MISE À JOUR DE LA LISTE DE SURVEILLANCE DU CIVICUS MONITOR - 23 JUIN 2021

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Dernière mise à jour: 23 juin 2021 - La nouvelle liste de surveillance de CIVICUS met en évidence de graves préoccupations concernant l'exercice des libertés civiques au Colombie, au Éthiopie, en Slovénie, en Tchad et au Myanmar. La liste de surveillance attire l'attention sur les pays où l'on constate un déclin grave et rapide du respect de l'espace civique, sur la base d'une évaluation des résultats des recherches du CIVICUS Monitor, de nos partenaires de recherche et de consultations avec des activistes sur le terrain. 

Dans les semaines et les mois à venir, le CIVICUS Monitor suivra de près l'évolution de la situation dans chacun de ces pays dans le cadre des efforts visant à assurer une plus grande pression sur les gouvernements. CIVICUS appelle ces gouvernements à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre immédiatement fin aux mesures de répression en cours et pour s'assurer que les auteurs de ces actes rendent des comptes.

Les descriptions des violations de l'espace civique qui se produisent dans chaque pays sont fournies ci-dessous. Si vous avez des informations à partager sur l'espace civique dans l'un de ces pays, veuillez écrire à monitor@civicus.org.

 OUVERT
RÉTRÉCI 
OBSTRUÉ  RÉPRIMÉ
FERMÉ

Colombie

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

Le 28 avril 2021, des manifestations ont éclaté dans tout le pays en raison d'une réforme fiscale proposée par le gouvernement d'Iván Duque Márquez. Des milliers de personnes ont rejoint les manifestations « Paro Nacional » (« Grève nationale ») organisées par les plus grands syndicats colombiens contre le projet de loi. Alors que le gouvernement a renoncé au projet de réforme fiscale controversé au début du mois de mai, les protestations se sont poursuivies et ont pris de l'ampleur pour intégrer de multiples revendications. La réponse aux protestations dans diverses villes du pays a été caractérisée par une forte répression. Au cours des semaines qui ont suivi le début des manifestations, les organisations de la société civile colombienne ont dénoncé de graves violations des droits humains, notamment l'usage disproportionné de la force par la police, la répression violente des manifestations, des meurtres et disparitions de manifestants, des abus sexuels et des détentions arbitraires.

Ces événements se déroulent dans un contexte de violence croissante en Colombie, alors que le désinvestissement du gouvernement des programmes post-conflit continue de saper la mise en œuvre de l'accord de paix de 2016. Les dirigeants communautaires, les défenseurs de la terre et de l'environnement et les membres de groupes ethniques sont particulièrement vulnérables, les organisations locales de la société civile ayant enregistré des centaines de meurtres ces dernières années.

Éthiopie

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

La situation politique en Éthiopie s'est rapidement détériorée au cours du dernier trimestre de 2020. Depuis début novembre 2020, le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed est engagé dans un conflit armé avec le principal parti de la région du Tigré, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF). Le 4 novembre 2020, un état d'urgence de six mois a été déclaré au Tigré. Des allégations ont fait état d'une escalade du conflit vers une situation de guerre civile, avec des milliers de morts et des dizaines de milliers de personnes déplacées à l'intérieur du pays ou ayant fui vers le Soudan voisin. Le conflit et la crise humanitaire en cours dans le Tigré restent alarmants et inquiétants dans le contexte des prochaines élections de juin 2021.

En raison de coupures de l'accès à Internet, à des services de messagerie et à d'autres formes de communication, il est de plus en plus difficile pour la population éthiopienne et la diaspora éthiopienne d'obtenir des informations fiables sur la situation. Il en résulte une  interruption de la communication généralisée. De nombreuses arrestations, perquisitions, menaces et attaques ont été menées contre des opposants politiques, des journalistes et des organisations médiatiques pour toutes sortes de raisons, notamment la diffusion de « fausse propagande » et d'informations incitant à la violence.

Parmi les événements marquants, citons l' arrestation du journaliste Dawit Kebede, l'arrestation de Kumerra Gemechu, un caméraman travaillant pour Reuters, et l'assassinat de Dawit Kebede (pas le même que celui qui est toujours en prison) qui travaillait pour la télévision d'État régionale du Tigré.

Slovénie

Evaluation de l'espace civique: Rétréci

L'espace civique est en déclin en Slovénie, en particulier depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Janez Janša en mars 2020, ce qui a entraîné un ajustement de la classification à « rétréci » en décembre 2020 par le CIVICUS Monitor. Le gouvernement a utilisé la pandémie de COVID-19 comme prétexte pour faire passer plusieurs mesures qui affectent les droits humains fondamentaux, l'état de droit et le droit à la participation. La liberté d'association a été menacée, les organisations de la société civile étant confrontées à des coupes budgétaires et à des campagnes de dénigrement. Les associations professionnelles ont également été confrontées à une rupture du dialogue social avec le gouvernement.

Des journalistes indépendants ont été attaqués à plusieurs reprises et qualifiés de « menteurs », en ligne et hors ligne, par le Premier ministre et le parti démocratique slovène (SDS) au pouvoir. L'Agence de presse slovène (STA) a subi des pressions politiques et économiques, son financement ayant été suspendu par le gouvernement.

En outre, le droit de réunion pacifique a été limité de manière disproportionnée pendant la pandémie. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement, des manifestations hebdomadaires à vélo ont eu lieu. Mais la police a infligé aux manifestants des amendes pouvant atteindre 10 000 euros.

Tchad

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

Les restrictions de l’accès à Internet, l'interdiction et la répression des manifestations, la suspension des médias et les arrestations arbitraires de défenseurs des droits humains et de journalistes sont des violations régulières de l'espace civique au Tchad. Cependant, à l'approche des élections présidentielles, qui ont eu lieu le 11 avril 2021, et après la prise de pouvoir militaire qui a suivi la mort du président Idriss Déby Itno le 20 avril 2021, les violations de l'espace civique ont augmenté à un rythme alarmant.

Quelques jours seulement après l'annonce officielle de la victoire du président Déby aux élections présidentielles d'avril 2021, le 20 avril 2021, les militaires tchadiens ont déclaré que le président Déby avait été mortellement blessé au combat et qu'un Conseil militaire de transition, dirigé par le fils du défunt président, le général Mahamat Idriss Déby, avait été institué. Le Conseil militaire a en outre annoncé que l'Assemblée nationale et le gouvernement étaient dissous et que la Constitution était suspendue, avec la promesse que des élections seraient organisées après une période de transition de 18 mois. Début mai 2021, la junte militaire a nommé un gouvernement de transition.

Au moins 16 personnes ont été tuées et plus de 700 arrêtées lors de manifestations organisées par Wakit Tama, une coalition d'acteurs de la société civile et de groupes d'opposition, pour réclamer le retour à un régime civil, entre le 27 avril et le 19 mai 2021 à N'Djamena, la capitale du Tchad, et à Moundou. Un grand nombre des personnes arrêtées ont été libérées par la suite. Les défenseurs des droits humains et les journalistes font régulièrement l'objet d'arrestations et de poursuites arbitraires. Le 18 février 2021, un tribunal pénal a condamné Baradine Berdei Targuio, le président de l'Organisation Tchadienne des Droits Humains, à trois ans de prison pour « violation de l'ordre constitutionnel ». Le défenseur des droits humains a été arrêté en janvier 2020 à la suite d'un post sur Facebook commentant la santé du président.

Les autorités tchadiennes imposent régulièrement des mesures de restriction de l'accès à Internet. L'accès à Internet et aux médias sociaux a été perturbé pendant plus de 900 jours entre les dernières élections présidentielles de 2016 et 2021. En outre, l'autorité nationale de régulation des médias du Tchad, la Haute Autorité des Médias et de l'Audiovisuel (HAMA), suspend et sanctionne régulièrement des médias. Le 7 septembre 2020, la HAMA a suspendu douze journaux pendant trois mois pour « non-conformité » avec la loi sur la presse de 2018, en particulier la disposition selon laquelle les éditeurs et les rédacteurs en chef des publications doivent avoir des qualifications universitaires en journalisme.

Myanmar

Evaluation de l'espace civique: Réprimé

Le Myanmar a été intégré à la liste de surveillance du CIVICUS Monitor en février 2021, lorsque les militaires ont pris le pouvoir par un coup d'État et arrêté les dirigeants civils du gouvernement national et des États. Plus de quatre mois plus tard, les libertés fondamentales restent gravement menacées.

Des milliers de personnes ont été arrêtées et détenues de manière arbitraire. Parmi eux, des défenseurs des droits humains, des syndicalistes, des étudiants militants, des poètes, des écrivains, des cinéastes et des religieux. De nombreuses personnes ont été arrêtées lors de descentes de police nocturnes terrifiantes. De nombreux militants font l'objet d'accusations sans fondement, notamment de « trahison », passible de 20 ans de prison, ou d' « incitation », passible de trois ans de prison. Des cas de torture et de mauvais traitements pendant les interrogatoires ont été signalés, ainsi que des décès en détention.

Depuis le coup d'État, le mouvement de désobéissance civile (CDM) a organisé des manifestations et des grèves massives dans tout le Myanmar. En réponse, les forces de sécurité du Myanmar ont intensifié la répression des manifestations en utilisant des techniques violentes de dispersion des foules, comme les canons à eau, les gaz lacrymogènes, les balles en caoutchouc et les grenades assourdissantes, et en recourant à des armes de combat comme les fusils d'assaut, les mitrailleuses légères, les fusils de précision et les grenades réelles.

Les journalistes sont pourchassés et pris pour cible par les militaires. Selon les rapports, au 21 mai 2021, au moins 88 journalistes avaient été arrêtés depuis le coup d'État, la majorité d'entre eux ayant été détenus lors de descentes dans des salles de rédaction ou alors qu'ils couvraient des manifestations dans la rue contre le coup d'État. Des dizaines d'entre eux ont fui le pays ou se sont réfugiés dans des territoires contrôlés par des groupes ethniques armés.

Les coupures d'accès à Internet, qui ont commencé après le coup d'État, ont atteint un nouveau degré de gravité. Plusieurs sociétés de télécommunications ont reçu l'ordre de fermer divers services de communication, notamment les données mobiles, l'itinérance et le Wi-Fi public, pour des durées variables. La junte du Myanmar a également interdit la télévision par satellite en plus des restrictions existantes sur Internet, renforçant ainsi son contrôle sur l'information dans le pays.