifestations Black Lives Matter et Extinction Rebellion ont également été signalées comme présentant un « risque élevé » par le système de la police métropolitaine.